Résumé

La croissance économique et l’amélioration des indicateurs macroéconomiques observés ces dix dernières années n’ont pas eu d’impact satisfaisant sur la réduction de la pauvreté.

Malgré de grandes avancées observées dans l’amélioration de l’environnement des affaires, le développement du secteur privé restent encore contraint par le manque d’électricité et la faiblesse du système judiciaire.

Avec les tensions socio-politiques qui s’accentuent à l’approche des élections, l’année 2015 risque de ne pas être une année propice au développement et à la croissance mais une année du statut quo.

A long terme, l’avenir du Burundi s’avère très prometteur et l’accélération des projets de construction de barrages hydroélectriques, l’exploitation des réserves du Nickel et la réforme des secteurs caféicole et théicole  semblent en mesure de porter la croissance du pays à 8%+ et à réduire le niveau de pauvreté. Pour ce faire, il faudra que les efforts entamé dans le domaine de l’amélioration de la gouvernance économique et de lutte contre la corruption soient accélérés.

 

 

PRINCIPAUX INDICATEURS ÉCONOMIQUES

 

2011

2012

2013

 2014(p)

Croissance PIB (%)

4,2

4,0

4,5

 4,7

Inflation (moyenne annuelle)

9,7

17,9

9,5

 5,9

Solde budgétaire / PIB (%)

-24,7

 -19,8

 -16,4

 -13,7

Solde courant / PIB (%)

 -27,7

 -27,5

 -23,8

 -22,0

Dette publique / PIB (%)

 39,7

 35,2

 31,3

29,6

 

(p) Prévisions

 

POINTS FORTS

POINTS FAIBLES

  • Richesses naturelles (café, thé, minerais)
  • Soutien des bailleurs de fonds
  • Annulation de 75% de la dette publique extérieure en 2009
  • Intégration à la Communauté de l’Afrique de l’Est

 

  • Economie peu diversifiée vulnérable aux chocs externes (aléas climatiques, taux de change et prix du pétrole)
  • Enclavement géographique
  • Activité bridée par le manque d’infrastructures et le faible niveau de production d’électricité
  • Dépendance à l’égard de l’aide internationale (environ 50% du Budget Nationale)
  • Forte tension politique
  • Gouvernance économique

 

 

 

  1. I.                    Burundi : Une économie en plein redressement

Le Burundi est un des pays les pauvres du monde. L'économie burundaise est dominée par le secteur agricole (les principaux produits d'exportation sont les minerais, le café et le thé) et est ainsi très vulnérable aux chocs liés aux conditions climatiques ou aux taux de change. L'agriculture représente environ la moitié du PIB et la majorité de la population vit de l’agriculture vivrière.

Des indicateurs macroéconomiques en hausse ….

Depuis le retour à la paix (2003) après une décennie de guerre civile, l’évolution macroéconomique reste globalement satisfaisante et conforme aux objectifs des programmes fixés conjointement avec les bailleurs de fonds en général et le FMI en particulier.

La croissance du PIB a connu une légère amélioration passant de 4 % en 2012 à 4.5 % en 2013, une tendance qui devrait se poursuivre en 2014 et avoisiner  4,7%  grâce au rebond de la production agricole, notamment le café, et aux investissements dans les infrastructures, notamment la fibre optique, les transports et les barrages hydro-électriques.  

L’inflation a connu une décélération rapide, passant de 12% en fin 2012 à 8,8%  en fin 2013, et 6 % à fin 2014, aidée par l’évolution favorable des prix internationaux des produits pétroliers et alimentaires (et la reprise de la production agricole).

La position extérieure demeure fragile, le déficit du compte extérieur courant (transferts compris) s’étant fortement détérioré pour atteindre 20,5 % du PIB contre 18.5% en 2012, en dépit d’une atténuation des effets de la détérioration des termes de l’échange. Les importations ont diminué d’environ -0.2 % alors que les exportations ont fortement chuté d’environ 32 %, reflétant en grande partie la baisse des exportations du café. Les réserves officielles de change ont légèrement augmenté pour atteindre l’équivalent de 3.4 mois d’importations en fin 2013.

