Le blog d'Eric NGENDAHAYO

Tout ce que vous voulez savoir sur la microfinance au Burundi : Les derniers évènenements, les ouvertures et les fermetures d'IMFs, la réglementation,les travaux de recherche, les défis et les enjeux actuels du secteur. (eric.ngendahayo@yahoo.fr)

23 octobre 2008

Crise financière/Microcrédit: inquiétude parmi des acteurs dans les pays pauvres

Paris (AWP International) - Aux prises avec les premiers effets de la crise financière mondiale, de petits acteurs du microcrédit de plusieurs continents ont exprimé leurs inquiétudes vendredi à Paris à la veille de l'ouverture de la semaine de l'épargne solidaire (18 au 25 octobre).

"L'un des premiers effets de la crise sur nous, c'est que le coût de l'argent augmente, les taux d'intérêt monte et nous avons donc beaucoup de mal à trouver les ressources dont nous avons besoin", explique Lulzim Sadrija, Directeur de Krediti Rural i Kosoves (KRK), institution de microfinance au service des populations rurales du Kosovo.

S'exprimant lors d'une conférence de presse organisée par le Comité contre la faim et pour le développement (CCFD), il souligne: "A terme, les taux d'intérêt pour les bénéficiaires des microcrédits vont augmenter aussi, ce sera vite intenable".

"Nous craignons aussi que la crise dans les pays développés ne fassent diminuer les sommes d'argent envoyées par la diaspora kosovare vivant en Suisse ou en Allemagne, réduisant ainsi les capacités financières des familles rurales", ajoute-t-il.

Sisaliao Svenguska, du Fonds coopératif (Laos), insiste de son côté sur "des diminutions de dons des bailleurs et une fragilité des banques qui pénalisent la microfinance".

Pour les institutions de microcrédit latino-américaines, "la crise financière mondiale a eu un effet immédiat en raison de l'ampleur des crises économiques que nous avons déjà traversées notamment en Argentine en 2001", renchérit Reynaldo Marconi, du Forum latino-américain et caribéen de finances rurales (FORO-LAC). "Il y a eu des fuites de capitaux, une réduction des épargnes".

Pour ce Bolivien, banquier de formation, "le risque à moyen terme, c'est la réduction des portefeuilles, une augmentation des taux de prêts et une hausse du non remboursement".

Mais selon M. Marconi, il faut distinguer deux types d'institutions de microfinance. "Celles qui ont une vision commerciale et se financent sur des fonds spéculatifs comme Compartamos au Mexique vont être très touchées par la crise mondiale", dit-il. Car depuis l'attribution en 2005 du prix Nobel de la paix au champion de la microfinance Mohammed Yunus, le secteur, qui peut être très rentable en raison de taux d'intérêt très élevés, a attiré les convoitises de capitaux étrangers, de grandes banques et de grands fonds d'investissement.

Au contraire, les institutions de microcrédit qui "obéissent à un objectif social et travaillent avec des ressources locales ne seront pas fortement affectées", juge-t-il.

La Caisse de crédit rural pour le développement basé au Nord-Kivu (est de la République démocratique du Congo - RDC) qui permet à 25.000 personnes de gérer de petits projets dans un contexte de guerre est de la seconde catégorie. "Nous essayons d'échapper à la crise mondiale en restant au niveau le plus rural possible, dans l'économie réelle", explique son directeur Stanislas Litembo.

"Nous sommes témoins aujourd'hui à travers la crise des effets d'une économie qui n'avait d'autre finalité qu'elle-même", commente Geneviève Guénard, directrice financière du Comité contre la Faim et pour le développement (CCFD-Terre solidaire), qui célébrait vendredi les 25 ans du fonds commun de placement de partage Faim et développement.

