Le blog d'Eric NGENDAHAYO

Tout ce que vous voulez savoir sur la microfinance au Burundi : Les derniers évènenements, les ouvertures et les fermetures d'IMFs, la réglementation,les travaux de recherche, les défis et les enjeux actuels du secteur. (eric.ngendahayo@yahoo.fr)

03 novembre 2009

Enquête du CGAP : Disparités entre les services financiers proposés aux riches et ceux proposés aux pauvres

WASHINGTON, October 13 /PRNewswire/ --

Confrontés aux demandes urgentes de réforme des systèmes financiers nationaux, les décideurs politiques ont une occasion rêvée d'aider leurs citoyens les plus démunis à avoir accès à des services financiers utiles. Cependant pour saisir cette occasion, ils ont besoin d'informations de bien meilleure qualité sur l'accès aux services dans leur pays. Qui a accès à ces services ? Quelles sont les politiques à adopter pour atteindre cet objectif ?

<< De nombreux pays ont une politique déclarée d'élargissement de l'accès aux services financiers pour leurs citoyens les plus démunis >>, explique Nataliya Mylenko, auteur principal du nouveau rapport du CGAP intitulé Financial Access 2009. << Toutefois, en l'absence de données, il est très difficile pour les décideurs de formuler des politiques efficaces. >>

Afin de combler ce manque de données, le CGAP a effectué une enquête auprès des régulateurs financiers dans 139 pays, pour produire le premier rapport d'une nouvelle série annuelle d'évaluations sur l'état de l'accès aux moyens financiers dans le monde entier. Financial Access 2009 conclut que les structures bancaires traditionnelles ne ciblent souvent que les plus nantis et privent les plus démunis d'outils importants qui pourraient les aider à investir plus dans leurs activités, à dépenser plus en articles ménagers et à avoir les fonds pour traverser les périodes de crise.

<< Pour la première fois, les décideurs politiques ont la possibilité d'examiner leurs efforts en matière d'accès aux structures financières, dans un contexte d'indicateurs mondiaux >>, estime Elizabeth Littlefield, PDG de CGAP. << De nombreuses personnes seront surprises d'apprendre que seulement 30 % des personnes dans les pays en voie de développement possèdent des comptes de dépôt dans des institutions financières réglementées, comparé à 80 % dans les pays développés. Pour 70 % de la population des pays en voie de développement exclue du système financier réglementé, les transactions financières de base comme les paiements ou l'épargne sont tout simplement indisponibles. >>

Financial Access 2009 confirme que dans la plupart des pays en voie de développement, les banques n'offrent aucun service aux populations à faibles revenus et se consacrent plutôt aux clients plus riches. Les institutions financières non bancaires, telles que les coopératives, les institutions financières spécialisées (p. ex. les caisses d'épargne postale et les banques d'épargne étatiques) et les institutions de microfinance sont plus susceptibles de se mettre au service des pauvres et des clients ruraux. Cependant, les informations disponibles concernant les institutions financières non bancaires sont limitées, ce qui complique l'évaluation de la véritable ampleur de leurs opérations.

Points importants

- Les normes d'identification (Connaissez votre client) devraient être proportionnelles à la taille des transactions et des comptes. Dans les pays en voie de développement, les plus démunis ont souvent de la difficulté à fournir une identification acceptable. Beaucoup ne possèdent pas d'identification gouvernementale, de documentation appropriée ou même d'adresse pour se conformer aux règles draconiennes d'identification du client. Certains pays n'ont pas de systèmes fiables d'émission de pièces d'identité. Les coûts associés à la collecte et à la soumission des données d'identification ainsi que des autres données liées aux transactions sont élevés par rapport à la faible valeur des comptes qui seraient ouverts par les plus démunis.

