Le blog d'Eric NGENDAHAYO

Tout ce que vous voulez savoir sur la microfinance au Burundi : Les derniers évènenements, les ouvertures et les fermetures d'IMFs, la réglementation,les travaux de recherche, les défis et les enjeux actuels du secteur. (eric.ngendahayo@yahoo.fr)

15 septembre 2008

Le microcrédit, une solution dépassée?

Faut-il transformer radicalement le mode de financement des microentreprises en privilégiant un investissement en fonds propres plutôt que l'octroi de prêts ? Cette question n'est pratiquement jamais abordée par les chercheurs comme par les professionnels de la micro-finance, alors qu'elle pourrait être à l'origine d'un véritable renouvellement de notre approche de l'aide à la création et au développement de toutes petites entreprises, et d'une amélioration du bien-être social. A l'heure actuelle, l'octroi de prêt est le mode d'intervention des institutions de micro-finance (IMF). Or, contrairement aux contrats de dette classique, les clients des IMF ne sont le plus souvent pas en mesure de fournir des garanties. Par conséquent, en cas de défaillance du porteur de projet, les IMF ne récupèrent pas leurs fonds. Pour pallier l'absence de garantie individuelle, les IMF recourent parfois au prêt de groupe. Dans le prêt collectif, la réputation, l'honneur et le désir de conserver sa position sociale au sein de la communauté sont utilisés non seulement comme mécanisme de garantie de remboursement des prêts mais aussi comme moyen de faciliter l'accès au micro-crédit. Nonobstant leur capacité à résoudre certains problèmes de prêts individuels, les prêts de groupe peuvent engendrer des problèmes de passager clandestin, l'impossibilité pour les membres du groupe de critiquer les membres les moins performants parce que les relations entre les membres du groupe sont fondées sur des structures de pouvoir profondément enracinées et basées sur les liens du sang et le partage des valeurs sociales.

Il apparaît alors que seule une intervention en fonds propres permet de remédier aux inconvénients des prêts. Le recours aux fonds propres permet non seulement de juguler les problèmes endogènes et récurrents liés aux contrats de micro-crédit mais aussi d'accroître de manière significative le bien-être social des clients. Il montre en outre, que les contrats de fonds propres permettent aux IMF d'obtenir une meilleure rentabilité à terme par rapport aux contrats de dette. Ce qui met, à moyen et long terme, les IMF à l'abri des yo-yos, des aides et des dons des Etats et des autres donateurs pour couvrir leurs coûts de fonctionnement. Par ailleurs, contrairement aux contrats de dette, les contrats en fonds propres présentent trois autres avantages. Premièrement, un investissement en fonds propres place l'IMF sur le même plan que la micro-entreprise et par conséquent permet de régler les problèmes d'agence dans leur relation contractuelle. De ce fait, la microentreprise considère l'IMF comme un associé, un partenaire qui l'aidera à parvenir au succès. Deuxièmement, le recours aux fonds propres permet à l'IMF de mieux gérer son exposition au risque non systématique par sa participation aux décisions stratégiques qui ont un impact direct sur la rentabilité de la micro-entreprise. Enfin, l'utilisation des fonds propres permet d'éviter le caractère cynique du paiement de l'intérêt sur la croissance de la microentreprise.

En effet, le contrat de dette ralentit, en quelque sorte, la croissance des microentreprises, car le taux d'intérêt contractuel ampute des ressources précieuses qui pourraient propulser les entreprises vers une nouvelle phase de leur développement. On sait que certaines IMF dans le monde fondent leur modèle économique sur des niveaux de taux d'intérêt extrêmement élevés, qui seraient jugés confiscatoires en France, et restent en tout état de cause interdits par la réglementation. Tous ces éléments combinés montrent que l'accroissement du bien-être social global, défini comme la somme du produit financier de l'IMF et du profit du micro-entrepreneur, par le contrat de fonds propres est supérieur à celui généré par le contrat de dette. La théorie économique nous enseigne donc qu'il est nécessaire de commencer à abandonner progressivement le microcrédit pour les micro fonds propres.