"Il est sans doute nécessaire aujourd'hui", ajoute-t-elle, "de se pencher sur la microfinance solidaire qui poursuit des objectifs sociétaux, sociaux et environnementaux, pour en tirer des leçons pour l'ensemble de l'économie".

ds

AWP

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21 octobre 2008

Remise de l'ordre musclée dans la microfinance au Burundi

@rib News, 19/10/2008 – Source PANA

Le ministère burundais de l'Intérieur et du Développement communal a pris, jeudi, une ordonnance portant suspension de toutes les activités de l'"Eglise source de vie" du Burundi pour s'être transformée "illicitement" en un établissement de microfinance et escroqué des centaines de fidèles, apprend-on de source officielle à Bujumbura.

Des fidèles de Bujumbura, la capitale du Burundi, Gitega et Mwaro, ont porté plainte pour escroquerie contre une église qui n'a jamais honoré ses engagements de doubler la mise au bout d'un mois d'épargne, disent les victimes.

L'affaire se trouve actuellement entre les mains de la Police qui aurait déjà appréhendé une dizaine de responsables de l'église que les détracteurs appellent désormais "Source de misère" pour avoir confondu sciemment l'aumône et l'épargne.

Le cas n'est malheureusement pas isolé et, dans un passé encore récent, des milliers d'autres déposants ont fait les frais de "gentils escrocs" insoupçonnés, cachés à l'intérieur d'"Amani microfinance" ou encore chez "Burundi Direct" qui promettaient, tous deux, la lune à leurs clients naïfs, est venu rappeler à la presse, le chef de cabinet du ministère de l'Intérieur et du Développement communal, Aimé Nkurunziza.

Dans l'état actuel des choses, 27 établissements de microfinance fonctionnent normalement, avec l'autorisation de la Banque centrale du Burundi.

Le secteur florissant a longtemps souffert de l'absence de cadre légal et ce n'est que sous le nouveau régime qu'un décret est venu réglementer et mettre de l'ordre dans les activités de la microfinance nationale.

Dans l'énoncé des motifs, le récent décret revient sur la nécessité d'"assurer à l'ensemble de la population burundaise un accès sécuritaire à des services financiers de proximité, de développer des institutions de microfinance saines et professionnelles et de structurer en conséquence le secteur de la microfinance dans le pays".

Alors qu'il n'est pas exigé de capital minimum pour les établissements de première et troisième catégories, le décret impose, par contre, un capital minimum de 200 millions de Francs burundais (près de 200.000 dollars US) à la deuxième catégorie de microfinance.

Toute coopérative d'épargne et de crédit doit, en outre, compter au minimum 300 membres ayant souscrit et libéré leurs parts sociales, poursuit le décret.

Concernant les profits, les établissements doivent adopter une structure de taux d'intérêt qui leur permet simplement de couvrir leurs charges d'exploitation, y compris le coût du capital et les pertes sur les prêts et d'assurer la pérennité des activités.

Tout établissement doit, en plus, maintenir, en tout temps, un ratio minimum de liquidités de 15% entre les valeurs disponibles et mobilisables à court terme et le montant total des dépôts, balise encore prudemment le décret.

Par ailleurs, tout établissement a l'obligation de constituer une réserve représentant 20% des excédents nets en fin d'exercice à affecter aux fonds propres, sans limitation de durée et de montant.

L'article 54 du décret stipule encore qu'un établissement ne peut accorder des crédits à une même personne ou à un groupe de personnes pour un montant excédant 2,5% du volume total des dépôts faits auprès de cet établissement de microfinance, à l'exclusion des risques pris sur ressources affectées qui incombent au bailleurs de fonds.

Le décret stipule en outre que les établissements de microfinance sont assujettis à des normes prudentielles, à des rapports financiers annuels et des visites d'inspection de la banque centrale.

Le texte du décret empêche enfin les individus impliqués dans des faillites ou gestions douteuses de "posséder, diriger ou contrôler" un établissement de micro finance.

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14 octobre 2008

Burundi : La micro finance IDC fait-elle de la magie ?