- Les virements gouvernementaux dans les comptes de dépôt peuvent potentiellement enrichir les banques, les gouvernements et les clients. Sur les 139 pays interrogés, 40 ont indiqué encourager ou imposer des virements gouvernementaux par l'intermédiaire du système bancaire, dont 14 pays à revenus élevés et 10 pays d'Amérique Latine. Dans les autres régions, peu de pays encouragent de tels virements.

- La réglementation devrait faciliter l'établissement de succursales pour les banques. Financial Access 2009 indique que 90 des 139 pays (presque 65 %) exigent une autorisation formelle pour ouvrir une nouvelle succursale. Obtenir une autorisation n'est qu'une formalité dans certains pays. Dans d'autres pays toutefois, l'autorisation signifie un long processus d'application, la soumission d'une étude de faisabilité et l'obtention d'autorisations supplémentaires de la part de plusieurs organismes gouvernementaux. Dans certains cas, les multiples autorisations et les retards aboutissent à une attente de plusieurs mois, sans compter les coûts élevés, qui peuvent dissuader les banques d'ouvrir des succursales. Lorsque le coût de la conformité au processus d'autorisation d'ouverture d'une succursale est trop élevé, les banques sont susceptibles de réfléchir plus longtemps avant d'ouvrir des succursales qui ne seront que marginalement rentables comme celles des régions pauvres ou rurales.

- La transparence - veiller à ce que les prix et les conditions soient divulgués en totalité et de façon compréhensible pour les clients - est un élément important de la protection des consommateurs. Des services complets d'information sur le crédit une protection adéquate du consommateur sont des aspects importants en ce qui concerne l'accès au crédit. Dans les pays à revenus élevés et en Amérique Latine, là où le crédit à la consommation est plus développé, plus de 90 % des pays offrent une protection du consommateur et des obligations de divulgation, comparé à seulement 50 % en Asie du Sud et en Afrique. Les obligations de divulgation sur les taux d'intérêt des emprunts existent dans 109 pays. En tout, 47 % des pays ont des obligations de divulgations plutôt que des plafonds usuraires alors que 30 % des pays utilisent les deux. Financial Access 2009 met l'accent sur l'importance de la collecte d'informations par les régulateurs et les gouvernements sur les caractéristiques et le comportement de leurs systèmes financiers. Ces données les aideront à concevoir des politiques qui ciblent correctement les barrières empêchant les pauvres d'accéder aux services financiers et qui anticipent les évolutions futures des comportements et des systèmes financiers.

Financial Access 2009 est disponible en consultant http://www.cgap.org/financialindicators.

A propos de CGAP

Le CGAP est un organisme indépendant de recherche et de développement de politiques qui se consacre à améliorer l'accès des plus démunis aux structures financières. L'organisme est soutenu par plus de 30 agences de développement et fondations privées qui partagent la même mission d'atténuation de la pauvreté. Partageant le même immeuble que la Banque mondiale, le CGAP fournit une veille de marché, fait la promotion des normes, développe des solutions innovantes et offre des services conseil aux gouvernements, aux fournisseurs de microfinancement, aux donateurs et aux investisseurs. Veuillez consulter http://www.cgap.org. pour plus de renseignements.

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Les émigrés africains transfèrent chaque année 40 milliards de dollars dans leurs pays d'origine

LE MONDE | 22.10.09 | 10h17

L'Afrique reçoit des sommes considérables des migrants partis travailler sur d'autres continents, mais le manque d'information, de concurrence et de régulation empêche cet argent d'agir pleinement sur le développement. C'est ce que révèle un rapport de l'International Fund for Agricultural Development (IFAD), publié jeudi 22 octobre à l'occasion d'un forum sur les transferts de fonds organisé à Tunis par cette agence de l'ONU, pour mobiliser banques centrales et gouvernements sur la question.

La première surprise de ce rapport tient en un chiffre : d'après l'IFAD, 40 milliards de dollars (26,7 milliards d'euros) sont envoyés chaque année à leurs proches par les émigrés africains. Ce montant était jusqu'alors inconnu, mais il était estimé entre trois et quatre fois moindre.

