13 octobre 2009
Fuite des cerveaux dans les anciennes banques
Source : iwacu-burundi.org | |||
Depuis quelques temps, des employés qualifiés quittent leurs anciennes banques pour de nouvelles. Ils sont attirés par un meilleur salaire, mais des fois, ils fuient une ambiance de travail non stimulante.
« Les promotions sont en fonction d’affinités, et les prestations fournies ne sont pas reconnues », souligne V.S. Après six ans de service dans une grosse banque de la capitale, il a décidé de rejoindre une autre qui vient d’ouvrir ses portes. V.S rapporte que ses anciens employeurs n’ont jamais voulu revoir à la hausse les salaires du personnel, malgré les intérêts colossaux qu’ils font. En avouant que le salaire a été l’appât principal, il ajoute que même les avantages sont différents : « après six ans de services, je n’ai pas eu de crédit logement auquel j’avais droit. ». Pour lui, ses anciens employeurs se comportent comme des colons. Ce n’est pas que le salaire qui les fait partir Pour V.S, l’ancienne banque qui l’employait fait aujourd’hui un recrutement politisé : « il y règne un climat de suspicion où tout le monde surveille tout le monde ! » Mais il précise que des affinités parentales existent au sommet et freinent des promotions méritées : « même de très anciens employés préfèrent partir ailleurs, quand ils constatent qu’ils risquent de rater leurs promotions » Pour V.S, la seule chance qui reste à ces banques est leur réputation de solidité financière. Il pense que si elles ne revoient pas leur politique interne, les meilleurs vont continuer à aller ailleurs : « 85% du personnel seraient prêts à partir s’ils étaient approchés par d’autres banques ! » V.S souligne également que certains clients peuvent remarquer cette fuite du personnel et abandonner leur ancienne banque en suivant un personnel qu’ils jugent plus qualifié. D.R est employé dans une des plus grandes banques traditionnelles de Bujumbura. Il reconnaît que la question des salaires est un véritable casse-tête pour eux : « nos patrons ont toujours voulu calculer nos salaires sur base de la fonction publique. C’est ridicule ! » Il se souvient d’une époque où une grève a même été déclenchée pour réclamer les crédits auxquels ils avaient droit : « un responsable du crédit pouvait te le refuser soi-disant que tu n’étais pas assez âgé pour avoir ta propre télévision ! » Il avoue qu’il partirait sans hésitation et sans regrets si une autre banque le recrutait. « Ça n’a aucun impact sur la banque ! » J.R est un cadre dans une ancienne et très importante banque de la place. Il reconnaît avoir remarqué quelques départs, mais juge qu’il n’y a rien d’alarmant. Pour lui, c’est un phénomène courant dans le milieu : « c’est normal que les employés cherchent mieux. C’est inhérent à la nature humaine d’avoir plus. » Pour lui, le salaire influe sur la carrière et un peu d’ambition pousse toujours à viser haut. Il souligne pourtant que les employés sont en général passif : « ils attendent un certain paternalisme de la part de leurs dirigeants et ne prennent aucune initiative. » Il trouve que la plupart des griefs du personnel ne sont pas fondés car les plus méritants progressent. Il précise d’ailleurs qu’il n’existe plus d’affinités à la tête de la banque : « il n’y a aucune relation entre les membres de l’équipe dirigeante ; qu’elle soit parentale, régionale, politique ou autre. » J.R souligne un véritable problème au sein des banques traditionnelles : « les salaires ne sont pas incitatifs, et de plus en plus d’employés qualifiés risquent de partir. » Pour lui, cette perte d’un personnel expérimenté peut coûter cher en temps et en moyens pour en former un autre. Il trouve normal par ailleurs que les salaires soient augmentés : « puisque la banque fait des bénéfices, il faut que tout le personnel en profite. Les dividendes ne doivent pas être seulement partagés entre les administrateurs ! » Mais J.R ne remarque en définitive aucun impact de ces départs. Il précise que certes certains clients sont partis, mais souligne qu’ils n’étaient pas importants : « ils ont suivi des employés qui les arrangeaient pour des découverts. Les clients qui en ont besoin ne sont souvent pas primordiaux. » « Il y a un effet positif de création d’emploi » Dr Louis Ndikumana est économiste, le coordonnateur du Fonds pour la Relance, les Conseils et les Echanges en Microfinance (FORCE). Pour lui, il n’y a que "la Diamond Trust Bank" qui soit nouvelle, les autres sont d’anciennes banques reprises par un nouvel actionnariat. Il fait remarquer que ces départs ne sont pas un nouveau phénomène dans le secteur banquier : « le critère de la recherche des meilleures ressources humaines pour un meilleur rendement est assez normal. » Il souligne néanmoins que ce recrutement doit se faire dans le respect d’une certaine éthique. De toute façon, selon lui, il y a toujours création d’emploi car des places devienues vacantes sont pourvues en personnel nouveau. Pour lui donc, il ne faudrait pas tirer des conclusions hâtives sur ce phénomène. Dr. Louis Ndikumana reconnaît cependant que la formation d’un cadre coûte beaucoup en temps et en moyens : « il faut chercher à les retenir, en réfléchissant sur les mécanismes internes pour garder les employés. » Edouard Madirisha | |||

Dr Louis Ndikumana est économiste, le coordonnateur du Fonds pour la Relance, les Conseils et les Echanges en Microfinance (FORCE). Pour lui, il n’y a que "la Diamond Trust Bank" qui soit nouvelle, les autres sont d’anciennes banques reprises par un nouvel actionnariat. 