La micro finance IDC fait-elle de la magie ? Version imprimable
Écrit par Rédaction IWACU    
26-08-2008

Image« Sers Dieu, l’argent te servira ». C’est la devise de  l’Initiative pour le Développement Communautaire (IDC) Dufashanye. Cette institution agréée par l’ordonnance ministérielle du 1er février 2008 travaille comme une institution de micro finances. Les individus y investissent une somme d’argent. Après quelques semaines, l’IDC affirme qu’elle  rembourse le double. Beaucoup de gens n’y croient pas.

Les micro finances  ont existé depuis longtemps au Burundi, surtout les coopératives de  l’Etat. Mais c’est autour du début des années 2000 que ce secteur a commencé à prendre un caractère irrégulier. Des privées commencent à investir dans ces institutions. Il n’ y avait pas encore des lois en la matière. Ainsi, depuis la création de ces micro finances privées, 4 d’entre elles ont déjà fermé leurs portes. Les membres ne sont pas remboursés. Deux cas sont alarmants : celui de Burundi Direct et AMANI Micro finance.
Burundi Direct a fermé en 2004. Ses patrons ont volé 700 millions de francs burundais, appartenant aux membres. En 2007, c’était le tour de AMANI Micro finance. Elle a emporté 300 millions de nos francs, investis par ses adhérents. Son patron principal aurait pris le chemin de l’exil dans les plus brefs délais.
La loi sur les micro finances de 2006 prévoit le dédommagement des membres des micros finances qui ferment au cas où elles sont agréées par la Banque centrale. Au cas inverse, rien n’est prévu. Des voix s’élèvent aujourd’hui contre le ministère de l’Intérieur. Les unes l’accusent  de complice, les autres de lâche.      

IDC. A l’entrée, on est frappé par une pancarte qui indique ses sièges : Bujumbura, Gitega et
Makamba. Elle se trouve au boulevard de l’Indépendance. A l’intérieur, une affiche montre comment se font les opérations d’investissement et de rémunération.  Elles se déroulent en quatre catégories. Dans la première, l’investissement est de2 000, 4 000, 5 000 et 9 000Fbu. La somme remboursée équivaut respectivement à 4 000, 8 000, 10 000 et 18 000Fbu, cinq semaines après. Dans la deuxième catégorie, les gens investissent 10 000, 40 000 et 50 000Fbu et reçoivent 20 000, 80 000 et 100 000Fbu, au bout de neuf semaines. Troisième catégorie : investissement, 60 000, 80 000 et 100 000Fbu. Rémunération : 120 000, 160 000 et 200 000Fbu.Cela après treize semaines. Dernière catégorie, l’investissement est de 110 000, 150 000 et 200 000 tandis que le remboursement équivaut à 220 000, 300 000 et 400 000Fbu, dix sept semaines après. Les frais d’adhésion pour ses membres sont fixés à 5000Fbu non remboursable si l’adhérant se désiste.

Les économistes doutent

Louis Ndikumana, docteur en économie, estime que par rapport aux structures de l’épargne au Burundi, l’expérience montre très bien qu’il est impossible qu’une épargne soit rémunérée à 100% au bout de quelques semaines. Selon cet économiste formé à Louvain, « cela dépasse l’entendement ». Il pense que tout se fait en dehors des techniques connues habituellement sur le marché au niveau de la collecte de l’épargne. « Il y a lieu de s’interroger sur la fiabilité de ce genre de comportement », remarque-t-il.

Membre du Conseil National Economique, Ndikumana se demande comment une telle structure peut arriver à collecter l’épargne auprès de la population sans suivre les procédures normales. Normalement, dit-il, si elle est agréée par le ministère de l’Intérieur, elle devrait travailler comme association sans but lucratif : faire d’autres activités hormis celle liée aux micro finances notamment la collecte de l’épargne. Elle n’est pas de ses compétences, poursuit-il. Sinon, elle doit suivre les procédures normales d’agrément auprès de la Banque de la République du Burundi (BRB), selon toujours Louis Ndikumana.