"L'Afrique avait toujours été une énigme en ce qui concerne les transferts de fonds", explique Pedro de Vasconcelos, économiste à l'IFAD et coauteur de ce premier état des lieux. "On les évaluait généralement entre 10 milliards et 17 milliards de dollars. Même les banques centrales africaines n'avaient aucun chiffre."

Ce manque d'information a des conséquences en cascade : "L'impact des transferts est colossal, mais sous-utilisé. L'argent est là; le problème, c'est le manque d'options. N'ayant pas conscience des montants en jeu, les gouvernements ne se préoccupent pas de réguler le marché ou de rendre ces sommes productives, pas plus que le secteur privé", explique M. de Vasconcelos.

Résultat, le marché des transferts est détenu à 64 % par deux acteurs seulement, Western Union et MoneyGram. Faute de concurrence, le taux des commissions est d'environ 10 % en moyenne en Afrique – où il peut même atteindre 25 % –, contre 5,6 % en moyenne dans le monde.

"Si on réduit ce taux de moitié, 2 milliards de dollars de plus arrivent dans la poche des familles chaque année, résume l'économiste de l'IFAD. En Amérique latine, l'ouverture du marché a fait chuter les taux de 15 % à moins de 5 %."

La concurrence aurait un autre avantage : la multiplication des points de retrait, dont les zones rurales africaines sont largement dépourvues. Or un tiers des transferts sont destinés à des familles rurales. "Le Mexique dispose d'autant de points de retrait que toute l'Afrique, avec une population dix fois moindre", compare M. de Vasconcelos. "Pour beaucoup d'Africains, aller chercher cet argent, c'est un ou deux jours de travail perdus."

L'agence des Nations unies propose de transformer les bureaux de poste en points de retrait, alors qu'ils n'en ont aujourd'hui pour la plupart ni le droit ni les moyens. L'IFAD vient de signer un accord avec l'Universal Postal Union pour travailler en ce sens.

D'autres solutions existent. Au Kenya, le téléphone mobile devient un des moyens les plus économiques d'effectuer des transferts d'argent. Le Kenya est aussi un des rares pays à autoriser les institutions de microfinance à opérer ces envois de fonds. Dans toute l'Afrique, ces organismes ne forment que 3 % des points de retrait. Leur ouvrir le marché des transferts suffirait à doubler le nombre de guichets, selon l'IFAD.

Surtout, au lieu d'un simple mécanisme de consommation, "cela créerait une dynamique locale d'épargne et de microcrédit, qui donnerait une tout autre dimension à l'économie", estime M. de Vasconcelos.

Car si l'essentiel de l'argent des transferts de fonds sert à faire face à des dépenses de première nécessité – nourriture, logement, santé ou éducation –, "5 à 10 milliards de dollars sont disponibles pour l'épargne et l'investissement", selon le rapport. Des sommes capitales en pleine crise économique, alors que l'aide publique au développement s'essouffle et que les investissements directs étrangers s'effondrent.

Les transferts des migrants souffrent eux aussi : ils ont chuté de 12,7 % depuis le début de l'année selon l'IFAD. Un choc d'autant plus rude que ces envois avaient connu une croissance moyenne de 17 % dans le monde depuis dix ans, et que "par rapport à d'autres régions, l'Afrique dépend vraiment des transferts de fonds", précise M. de Vasconcelos.

Grégoire Allix

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14 novembre 2008

Renforcer l’épargne intérieure en Afrique

Afrique Renouveau, Vol. 22#3 (Octobre 2008), page 12

Il faut faire appel aux ressources qui échappent aux banques

Par Efam Dovi

Les banques traditionnelles n’ont pour clients que 20 % des Africains. Si elles parviennent à mieux exploiter les vastes ressources financières qui leur échappent, de plus larges sommes d’argent seront disponibles pour les investissements.