…..mais une pauvreté qui ne recule pas……..

En dépit d’une croissance respectable ces dernières années, les progrès des indicateurs de développement humain et de la réduction de la pauvreté monétaire sont insatisfaisants. Après des années de croissance atone, une croissance plus élevée et moins volatile s’est traduite depuis 2000 par une légère hausse du PIB par habitant qui n’a pourtant pas réussi à réduire notablement la pauvreté omniprésente.

…. et une capacité d’endettement public qui reste limité…..

Une actualisation de l’analyse de viabilité de la dette (AVD), par le FMI, en janvier 2014 présente quelques améliorations, mais confirme que le Burundi court encore un risque élevé de surendettement. L’AVD suggère que le Burundi a une marge d’emprunt limité et que les prêts doivent rester hautement concessionnels compte tenu de la base étroite des exportations. Qui plus est, la forte dépendance du soutien des donateurs (50 % du budget), la volatilité de l’aide, la réduction de la marge de manœuvre budgétaire sous l’effet d’une diminution du ratio des impôts au PIB de même que les pressions démographiques sont les principales menaces à l’équilibre et à la discipline budgétaires du Burundi.

 

……malgré des avancées notables dans l’amélioration de l’environnement des affaires

Le Gouvernement a fait de l’amélioration du climat des affaires une priorité depuis 2011, alors que le Burundi se classait à l’avant-avant-dernière place dans le rapport Doing Business de la Banque mondiale. Le Burundi a grimpé de 17 places et se classe actuellement 152e sur 189 économies dans le rapport Doing Business 2015 grâce à l’adoption d’un certain nombre de réformes qui ont facilité la création des entreprises, l’obtention des permis de construire et l’enregistrement des biens immobiliers.

Cet environnement a été également permis par une accélération du processus d’intégration du Burundi dans la Communauté Est Africaine (EAC). Ce processus englobe l’harmonisation des lois, les politiques monétaires et budgétaires, la facilité des affaires, l’élimination des barrières non tarifaires et la complémentarité des grands projets d’infrastructure. Les importants projets d’infrastructure conjoints incluent la construction de barrages hydroélectriques avec le Rwanda et la Tanzanie, outre l’amélioration des principaux réseaux routiers et la mise en œuvre de postes frontaliers à guichet unique. Les avantages ont pris la forme d’investissements transfrontaliers dans les services financiers et de la mobilité de la main-d’œuvre dans le secteur du tourisme.

Nonobstant ces progrès, les autorités ont reconnu la nécessité de redoubler d’efforts pour améliorer la gouvernance, lutter contre la corruption et renforcer l’efficacité du système judiciaire  et préserver les droits des créanciers.

De même, les coûts élevés des transports, l’accès réduit à l’électricité et aux services financiers continuent d’entraver la capacité des entreprises burundaises à concurrencer les autres sur les marchés mondiaux.

 

  1. II.                  Perspectives économiques: Une croissance fragile sur le court terme

 

Croissance dépendante du cours du café et contrainte par le manque d’infrastructures

La croissance, modérée en 2014, devrait progresser très modestement en 2015. L’activité économique du Burundi est dominée par le secteur agricole (employant 80% de la population active), en particulier la production de café et dans une moindre mesure de thé. Les bonnes performances enregistrées par le café En  2014, pourraient se raffermir en 2014, améliorant ainsi les recettes d’exportation. L’augmentation des volumes de production reste toutefois très contrainte par le manque de productivité lié à des plantations vieillissantes et à l’insuffisance d’investissements.

La défaillance des infrastructures, en particulier la production d’électricité, en dépit de l’important potentiel hydroélectrique du pays, handicape la production industrielle. Le secteur de la construction, soutenu par les programmes d’investissements publics stimulés par l’appui financier du FMI au titre de la Facilité Elargie de Crédit, ainsi que les services continueront à tirer la croissance en 2015. La consommation devrait bénéficier du ralentissement de la hausse des prix. Après le niveau record atteint en 2012, l’inflation, inférieure à 10% en 2013 et 2014, devrait ralentir davantage en 2015 grâce à la modération des prix des biens importés (produits pétroliers, produits alimentaires et matières premières) et à une politique plus restrictive de la Banque Centrale.