L’OLUCOME crie au scandale

De l’avis de Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques, OLUCOME, « il y aurait une complicité entre les autorités civiles et les patrons des micro finances. » Car, signale-t-il, depuis 2004 il y a eu beaucoup de micro finances qui ont fermé leurs portes, sans rembourser l’épargne de la population. Pour lui, cela constitue une grande négligence du gouvernement.

Gabriel Rufyiri affirme avoir envoyé beaucoup de correspondances à la Banque de la République du Burundi (BRB) et à l’Assemblée Nationale, l’objet demeurant la solution à ce problème, mais en vain, dit-il. « Il est vrai que des mesures de protection de l’épargne de la population ont été arrêtées. Mais leur application n’a jamais été mise en vigueur », affirme- t- il. Il signale que la seule réponse à sa correspondance a été celle de l’Assemblée Nationale en 2006. Elle rassurait qu’elle allait trouver une solution à cette situation dans les meilleurs délais. Rufyiri affirme avoir attendu mais sans solution. « Il faut que le gouvernement soit actif au niveau de la protection des avoirs de la population. C’est son rôle principal », renchérit- il.  Il prie la BRB de suivre de jour en jour le fonctionnement des micro finances.

Le ministère des Finances se lamente

Selon Jean Berchmans Ndikumana, conseiller technique en charge de la micro finance, l’IDC travaille en toute illégalité et au grand jour. « Parmi les 26 institutions de micro finance (IMF) déjà agréées par la BRB, l’IDC n’y figure pas. » Selon l’article 3 du décret de juillet 2006 portant réglementation des activités des micro finances au Burundi, une institution de ce genre doit avoir au préalable l’agrément de la Banque Centrale pour pouvoir opérer dans ce secteur. Jean Berchmans confirme que la BRB n’a pas agréé l’IDC comme institution de micro finance. Il ne rentre pas dans les compétences de la Banque centrale de fermer une entreprise qu’il n’a pas agréée. Dans le cas de l’IDC, ce rôle incombe au ministère de l’Intérieur qui l’a agréée comme Association Sans But Lucratif (ASBL), ajoute- t- il.
Le représentant légal de l’IDC contacté à maintes reprises par IWACU n’a pas voulu s’exprimer.                                                            
                                                                            

par Jean Claude Bitsure

                            jbitsure@iwacu-burundi.org Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir  




Dernière mise à jour : ( 31-08-2008 )

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10 octobre 2008

Le produit financier « crédit écolage » sera déployé en Haïti

Bulletin Finance & communautés - Vol. 09

Développement international Desjardins (DID) vient de se voir confier le mandat de déployer en Haïti, et ce à l’échelle du pays, le crédit écolage, un produit innovateur qui vise à faciliter l’accès au financement de l’éducation.

Ce mandat d’envergure, octroyé à DID par l’Agence canadienne de développement international (ACDI), s’inscrit dans un projet encore plus vaste auquel participera également CRC Sogema. Il vise à accroître la fréquentation de l’école et la qualité de l’éducation reçue par les enfants d’âge scolaire en Haïti.

Le projet que mèneront ensemble les deux organisations, d’une durée de six ans, comportera deux volets distincts qui mettront à profit les expertises complémentaires de chacune, à savoir la microfinance et l’éducation.

Faciliter l’accès à l’éducation
Il faut savoir qu’en Haïti, les parents sont souvent contraints de retarder l’entrée à l’école de leurs enfants faute de disposer des moyens suffisants au moment requis. Ce phénomène fait en sorte que les classes haïtiennes comportent souvent un grand nombre d’enfants qu’on appelle « surâgés », sans compter que plusieurs autres enfants sont tout simplement privés de l’accès, pourtant essentiel, à l’éducation.

C’est ainsi qu’en collaboration avec le réseau de caisses populaires qu’il appuie depuis 1995 en Haïti, DID s’emploiera à étendre à l’échelle nationale l’offre du « crédit écolage », un produit de financement qu’il a conçu et déployé au cours des dernières années dans les départements de l’Artibonite et du Sud-Est. Au cours des six prochaines années et de façon progressive, il est prévu que le déploiement du produit « crédit écolage » soit déployé dans le reste du pays, principalement en milieu rural, et ce par l’entremise d’une trentaine de caisses populaires haïtiennes et de plus de 200 écoles. Pour sa part, CRC Sogema agira sur le renforcement de la qualité de l’enseignement, autre cause importante, mis à part le financement, à l’origine des problèmes d’accessibilité de l’éducation.