Et si les riches africains décidaient d’investir leurs revenus en Afrique plutôt qu’en dehors du continent ? Et si les 80 % d’Africains qui n’ont pas de compte en banque avaient accès aux services financiers du secteur bancaire conventionnel ? Et si les gouvernements africains investissaient leurs revenus nationaux de manière productive ? “Les taux d’épargne augmenteraient considérablement et l’Afrique pourrait peut-être satisfaire ses besoins en ressources financières et au-delà”, répond Samuel Gayi, économiste principal pour l’Afrique à la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) de Genève.

La capacité des pays africains à financer une plus grande part de leurs besoins de développement à partir de leurs ressources intérieures, “leur donnerait la flexibilité indispensable pour formuler et mettre en œuvre des politiques adaptées” pour répondre aux défis du développement, orienter leurs ressources vers les secteurs à haute priorité tout en “renforçant la capacité de leurs Etats”, affirme le rapport 2007 de la CNUCED intitulé : Le Développement Économique en Afrique, Retrouver une marge d’action: La mobilisation des ressources intérieures et l’État développementiste.

On estime que l’Afrique perd chaque année des centaines de milliards de dollars à cause de la fuite des capitaux, de la fraude fiscale, du rapatriement des profits par les sociétés multinationales et du montant élevé du remboursement de la dette extérieure. Mais simultanément, le large “secteur informel” de l’économie possède des ressources financières considérables qui ne sont pas déposées sur des comptes en banque et qui ne passent pas non plus par d’autres canaux du secteur financier traditionnel.

Malgré cela, jusqu’à très récemment la plupart des conférences et des sommets internationaux qui se penchaient sur le financement du développement économique et social de l’Afrique s’occupaient généralement des moyens de mobiliser de plus importantes ressources extérieures. Cela est en train de changer. Mais les flux de l’aide publique au développement (APD) restent volatiles, et comme le note le rapport de la CNUCED “une dépendance excessive vis-à-vis des flux de capitaux étrangers” rend ces pays vulnérables aux chocs externes. De plus, la part du total mondial des investissements étrangers directs (IED) de la région est restée basse.

Un fonds panafricain

En conséquence, les gouvernements africains se préoccupent de plus en plus de mieux mobiliser leurs ressources intérieures. Au sommet de l’Union africaine tenu en juillet 2007 au Ghana, les dirigeants du continent ont lancé une initiative destinée à exploiter les ressources locales pour financer le développement des infrastructures africaines. Le Fonds panafricain de développement des infrastructures (PAIDF) qui rentre dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), le plan de développement du continent, cherche à trouver des ressources principalement auprès des fonds de pension publics et privés et des sociétés de services fiduciaires de l’Afrique.

Une caisse d’épargne en Gambie. Les institutions de microfinance font appel à des méthodes innovatrices pour aider les plus pauvres à épargner et à emprunter.

Le PAIDF investira directement dans les grands projets d’infrastructure africains : énergie, réseau routier, informatique et télécommunications, adduction d’eau. Il investira aussi dans le capital de sociétés propriétaires d’infrastructures ou d’équipements similaires, ou qui en contrôlent, en assurent le fonctionnement ou la gestion. Firmino Mucavele, à l’époque directeur du secrétariat du NEPAD à Pretoria en Afrique du Sud, déclarait que l’objectif était d’investir dans les projets qui généreront des rendements importants.

En juillet 2008, le fonds s’est fixé l’objectif de recueillir 1 milliard de dollars dont environ 625 millions avaient été obtenus à la date de son lancement. Les actionnaires potentiels du PAIDF sont des fonds de pension régionaux réputés, tels que la société d’investissement public (Public Investment Corporation) sud-africaine qui détient des actifs de plus de 90 milliards de dollars, et des fonds similaires du Nigeria, du Ghana, de Namibie et du Botswana.