 

Des projections budgétaires 2015 audacieux mais dont l’équilibre est plus qu’incertain

 

En effet, la loi des finances 2015, table sur des dépenses de 1 562 milliards de francs burundais contre 1 442 milliards en 2014 soit une augmentation de  8 %.

Ce surplus de dépenses devrait permettre au Gouvernement d’accroître ses dépenses d’investissements dans des secteurs clés porteurs de croissance tels que l’Energie, les routes et l’agriculture.

Pour financer ces dépenses supplémentaires le Gouvernement prévoit une hausse des recettes  qui devrait être rendue possibles par la combinaison de plusieurs facteurs :

-          Un système de recouvrement des impôts, taxes et assimilés en continuel amélioration avec l’Office Burundais des Recettes et le Tarif Extérieur Commun

-          La suppression des exonérations prévues par le Code des Investissements

-          Une croissance économique attendue à 5,4%

-          Une stabilisation des réserves de change à 4 mois, ce qui devrait favoriser les importations

-          Le maintien des dons extérieurs à un niveau très élevé.

 

Si ces recettes et les facteurs pris en compte pour les évaluer semblent réalistes pour une année budgétaire standard, leurs réalisations peuvent être rendues très difficiles par l’incidence des échéances électorale attendues au cours du deuxième trimestre 2015. 

En effet, les tensions socio-politiques qui s’accentuent avec l’approche des élections risquent d’avoir un impact négatif sur l’activité économique  du Pays. En effet, le secteur privé met un frein sur les nouveaux projets d’investissements en attendant d’être sûr que le Burundi restera un pays stabilisé après juillet 2015. De plus, les consommateurs réduisent leurs consommations pour accroître leur épargne de précaution. Cette baisse des investissements combinée à une baisse de la consommation des ménages risquent de rendre difficile les prévisions de croissance à 5,8%. Ainsi, la probabilité est grande que les recettes internes qui dépendent de la croissance du PIB ne soient pas au niveau attendu.

De plus, en attendant également le bon déroulement des élections, les partenaires du Burundi (bilatéraux et multilatéraux) semblent mettre un frein aux décaissements des aides promises et reportent le lancement des projets ayant déjà fait l’objet de financement. Les recettes attendues des appuis extérieurs en 2015 risquent ainsi de ne pas être à la hauteur des prévisions.

Enfin, l’impact de certaines mesures fiscales sur les recettes intérieures, telle que le changement du mode de taxation de la téléphonie mobile n’a pas encore été assez évaluée.

Des conditions peu favorables au secteur privé

La combinaison de tous ces facteurs risquent de rendre les recettes globales de l’Etat de substantiellement inférieures aux prévisions et également aux dépenses incompressibles de l’Etat.  Pour combler ce déficit, le Gouvernement accentuera sans doute le recours à la dette intérieure, notamment le financement bancaire, à travers, l’émission des titres du trésor.

Le secteur privé sera touché par cette évolution de deux manières différentes :

  1. Une raréfaction du financement bancaire qui se sera orienté vers l’Etat
  2. Du fait du faible décaissement des appuis externes, une raréfaction des devises et donc, des difficultés à financer les importations.

 

En résumé, l’année  2015, année des élections au Burundi, ne sera certainement pas une année propice au développement du secteur privé et à l’accélération de la croissance, mais une année du statuquo.

 

 

  1. III.                Des perspectives  économiques à moyen et long termes  très prometteuses

Une économie burundaise qui sera tirée par le secteur primaire…….

Plusieurs éléments laissent à penser que le Burundi a les opportunités et les capacités de générer une croissance atteignant 8% à moyen terme.

En effet, on prévoit une accélération de la production du secteur primaire du fait de la mise en œuvre effective du Programme national d’investissement agricole (PNIA), le développement de l’agro-industrie (et la mise en œuvre des programmes de développement des exportations agricoles), le démarrage de l’exploitation minière du nickel et une meilleure maîtrise des autres activités d’extraction minières avec l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation minière.

