Bulletin Finance & communautés - Vol. 09

Développement international Desjardins (DID) vient de se voir confier le mandat de déployer en Haïti, et ce à l’échelle du pays, le crédit écolage, un produit innovateur qui vise à faciliter l’accès au financement de l’éducation.

Ce mandat d’envergure, octroyé à DID par l’Agence canadienne de développement international (ACDI), s’inscrit dans un projet encore plus vaste auquel participera également CRC Sogema. Il vise à accroître la fréquentation de l’école et la qualité de l’éducation reçue par les enfants d’âge scolaire en Haïti.

Le projet que mèneront ensemble les deux organisations, d’une durée de six ans, comportera deux volets distincts qui mettront à profit les expertises complémentaires de chacune, à savoir la microfinance et l’éducation.

Faciliter l’accès à l’éducation
Il faut savoir qu’en Haïti, les parents sont souvent contraints de retarder l’entrée à l’école de leurs enfants faute de disposer des moyens suffisants au moment requis. Ce phénomène fait en sorte que les classes haïtiennes comportent souvent un grand nombre d’enfants qu’on appelle « surâgés », sans compter que plusieurs autres enfants sont tout simplement privés de l’accès, pourtant essentiel, à l’éducation.

C’est ainsi qu’en collaboration avec le réseau de caisses populaires qu’il appuie depuis 1995 en Haïti, DID s’emploiera à étendre à l’échelle nationale l’offre du « crédit écolage », un produit de financement qu’il a conçu et déployé au cours des dernières années dans les départements de l’Artibonite et du Sud-Est. Au cours des six prochaines années et de façon progressive, il est prévu que le déploiement du produit « crédit écolage » soit déployé dans le reste du pays, principalement en milieu rural, et ce par l’entremise d’une trentaine de caisses populaires haïtiennes et de plus de 200 écoles. Pour sa part, CRC Sogema agira sur le renforcement de la qualité de l’enseignement, autre cause importante, mis à part le financement, à l’origine des problèmes d’accessibilité de l’éducation.

En jumelant les expertises de DID et de CRC Sogema, les partenaires du projet profiteront d’un ensemble d’interventions professionnelles visant à renforcer tout le secteur de l’éducation et en mettant en place les moyens nécessaires pour aider les familles à utiliser le levier éducatif afin de prendre en charge leur économie locale.

L’opérationnalisation du produit financier par les caisses haïtiennes
Le crédit écolage est octroyé par les caisses haïtiennes à des groupes de parents, car il s’agit d’un crédit solidaire. La valeur du prêt est déterminée en fonction de l’école à laquelle chaque enfant est inscrit et de son niveau d’études : ces données influencent l’ampleur des frais de scolarité et des frais relatifs à l’achat de livres, de matériel scolaire, d’uniformes et de chaussures. En moyenne, le crédit octroyé équivaut à 150 $ canadiens par enfant par année scolaire.

Les écoles collaborent de près avec les caisses haïtiennes qui offrent le crédit écolage. En effet, dès la fin de l’année scolaire, les deux organisations se rencontrent pour identifier les enfants qui seront admis à la prochaine année et des groupes de trois (3) à cinq (5) parents sont formés pour la caution solidaire. Pendant la période estivale, les caisses procèdent à l’analyse des dossiers; par exemple, le groupe de parents intéressé par le crédit écolage doit avoir déposé dans leur compte d’épargne 25% du montant sollicité.

Environ quatre semaines avant l’entrée en classes, le déboursé est effectué par la caisse afin que les parents aient les fonds nécessaires pour procéder aux achats avant la rentrée. Aussi, une partie du déboursé est directement versée aux écoles afin d’assumer les frais de scolarité. Les écoles participantes doivent être membres de la caisse populaire et détentrices d’une licence officielle du ministère de l’éducation (ou être en voie de l’obtenir).

D’une durée de 10 mois, le crédit écolage peut être remboursé en 10 versements mensuels fixes (capital et intérêts). Un boni de 10 % de l’intérêt versé peut être attribué si les conditions sont respectées par les emprunteurs et qu’il n’y a eu aucun retard de remboursement. Le boni est versé au compte du groupe après le remboursement total du prêt.

Un projet qui s’appuie sur des résultats concluants
C’est d’avril 2004 à octobre 2007 que DID a mené l’expérimentation du crédit écolage en Artibonite, grâce à l’appui financier du Centre de gestion des fonds (CGF) de la coopération canadienne. Cette expérimentation visait à identifier les conditions de succès du produit compte tenu de son caractère innovateur, notamment en ce qui a trait à l’importante synergie à développer entre le secteur de l’éducation et le secteur financier.

En développant et en offrant à leur communauté un produit de crédit pertinent, les coopératives financières ont joué un rôle social important. En effet, ces trois années d’expérimentation ont permis à 1596 élèves, dont 824 filles (52 %), de bénéficier de l’accès à l’éducation. Trente écoles ont d’ailleurs participé à l’expérimentation du produit par l’entremise de trois caisses populaires participantes.

Le succès remporté par cette première phase d’expérimentation a même amené l’Agence américaine de développement international (USAID) et le ministère haïtien de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) à étendre ce déploiement du crédit écolage à Marigot, dans le Département du Sud-Est.