Jusqu’ici, les gestionnaires des fonds de pension africains publics et privés qui cherchaient à obtenir sécurité et rendements élevés, investissaient une grande partie de leurs ressources dans des sociétés et des valeurs mobilières à l’extérieur de l’Afrique, contribuant ainsi à la sortie des capitaux du continent. En essayant de diriger une petite portion de ces flux financiers vers l’intérieur, ainsi que par d’autres initiatives parallèles, les gouvernements africains tentent aujourd’hui de renforcer l’épargne nationale sur le continent.

De faibles taux d’épargne

L’Afrique subsaharienne a le taux d’épargne le plus bas du monde en développement. Bien que les chiffres varient d’un pays à l’autre, selon les estimations de la Banque mondiale l’épargne intérieure brute de la région se situait en moyenne en 2005 à 18 % du produit intérieur brut (PIB), contre 26 % en Asie du Sud et presque 43 % en Asie orientale et dans les pays du Pacifique.

Dans certains pays, ce taux est même à la baisse. L’Afrique du Sud représente à elle seule presque 40 % du PIB de l’Afrique subsaharienne, mais malgré cela en 2006 le taux d’épargne intérieure brute est tombé à 13 %, contre 26,7 % au début des années 1980.

En Ouganda, le taux d’épargne n’est que de 10 % du PIB. Japheth Katto, directeur de l’Autorité des marchés financiers du pays, a déclaré récemment que ce taux ne s’améliorerait pas dans un avenir proche “à moins que des efforts concertés soient faits pour accroître le rayon d’action du secteur financier.”

Bien que quelques pays aient atteint des taux d’épargne plus élevés, le fonds de l’affaire est que le taux d’épargne de la région “n’est pas compatible avec les besoins d’investissement de 25 % du PIB nécessaires pour réduire la pauvreté d’ici à 2015”, soutient Jean Thisen, haut responsable des affaires économiques à la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), établie à Addis Abeba en Ethiopie.

Les obstacles à l’épargne

Il y a de nombreuses causes à ce faible taux d’épargne en Afrique, dont des services financiers inadéquats. L’éloignement physique des institutions bancaires et des exigences de dépôt et de solde minimum élevés font que la majorité de la population n’a pas accès aux services bancaires. En conséquence, seulement 20 % des familles africaines détiennent un compte en banque.

En Afrique de l’Est, l’Ethiopie, l’Ouganda et la Tanzanie ont tous moins d’une agence bancaire pour 100 000 habitants. Le rapport est meilleur pour certains pays d’Afrique australe ; plus de 4 en Namibie, plus de 3 au Zimbabwe et presque 4 au Botswana.

Les exigences de solde minimum des banques et les frais de tenue de compte sont trop élevés pour de nombreux Africains. Selon un rapport de 2007 de la Banque mondiale, ouvrir un compte au Cameroun exige un dépôt de 700 dollars. C’est une somme supérieure au revenu annuel de nombreux Camerounais.

De nombreuses banques requièrent également une importante documentation pour ouvrir un compte. Au Cameroun, en Sierra Leone, en Ouganda et en Zambie, les banques exigent au minimum quatre documents, dont une carte d’identité ou un passeport, une lettre de recommandation, un bulletin de salaire et une preuve de domiciliation.

Même quand les gens disposent d’un peu d’argent, il peut n’y avoir qu’une faible incitation à épargner. Au Ghana, les intérêts rétribuant l’épargne sont négligeables, alors que les taux d’intérêts annuels sur les prêts vont de 23 à 25 %.

Le faible niveau de l’épargne déposée dans le système bancaire fait que beaucoup de banques n’ont que des fonds limités à prêter. En conséquence, selon les estimations de la Banque mondiale, les entreprises de l’Afrique subsaharienne financent entre la moitié et les trois quarts de leurs nouveaux investissements sur leur épargne propre. Un tel “auto-investissement” peut être productif, mais les spécialistes jugent que les bénéfices non distribués ne sont pas normalement suffisants et que ceci restreint les activités de nombreuses entreprises.