En jumelant les expertises de DID et de CRC Sogema, les partenaires du projet profiteront d’un ensemble d’interventions professionnelles visant à renforcer tout le secteur de l’éducation et en mettant en place les moyens nécessaires pour aider les familles à utiliser le levier éducatif afin de prendre en charge leur économie locale.

L’opérationnalisation du produit financier par les caisses haïtiennes
Le crédit écolage est octroyé par les caisses haïtiennes à des groupes de parents, car il s’agit d’un crédit solidaire. La valeur du prêt est déterminée en fonction de l’école à laquelle chaque enfant est inscrit et de son niveau d’études : ces données influencent l’ampleur des frais de scolarité et des frais relatifs à l’achat de livres, de matériel scolaire, d’uniformes et de chaussures. En moyenne, le crédit octroyé équivaut à 150 $ canadiens par enfant par année scolaire.

Les écoles collaborent de près avec les caisses haïtiennes qui offrent le crédit écolage. En effet, dès la fin de l’année scolaire, les deux organisations se rencontrent pour identifier les enfants qui seront admis à la prochaine année et des groupes de trois (3) à cinq (5) parents sont formés pour la caution solidaire. Pendant la période estivale, les caisses procèdent à l’analyse des dossiers; par exemple, le groupe de parents intéressé par le crédit écolage doit avoir déposé dans leur compte d’épargne 25% du montant sollicité.

Environ quatre semaines avant l’entrée en classes, le déboursé est effectué par la caisse afin que les parents aient les fonds nécessaires pour procéder aux achats avant la rentrée. Aussi, une partie du déboursé est directement versée aux écoles afin d’assumer les frais de scolarité. Les écoles participantes doivent être membres de la caisse populaire et détentrices d’une licence officielle du ministère de l’éducation (ou être en voie de l’obtenir).

D’une durée de 10 mois, le crédit écolage peut être remboursé en 10 versements mensuels fixes (capital et intérêts). Un boni de 10 % de l’intérêt versé peut être attribué si les conditions sont respectées par les emprunteurs et qu’il n’y a eu aucun retard de remboursement. Le boni est versé au compte du groupe après le remboursement total du prêt.

Un projet qui s’appuie sur des résultats concluants
C’est d’avril 2004 à octobre 2007 que DID a mené l’expérimentation du crédit écolage en Artibonite, grâce à l’appui financier du Centre de gestion des fonds (CGF) de la coopération canadienne. Cette expérimentation visait à identifier les conditions de succès du produit compte tenu de son caractère innovateur, notamment en ce qui a trait à l’importante synergie à développer entre le secteur de l’éducation et le secteur financier.

En développant et en offrant à leur communauté un produit de crédit pertinent, les coopératives financières ont joué un rôle social important. En effet, ces trois années d’expérimentation ont permis à 1596 élèves, dont 824 filles (52 %), de bénéficier de l’accès à l’éducation. Trente écoles ont d’ailleurs participé à l’expérimentation du produit par l’entremise de trois caisses populaires participantes.

Le succès remporté par cette première phase d’expérimentation a même amené l’Agence américaine de développement international (USAID) et le ministère haïtien de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) à étendre ce déploiement du crédit écolage à Marigot, dans le Département du Sud-Est.

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Muhammad Yunus trouve un contradicteur à Genève

DEBAT. Le pape du microcrédit, Prix Nobel de la paix 2006, accuse des fonds d'investissement de chercher le profit avant tout. Le professeur Michael Chu défend le rôle du secteur privé.


