Le blog d'Eric NGENDAHAYO

Tout ce que vous voulez savoir sur la microfinance au Burundi : Les derniers évènenements, les ouvertures et les fermetures d'IMFs, la réglementation,les travaux de recherche, les défis et les enjeux actuels du secteur. (eric.ngendahayo@yahoo.fr)

24 septembre 2009

Quand le carburant déstabilise le panier de la ménagère

Source : iwacu-burundi.org

Le prix du carburant continue de monter depuis plusieurs mois. Cette hausse perturbe la sécurité alimentaire de la population. La situation semble irréversible malgré les bonnes résolutions des intervenants dans ce domaine.

Quelques taxes appliqués

   sur le prix à la pompe :


  -Fonds routier national : 80Fbu/l
  -Fonds stock stratégique : 31Fbu/l
  -Droits d’assises : 241Fbu/l
  -Redevances administratives :    4Fbu/l
  -TVA : 241Fbu/l

Les plus pauvres sont les plus vulnérables aux effets des prix croissants du carburant et des produits alimentaires », constate un  chercheur en économie. Selon lui, les dépenses pour  l’alimentation représentent généralement 70 % des revenus  des personnes démunies. Il en conclue que les ménages pauvres réduiront leur consommation de nourriture et sacrifieront l’éducation de leurs enfants.

Il soutient que contrairement à l’idée répandue, les prélèvements de l’Etat ne semblent pas avoir suivi la même hausse du prix du carburant sur le marché international. Même si le niveau relatif des taxes cumulées perçues reste élevé, principalement du fait que celles effectuées par l’Etat sont exprimées en pourcentage. Pour ce chercheur, cela cause une répercussion automatique et proportionnelle de la hausse des prix internationaux sur le prix à la pompe. Néanmoins, continue-t-il, la fixation de ces niveaux de taxes peut être perçue comme abusive au gré des besoins en recettes fiscales, et ainsi aggraver l’imprévisibilité des prix à la pompe.

Le gouvernement impuissant face aux prix
Pour Aimé Rwankineza, gérant de la station Great Lakes, le carburant est actuellement presque le seul produit à approvisionner les caisses de l’Etat. Il rappelle que l’Etat a toujours un déficit sur les droits de douane par rapport à son budget, et les taxes sur le carburant aident à le combler. Néanmoins, il propose que même si c’est un produit stratégique, l’Etat devrait laisser le marché jouer son jeu et faire un contrôle en imposant les plafonds des prix. Car, poursuit-il, l’Etat ne pourra pas contrôler les prix indéfiniment.

Pour lui, non seulement le prix sur le marché mondial a augmenté, mais l’Etat doit hausser les taxes suite aux pressions de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International : « le déficit est énorme et ils doivent montrer leurs efforts avant de demander un appui budgétaire. » Il trouve que le stock stratégique aurait pu aider quand le prix était bas, mais l’Etat n’en a pas profité pour le constituer : « le Rwanda en a profité pour accumuler plus de 30 millions de litres et tous les dépôts sont
pleins. »

« L’Etat prélève 35% de charges par litre »

ImagePierre Nduwayo, secrétaire général et porte-parole de l’Association Burundaise des Consommateurs (ABUCO), trouve que le carburant coordonne l’économie nationale et celle des ménages. L’instabilité de son prix désorganise donc celui des autres biens et services.
Mais Pierre Nduwayo assure qu’il est possible de stabiliser le prix du carburant à la pompe : « si on analyse ce prix, on constate que l’Etat prélève 35% de charges par litre ; il peut jouer sur les prélèvements pour rendre les prix stables. » Il recommande par exemple que les taxes soient exprimées, non pas en pourcentage, mais en chiffres absolus pour alléger le consommateur.
Mais le porte-parole de l’ABUCO  reconnaît que les taxes sur le carburant sont les plus rentables et a peur que la situation ne reste inchangée. Pourtant, même l’issue proposée par l’Etat lui paraît fantaisiste : « Des prélèvements comme le fonds stock stratégique sont censés aider en cas de difficulté, mais les prix continuent à grimper. On ne voit pas l’utilité de ce fonds ni sa destination, puisqu’il n’est régi par aucun texte », confie Pierre Nduwayo.
Pour le secrétaire général, même la TVA appliquée sur le carburant ne devrait pas l’être puisque c’est une matière première.

« L’Etat ne peut intervenir qu’à court terme »

Selon une source à la direction du commerce interne au sein du ministère du Commerce et de l’Industrie, les prélèvements sur le carburant sont tous nécessaires. Le fond stratégique carburant a été créé pour modérer les prix. Surtout en cas de perturbation dans l’approvisionnement, ou d’un événement qui le stopperait.

« Si le gouvernement veut continuer à constituer le stock, il ne peut pas se permettre de subventionner les prix », ajoute cette source. Elle souligne qu’à cause de ses faibles moyens, l’Etat ne peut pas avoir un stock dépassant deux mois. S’il le constituait, ce serait à court terme, et en tenant compte des prix sur le marché mondial : « Et il ne peut pas se permettre de faire une concurrence déloyale au secteur privé qui paie régulièrement ses taxes. » S’agissant de la TVA, continue notre source, elle n’est pas applicable sur les matières premières, mais seulement sur le produit fini et les services : « l’Etat récupère ainsi ses droits d’assises sur le prix à la pompe. »

Ce fonctionnaire de la direction du commerce souligne donc que le carburant est le premier produit le plus sûr pour alimenter les caisses de l’Etat : « logiquement, il est donc impossible de subventionner son prix. C’est pour cela que la taxation doit rester en pourcentage, pour se positionner aux fluctuations sur le marché international. » Pour lui, il n’y a pas de solution miracle ; il faut que le pouvoir d’achat des Burundais augmente en encadrant leur production. Tout le reste, constate-t-il, n’est que pure spéculation.

Un économiste propose quelques solutions

Les différents intervenants dans le système d’approvisionnements (importateurs) ont un pouvoir de marché qui ne parvient pas à couvrir les besoins en stock stratégique du pays. Le gouvernement devrait donc favoriser l’émergence, le développement ou l’entrée sur le marché burundais de groupes pétroliers au pouvoir de marché conséquent pouvant répondre aux besoins stratégiques du pays. Ceci pourrait se réaliser de deux manières : faciliter les intervenants locaux à atteindre une taille critique ou intéresser les compagnies internationalement reconnues à entrer sur le marché burundais.
Le gouvernement devrait engager des discussions avec ses partenaires régionaux, dans le cadre de l’East African Community, par exemple. Il devrait également plaider en vue d’une réalisation des investissements régionaux ou sous-régionaux d’interconnexion d’infrastructures de stockage en produits pétroliers et ainsi créer des capacités de stockage stratégiquement situées au sein de la sous-région.
Une politique fiscale et douanière plus efficace devrait permettre à l’Etat d’augmenter ses recettes et ainsi d’exercer moins de pression fiscale sur la structure des prix du carburant.
La réorganisation du transport en commun scolaire et celui des fonctionnaires de l’Etat pourrait influer sur la demande des produits pétroliers en milieux urbains, le budget des ménages et le changement d’attitudes nécessaire pour s’adapter à cette nouvelle situation. Celle-ci exige des économies d’énergie.

                                                              Edouard Madirisha

Dernière mise à jour : ( 22-09-2009 )

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