Les auteurs collaborent au Programme de recherche-action en microfinancements initié au sein de la Chaire Banque Populaire à Audencia-Nantes, école de management.

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Le microcrédit sert-il à enrichir les pauvres… ou les riches ?

Grosse colère de Muhamad Yunus, le fameux prix Nobel de la paix 2006, à propos des dérives de la microfinance et du microcrédit. Cet été, il participait à un sommet sur le sujet à Bali, et en a profité pour asséner quelques vérités simples. Le microcrédit a été inventé pour sortir les pauvres des griffes des usuriers. Si les micro-prêteurs facturent des taux d’intérêt énormes, ils ne font pas partie de la famille.

Au passage il annonçait la création, avec Chuck Waterfield, l’un des experts les plus respectés dans le domaine, d’un site consacré à ces fameux taux d’intérêt, pour « promouvoir la transparence des prix ». A vrai dire, il était temps.

Depuis 2005, année du prix Nobel de la paix pour Yunus, le paysage de la microfinance change à toute allure. De grandes banques, des grands fonds d’investissement se sont aperçus que la microfinance pouvait être un investissement très rentable, car, dans certains cas, on prête très cher aux pauvres ; et les pauvres remboursent très bien (car ils ne peuvent pas faire autrement). D’où quelques abus sidérants.

De l’ONG à la bourse

L’histoire qui provoque un débat violent dans l’univers de la microfinance est celle de Compartamos. Cette ancienne ONG a développé des programmes au début des années 90 pour faire des microcrédits aux femmes pauvres de la banlieue de Mexico. Puis, « pour assurer son développement » comme le justifiaient ses dirigeants, s’est transformée en société commerciale en 2000. Puis, se développant très vite, elle a demandé un agrément pour devenir une banque. Ses dirigeants ont introduit la société en bourse à Mexico et à New York en avril 2007  : la rentabilité était telle que la demande excédait 13 fois l’offre et qu’elle était valorisée près de 2 milliards de dollars par le marché.

Des taux d’intérêts à plus de 100%

Aussitôt, les cadres dirigeants de l’institution de microfinance ont vendu les actions qu’ils avaient souscrit, faisant au passage une plus value de 300 pour 1  : ils vendaient 300 dollars en 2007 des actions qu’ils avaient achetées 1 dollar en 2000  !  Sidérant.

Aucune entreprise, même une start up ambitieuse, ne parvient aussi vite à une telle valorisation en bourse. Et ce qui est scandaleux c’est que cette rentabilité est directement liée à l’activité de Compartamos, qui a constamment prêté à plus de 100 % de taux d’intérêt à des femmes pauvres et n’a jamais réajusté ses conditions alors que l’évolution de ses performances le lui permettait. Il n’y a au Mexique aucune loi limitant le niveau des taux d’intérêts.

Ce qui est doublement scandaleux c’est que les cadres dirigeants de l’entreprise ont vendu leurs parts, c’est-à-dire qu’ils ont sorti de la société des centaines de millions de dollars et l’ont donc appauvrie en ne gérant son développement qu’en vue de leur profit personnel… Enfin, pour l’avenir, le plus inquiétant est qu’il n’y a pas eu unanimité pour condamner un tel comportement. Bien sûr, les « hyper libéraux » comme le Wall Street Journal se contentent de dire que « c’est le marché » qui doit dicter les taux d’intérêt.

Silence et gêne

Mais même dans l’univers de la microfinance, on sent depuis cet événement une sorte de gêne. De la part du CGAP par exemple, qui regroupe les grands donateurs privés et publics, et qui n’a pas condamné clairement l’opération.

Ainsi, la microfinance, dite « de marché », est entrée dans la dure contrainte de la rentabilité à tout prix, comme le dénonce une étude de l’Organisation internationale du travail. Elle risque bien de profiter aux riches actionnaires du Nord, plutôt qu’aux pauvres clients du Sud.

Posté par ngenderic à 17:05 - Actualités - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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