Une épargne qui attend d’être mobilisée

En Afrique, de nombreuses activités économiques se déroulent dans le secteur informel. De nombreux ménages ont des économies, mais “le problème est qu’elles sont conservées sous des formes non financières, a déclaré M. Gayi à Afrique Renouveau, elles ne sont pas suffisamment dirigées vers des investissements productifs.”

De nombreux Africains conservent encore la plus grande partie de leur épargne sous forme de bétail, de stocks de marchandises destinées au commerce, de céréales, de bijoux ou de matériaux de construction. Les données sont peu nombreuses, mais certains experts estiment qu’environ 80 % des avoirs détenus par les ménages ruraux d’Afrique le sont sous une forme non financière.

Avoir accès à cette épargne nécessite “l’introduction de nouveaux produits ou instruments financiers qui répondent aux besoins d’épargne des ménages”, estime M. Gayi de la CNUCED. Des produits qui “permettent un accès facile” à cette épargne et autorisent “de petites transactions à intervalles fréquents” encourageraient les ménages à passer au système bancaire conventionnel, rendant ainsi ces avoirs disponibles pour l’investissement productif, affirme-t-il.

En Ouganda, selon une enquête approfondie citée par le Fonds d’équipement des Nations Unies (FENU), au cours des 12 mois de l’étude, les détenteurs de comptes bancaires avaient épargné trois fois plus que ceux qui détenaient leurs avoirs dans les “secteurs semi-formel et informel.”

Le FENU notait dans son rapport 2004 qu’au Rwanda environ un demi-million de comptes d’épargne avec livret, dont le montant moyen de dépôts était de 57 dollars, avaient mis près de 40 millions de dollars en circulation en 2001. “Bien que cela puisse apparaître relativement insignifiant, expliquait le FENU, la circulation appropriée de ces fonds sous forme de produits de crédit pourrait avoir un effet démultiplicateur important pour l’économie du Rwanda.”

Réforme bancaire et élargissement de la clientèle

Dans de nombreux pays d’Afrique, gouvernements et banques changent la manière dont ils opèrent. Au Nigeria, une série de réformes du secteur bancaire lancées en 2004 a limité la participation de l’Etat dans les banques et introduit une plus forte concurrence, ce qui a mené au rachat des petites banques par des banques plus importantes et à des fusions.

La filiale de la Standard Trust Bank au Ghana, aujourd’hui United Bank of Africa, a introduit un compte “zéro-depôt” qui permet d’ouvrir un compte sans, dans un premier temps, déposer d’argent, ce qui a multiplié son nombre de clients.

Au Ghana, la libéralisation du secteur financier a introduit une plus grande concurrence et forcé les banques à être plus novatrices et à faire des efforts pour attirer la clientèle. En 2006, Barclays Bank Ghana a commencé à travailler avec des agents susu qui déposent l’épargne collective de leurs mandants à la banque, qui les rétribue et leur accorde des facilités d’emprunt.

Le susu est la plus ancienne forme de collecte de l’argent au Ghana. Dans ce système, un groupe fait une contribution régulière à un fonds commun détenu par un agent percepteur susu. Chaque membre du groupe reçoit à tour de rôle à la fin d’un cycle le total des sommes recueillies pour les investir ou répondre à d’autres besoins. Dans certains cas, l’argent est remboursé aux membres tous les 31 jours, une contribution d’un jour étant perçue pour couvrir les frais du fonds.

