« Sers Dieu, l’argent te servira ». C’est la devise de l’Initiative pour le Développement Communautaire (IDC) Dufashanye. Cette institution agréée par l’ordonnance ministérielle du 1er février 2008 travaille comme une institution de micro finances. Les individus y investissent une somme d’argent. Après quelques semaines, l’IDC affirme qu’elle rembourse le double. Beaucoup de gens n’y croient pas.
Les micro finances ont existé depuis longtemps au Burundi, surtout les coopératives de l’Etat. Mais c’est autour du début des années 2000 que ce secteur a commencé à prendre un caractère irrégulier. Des privées commencent à investir dans ces institutions. Il n’ y avait pas encore des lois en la matière. Ainsi, depuis la création de ces micro finances privées, 4 d’entre elles ont déjà fermé leurs portes. Les membres ne sont pas remboursés. Deux cas sont alarmants : celui de Burundi Direct et AMANI Micro finance. Burundi Direct a fermé en 2004. Ses patrons ont volé 700 millions de francs burundais, appartenant aux membres. En 2007, c’était le tour de AMANI Micro finance. Elle a emporté 300 millions de nos francs, investis par ses adhérents. Son patron principal aurait pris le chemin de l’exil dans les plus brefs délais. La loi sur les micro finances de 2006 prévoit le dédommagement des membres des micros finances qui ferment au cas où elles sont agréées par la Banque centrale. Au cas inverse, rien n’est prévu. Des voix s’élèvent aujourd’hui contre le ministère de l’Intérieur. Les unes l’accusent de complice, les autres de lâche.
IDC. A l’entrée, on est frappé par une pancarte qui indique ses sièges : Bujumbura, Gitega et Makamba. Elle se trouve au boulevard de l’Indépendance. A l’intérieur, une affiche montre comment se font les opérations d’investissement et de rémunération. Elles se déroulent en quatre catégories. Dans la première, l’investissement est de2 000, 4 000, 5 000 et 9 000Fbu. La somme remboursée équivaut respectivement à 4 000, 8 000, 10 000 et 18 000Fbu, cinq semaines après. Dans la deuxième catégorie, les gens investissent 10 000, 40 000 et 50 000Fbu et reçoivent 20 000, 80 000 et 100 000Fbu, au bout de neuf semaines. Troisième catégorie : investissement, 60 000, 80 000 et 100 000Fbu. Rémunération : 120 000, 160 000 et 200 000Fbu.Cela après treize semaines. Dernière catégorie, l’investissement est de 110 000, 150 000 et 200 000 tandis que le remboursement équivaut à 220 000, 300 000 et 400 000Fbu, dix sept semaines après. Les frais d’adhésion pour ses membres sont fixés à 5000Fbu non remboursable si l’adhérant se désiste. Les économistes doutent
Louis Ndikumana, docteur en économie, estime que par rapport aux structures de l’épargne au Burundi, l’expérience montre très bien qu’il est impossible qu’une épargne soit rémunérée à 100% au bout de quelques semaines. Selon cet économiste formé à Louvain, « cela dépasse l’entendement ». Il pense que tout se fait en dehors des techniques connues habituellement sur le marché au niveau de la collecte de l’épargne. « Il y a lieu de s’interroger sur la fiabilité de ce genre de comportement », remarque-t-il.
Membre du Conseil National Economique, Ndikumana se demande comment une telle structure peut arriver à collecter l’épargne auprès de la population sans suivre les procédures normales. Normalement, dit-il, si elle est agréée par le ministère de l’Intérieur, elle devrait travailler comme association sans but lucratif : faire d’autres activités hormis celle liée aux micro finances notamment la collecte de l’épargne. Elle n’est pas de ses compétences, poursuit-il. Sinon, elle doit suivre les procédures normales d’agrément auprès de la Banque de la République du Burundi (BRB), selon toujours Louis Ndikumana.
L’OLUCOME crie au scandale
De l’avis de Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques, OLUCOME, « il y aurait une complicité entre les autorités civiles et les patrons des micro finances. » Car, signale-t-il, depuis 2004 il y a eu beaucoup de micro finances qui ont fermé leurs portes, sans rembourser l’épargne de la population. Pour lui, cela constitue une grande négligence du gouvernement.
Gabriel Rufyiri affirme avoir envoyé beaucoup de correspondances à la Banque de la République du Burundi (BRB) et à l’Assemblée Nationale, l’objet demeurant la solution à ce problème, mais en vain, dit-il. « Il est vrai que des mesures de protection de l’épargne de la population ont été arrêtées. Mais leur application n’a jamais été mise en vigueur », affirme- t- il. Il signale que la seule réponse à sa correspondance a été celle de l’Assemblée Nationale en 2006. Elle rassurait qu’elle allait trouver une solution à cette situation dans les meilleurs délais. Rufyiri affirme avoir attendu mais sans solution. « Il faut que le gouvernement soit actif au niveau de la protection des avoirs de la population. C’est son rôle principal », renchérit- il. Il prie la BRB de suivre de jour en jour le fonctionnement des micro finances.
Le ministère des Finances se lamente
Selon Jean Berchmans Ndikumana, conseiller technique en charge de la micro finance, l’IDC travaille en toute illégalité et au grand jour. « Parmi les 26 institutions de micro finance (IMF) déjà agréées par la BRB, l’IDC n’y figure pas. » Selon l’article 3 du décret de juillet 2006 portant réglementation des activités des micro finances au Burundi, une institution de ce genre doit avoir au préalable l’agrément de la Banque Centrale pour pouvoir opérer dans ce secteur. Jean Berchmans confirme que la BRB n’a pas agréé l’IDC comme institution de micro finance. Il ne rentre pas dans les compétences de la Banque centrale de fermer une entreprise qu’il n’a pas agréée. Dans le cas de l’IDC, ce rôle incombe au ministère de l’Intérieur qui l’a agréée comme Association Sans But Lucratif (ASBL), ajoute- t- il. Le représentant légal de l’IDC contacté à maintes reprises par IWACU n’a pas voulu s’exprimer.
par Jean Claude Bitsure
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