-          La finalisation du processus de privatisation des actifs de l’Etat dans la filière café en 2015 ainsi que le lancement du projet compétitivité dans le secteur caféicole, devrait également permettre de voir les ressources issues de ce secteur avoir un impact important sur le moyen terme tant sur la valeur des exportations que les revenus des caféiculteurs.

-          La finalisation de la libéralisation du secteur théicole ainsi que la restructuration (voire la privatisation de l’Office d Thé du Burundi), devraient également permettre, à moyen termes, de porter ce secteur à des niveau jusqu’ici jamais atteint et d’accentuer sa place dans le développement du monde rural et l’augmentation des revenus des planteurs.

-          L’ouverture envisagée du capital de la Société Sucrière du Moso aux privés, devraient également, à travers l’augmentation des ressources financières de la Société et de sa capacité de production, avoir un impact certain tant sur les revenus de l’Etat que dans la transformation de la région du Moso.

Mais la véritable transformation de l’économie burundaise viendra certainement de  l’exploitation du Nickel.

L’exploitation du Nickel, qui, d’après les prévisions, peut générer des exportations d’une valeur de 3 milliards de dollars US par an pendant trente ans, devrait avoir les effets suivants :

-          Une augmentation de la rentrée des devises : Accroissement des importations et amélioration de la capacité du Burundi à s’endetter sur les marchés internationaux

-          Une augmentation des recettes fiscales et non fiscales du pays : Accroissement de la capacité du Gouvernement à autofinancer ses programmes d’investissement (santé, éducation, infrastructures)

-          Un effet d’entrainement sur le secteur privé, notamment à travers les contrats de sous-traitance et le développement des centres urbains avoisinants les sites d’exploitation

-          Une diminution du coût de transport depuis le Port Daresalam : A travers une connexion du chemin de fer arrivant au moins dans la zone de Musongati.

Les retombées positives de l’exploitation du Nickel devraient diminuer sensiblement la dépendance du Burundi à l’aide extérieur et le rendre plus autonome dans le choix de ses grands projets d’investissements.

…… facilitée par le développement du secteur tertiaire …..

Un nouvel élan dans le secteur tertiaire à travers l’exploitation de la fibre optique et les investissements dans les secteurs des télécommunications et du tourisme devraient également avoir un effet positif sur la croissance du PIB. Il en est de même des investissements attendus dans le secteur financier, avec la modernisation du secteur bancaire et du secteur des assurances, du développement des opérations de mobile Banking et de la monnaie électronique et le lancement des activités du marché burundais attendus pour 2015-2016.

……le tout soutenu par les multiples chantiers entamés dans le secteur de l’énergie que ce soit au niveau National ou Régional qui pourraient permettre au Burundi de combler son déficit énergétique d’ici 2020.

De même, les engagements pris par les bailleurs de fonds en octobre 2012 pour financer le Cadre Stratégique de Lutte Contre la Pauvreté (CSLP II), pour un montant estimé de 2.6 milliards USD, sont de nature à renforcer ces hypothèses. Par ailleurs, l’inflation, qui devrait continuer à reculer pour se situer autour de 6 % grâce à la chute observée des cours mondiaux des produits alimentaires et pétroliers, pourrait entraîner une stabilisation du taux de change du franc burundais par rapport au dollar américain et relancer la consommation intérieure.

Les principales menaces pesant sur l’évolution de l’économie à moyen terme sont liées à sa forte sensibilité aux aléas climatiques. De plus, l’instabilité à l’est de la République démocratique du Congo (RDC) pourrait représenter, à terme, un facteur de déstabilisation. La conjoncture internationale incertaine risque de ralentir le flux de l’aide extérieure.

Enfin, les problèmes de gouvernance peuvent avoir pour effet de pas efficacement redistribuer les fruits de croissance et ne pas avoir l’impact souhaité en termes de diminution de la pauvreté.

 

Dr Eric NGENDAHAYO

Directeur Général de la Société Eng Investment Advisory SPRL

www.eng-investment.com