Economie Burundaise: Une conversation avec Denis Ndikumana, le Directeur Général de la MUTEC 

BR Staff


Bujumbura, 2008-01-31 (Burundi Réalités Agence Presse) - Denis

Burundi Réalités : Monsieur le Directeur Général de la MUTEC : Bonjour

Denis Ndikumana, Directeur Général de la MUTEC : Bonjour

B.R. : Comment appréciez-vous le pouvoir économique de vos clients ?

D.N : Le pouvoir économique des populations Burundaises en général et des clients de la MUTEC S.A s’est détérioré durant toute la période de la crise qui vient de durée plus de 10 ans. Aujourd’hui, presque toute la population burundaise vive dans la misère totale.

B.R. : Où situez-vous le pouvoir d’achat des citoyens burundais, Monsieur le Directeur Général ?

D.N. Comme je viens de le signaler, le pouvoir d’achat au Burundi va de mal en pis, la montée continuelle des prix des biens détériore sans cesse le pouvoir d’achat des citoyens qui était jusqu’ à présent trop précaire.

B.R. : Qu’est-ce la MUTEC a plus de particularités par rapport à d’autres micro finances de la Place ?

D.N. : D’abord la MUTEC S.A a été la première à faire des innovations au niveau de la gestion de ses informations en rapport avec sa clientèle. Nous avons su mettre à jour les outils qui nous aident à gérer rationnellement nos opérations. Ceci nous a valu un prix de meilleure innovation qui nous a été décerné par l’association des banques à l’occasion de l’année internationale du micro crédit. Ensuite, les frais et les tarifs supportés par nos clients pour leurs opérations tiennent compte de leurs capacités financières qui restent toujours modestes. Notre stratégie est de s’approcher effectivement de ces gens à moindres revenus pour les aider à se relever.

B.R. : Pourquoi la création en cascade des microfinances au moment où certaines d’entres elles tombent en faillite, n’est-ce pas là la course aux intérêts personnels et non la contribution à l’émergence de l’économie burundaise ?

D.N : Je ne saurais pas parler des motivations des uns et des autres du moment où je ne suis pas associé dans leurs projets de créations des IMF. Personnellement je pense que si des opérateurs économiques investissement dans le domaine, certainement qu’ils visent à rentabiliser leurs ressources d’abord et faire profiter ensuite aux populations de l’exploitation de leurs opérations. De toutes les façons si le projet est bien monté et bien exploité chacun y trouve son compte y compris l’économie nationale Burundaise.

B.R. : D’après vous, pourquoi l’inflation grandissante de la monnaie burundaise ?

D.N : Mise à part l’inflation importée suite à la hausse du prix du barril de pétrole sur le marché mondial, on observe également une chute considérable de la production due à des calamités naturelles (sécheresse, pluies diluviennes etc …) sans ignorer les effets de la guerre qui a trop durée. L’insuffisance de la production entraîne une hausse généralisée des prix. Face à cet état de fait, le pouvoir public devrait prendre des mesures de relance économique à travers l’accroissement de la production. Beaucoup d’actions et de fonds devraient être injectés dans l’agriculture et l’élevage. Par exemple, les sociétés de développement comme la SRDI devraient être soutenues et renforcées financièrement et sur tous les point de vue. Malheureusement ce n’est pas le cas. Il est déplorable de voir qu’une société comme la SRDI risque de fermer et de tomber dans les oubliétés.

B.R. : Des institutions financières sont actuellement menacées de vol par les émissions de faux chèques, pouvez-vous tranquilliser vos clients ?

D.N. : Moi, je ne ferais que tranquilliser nos chers clients. Aujourd’hui, il existe plusieurs mécanismes de détecter le plus tôt possible des cas de vols. Présentement, il a été instauré à la MUTEC des systèmes de contrôle qui permettent de déceler les tricheries. Malheureusement , la déontologie nous oblige de garder de confidences professionnelles.

B.R. : Pourquoi la MUTEC n’est-elle pas présente dans les quartiers du Nord de la Capitale Bujumbura , notamment à Kemenge et Kinama ?

D.N : La MUTEC S.A est âgée de trois ans seulement et elle est présente au centre urbain de Bujumbura, en commune urbaine de Buyenzi près du marché de RUVUMERA sans parler des agences de l’intérieur du pays ( Bubanza, Gitega et Muyinga). Bien plus, nul n’ignore qu’une extension de toute activité suppose des moyens et du temps. On est encore une institution jeune qui se cherche et qui a déjà manifesté ses capacités. Par ailleurs, si on n’est pas installé physiquement au nord de la capitale Bujumbura, cela ne signifie pas qu’on n’a pas de clients en provenance desdites communes. J’en connais beaucoup. D’ ailleurs plusieurs clients regroupés en associations proviennent des communes Kamenge et Kinama. Seulement, on a dans un premier temps, visé les points les plus stratégiques comme les marchés où l’on trouve une forte concentration de populations à faible revenu, qui voudraient être appuyés financièrement dans leurs activités.

B.R. : Comment bénéficier un crédit auprès de votre microfinance ?

D.N : Après 4 mois d’opérations avec nos guichets (versements et retraits), le client peut solliciter un crédit. Cependant, comme plusieurs clients n’ont pas de garanties, nous encourageons le plus souvent la population à se regrouper en associations de production pour pouvoir bénéficier des crédits collectifs.

B.R. : En quoi le gouvernement intervient-il dans l’appui des microfinances ?

D.N. : Personnellement je salue les efforts du gouvernement qui fait pas mal d’actions dans le sens de renforcer le secteur de la micro finances.
D’abord, il y a eu promulgation du décret Présidentiel du 22 juillet 2006 portant organisation et fonctionnement des institutions de micro finances. Aujourd’hui, il n’y aura plus d’ aventuriers dans le secteur car toute IMF sera agréée par la Banque Centrale avant d’opérer sur le territoire national.
En plus, le gouvernement est entrain de chercher des financements auprès des bailleurs de fonds pour renforcement des capacités institutionnelles des IMF. FORCE “ Fonds pour la Relance , les Conseils et les Echanges en Micro Finance ” mis en place par l’Etat Burundais et le Gouvernement Néerlandais est opérationnel et a déjà fait ses preuves dans l’appui aux institutions de micro finances. J’en profite de l’occasion pour remercier FORCE de son appui à notre organisation. Nous venons d’apprendre que le Gouvernement s’attele à mettre en place une politique nationale dans le secteur de la micro finances. etc…

B.R. : Qu’est-ce vous proposez au gouvernement en de ce qu’il a déjà fait en faveur des microfinances ?

D.N. : Ce que je propose au Gouvernement est entrain d’être fait. C’est notamment la poursuite de recherche de financement pour renforcer le secteur. Accélérer la mise en place d’une politique nationale du secteur de la micro finances. Mettre en place des stratégies qui puissent inciter les opérateurs à investir dans le secteur etc …

B.R. : Quels sont les défis et les chances pour la relance de l’économie burundaise ?

D.N. : Le défis majeur pour relancer l’économie Burundaise est en priorité le rétablissement de la paix et la sécurité. Le jour où les conditions de sécurité seront retrouvées, les populations vont produire, les opérateurs vont investir au pays et la production va s’accroître, le pouvoir d’achat pourra s’améliorer.
L’excédent de la production sera exporté et le pays pourra avoir des devises et financer ainsi les importations.

B.R. : Merci de votre entretien Monsieur le Directeur Général.

D.N. : C’est moi qui vous remercie.