Ram Etwareea ( Le temps)
Vendredi 3 octobre 2008



«La microfinance est sans doute une réponse à la pauvreté qui touche plus de quatre milliards de personnes dans le monde. Pour réussir, elle doit intervenir de façon massive et dans la durée. Elle doit aussi être efficace et économiquement efficiente. Les organisations non gouvernementales de crédit ou autres associations à but non lucratif assument leur part. Mais pour obtenir des résultats à la mesure du défi, la mobilisation des investissements privés internationaux est indispensable.»

Cette profession de foi faite par Michael Chu, cofondateur du fonds d'investissement Ignia et professeur à la Harvard Business School, au deuxième jour du World Microfinance Forum Geneva, n'est pas partagée par Muhammad Yunus. Le pape du microcrédit, Prix Nobel de la paix 2006 et patron de la Grameen Bank au Bangladesh, se méfie de la finance mondiale. «Son objectif est de maximiser les profits, même sur le dos des pauvres. Le nôtre est d'offrir une chance aux plus démunis», a-t-il lancé.

Se référant à la crise actuelle qui ébranle la planète finance, Muhammad Yunus a expliqué que le microcrédit n'a rien à voir avec «l'économie de casino», mais plutôt avec l'économie réelle, où les pauvres se battent pour trouver une place. «La banque Grameen, pour prendre un exemple, travaille depuis quatre ans avec 100000 mendiants au Bangladesh. Puisqu'ils font déjà du porte-à-porte, nous voulons les transformer en vendeurs de biscuits, de bonbons et de jouets.» Selon lui, le pari est déjà gagné: 10% d'entre eux ne mendient plus.

Pour Michael Chu, les mécanismes de marché, la concurrence et les techniques de gestion seraient utiles pour que le microcrédit atteigne un plus grand nombre de personnes. Prenant l'exemple de la Bolivie, il a expliqué que la multiplication des acteurs locaux et internationaux a fait baisser les taux d'intérêt pour les prêts. Le taux moyen, 28%, est le plus bas d'Amérique du Sud. «Les prêteurs internationaux sont certes attirés par des profits, mais en même temps, ils ne peuvent pas ignorer les conditions de prêts du marché», a expliqué Michael Chu.

«Nous ne sommes pas contre le profit, a rétorqué Muhammad Yunus. La Grameen Bank poursuit aussi cette logique. Mais nos bénéfices appartiennent à la communauté qui les investit dans de nouveaux prêts ou dans des entreprises sociales.» Il a nommé plusieurs exemples d'entreprises - Grameen Danone, GrameenPhone, Grameen Veolia - créées en partenariat avec des entreprises privées et dont le but est de fournir des services publics.

Non aux fonds étrangers

Le banquier des pauvres ne veut pas de fonds d'investissement internationaux. Une sorte de protectionnisme pour préserver son précarré de la concurrence? «Pas du tout», a-t-il répondu. Selon lui, les investissements étrangers comportent des risques de change.

Pour Muhammad Yunus, l'argent ne pose pas de problème. Mais les Etats doivent légiférer pour permettre aux organisations de microfinance d'opérer comme des banques et d'attirer les dépôts. «Dans un tel cas de figure, nous n'aurons vraiment pas besoin des fonds d'investissement», a-t-il affirmé. Des dons étrangers? «Oui, mais seulement s'ils alimentent des fonds nationaux qui accordent des microcrédits aux entreprises du pays», a-t-il dit.

Et la microfinance dans vingt ans? Michael Chu s'attend à une meilleure professionnalisation de cette industrie. Il espère aussi que les Etats passent les lois pour faciliter la mobilisation des fonds, mais sans s'ingérer dans les affaires privées des institutions. Il ne souhaite surtout pas que les pouvoirs publics s'en mêlent et fixent les taux d'intérêt.

Le patron de la Grameen Bank se veut plus enthousiaste. «Grâce au microcrédit, il y aura moins de pauvres, espère-t-il. Au Bangladesh, pour prendre l'exemple de mon pays, la pauvreté aura baissé et beaucoup de gens, plus éduqués et plus formés, seront les patrons de leurs propres petites entreprises.»

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