Beaucoup de commerçantes des marchés préfèrent confier leur argent à un percepteur susu que de laisser leurs marchandises sans surveillance sur le marché pendant qu’elles vont à la banque. A la différence des banquiers traditionnels, les percepteurs susu passent à l’étal ou à la maison de leurs clients pour recueillir leur contribution quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle, suivant les circonstances. Il n’y a pratiquement pas de formalités pour le client. L’activité de ces agents percepteurs sur des marchés qui sont hors de la portée des banques traditionnelles est fondée sur les rapports personnels, la confiance et différentes formes de garantie.

Le Ghana compte environ 5 000 de ces percepteurs qui ont plus de 2 millions de clients. La banque Barclays collabore aujourd’hui avec 100 de ces intermédiaires et espère en recruter d’autres.

Au Bénin, à la suite de la réforme du secteur financier opérée dans les années 1990, le gouvernement a introduit un programme de caisses d’épargne rurales pour mieux servir les plus pauvres. Le FENU notait dans son rapport 2004 que “l’économie a connu une croissance annuelle de 5 % au cours des cinq dernières années à la suite de ces interventions.” Il ajoutait qu’une bonne politique financière et la mise en place de systèmes d’épargne sûrs et accessibles amélioreraient le taux d’épargne et que des investissements intérieurs accrus stimuleraient la croissance de l’économie.

Pour accroître l’épargne, “la réglementation bancaire doit être adaptée pour encourager les institutions de microfinance qui ont les capacités de mobiliser légalement les économies de leurs clients ou du grand public”, déclare M. Thisen de la CEA.

Le retour des caisses d’épargne postales

Pendant des décennies, les gouvernements ont utilisé leur réseau postal extensif pour mobiliser de petits montants d’épargne et fournir des services financiers de base dans les zones rurales et urbaines. Récemment, les réformes du secteur financier de nombreux pays africains ont élargi l’offre de produits présentés par ces banques postales.

La caisse d’épargne de la poste kenyane, fondée en 1978, fournit toute une gamme de services et constitue un système bancaire évolué. L’année dernière, la “Banque postale”, nom qui lui est communément attribué, a recueilli 12 milliards de shillings kenyans (1 dollar U.S. = 68,7 shillings kenyans) de l’épargne nationale et a réalisé des bénéfices de 174 millions de shillings, principalement par l’investissement des fonds ainsi recueillis. Les directeurs de cette caisse d’épargne pensent que ces recettes pourraient encore être améliorées par la poursuite de l’expansion de la caisse et une diversification de ses produits et services. La caisse cherche à faire amender la loi sur la caisse d’épargne postale pour pouvoir offrir des prêts et des facilités de crédit aux personnes à faibles revenus et aux microentreprises.

L’Institut mondial des caisses d’épargne estime que le nombre de comptes d’épargne postaux dépasse dans certains pays celui de tous les comptes de dépôt détenus par les banques ordinaires. La caisse nationale d’épargne postale du Bénin gérait en 2001 environ 360 000 comptes d’épargne, par comparaison aux 162 000 des banques traditionnelles. Au Kenya en 2003, le nombre de comptes postaux atteignait presque celui des comptes de dépôt bancaires.

Selon Hugues Kamewe, un conseiller financier de l’Institut, les caisses d’épargne postales ont un rôle vital à jouer dans l’infrastructure économique et sociale des pays d’Afrique où la majorité de la population économiquement active n’a pas accès aux banques traditionnelles.

La contribution des nouvelles technologies

Les récents développements technologiques de la téléphonie mobile peuvent aider à améliorer l’accès des plus pauvres aux services financiers, et on l’espère, à mobiliser l’épargne. En Afrique du Sud, en République démocratique du Congo, en Zambie et au Kenya la téléphonie mobile a étendu les services bancaires à des régions éloignées où les banques traditionnelles étaient physiquement absentes ou trop chères. Les abonnés au téléphone peuvent ouvrir un compte, vérifier leur solde, régler des factures ou transférer de l’argent (cf. Afrique Renouveau, janvier 2008).

Bien que peu d’Africains aient un compte en banque, selon l’Union internationale des télécommunications, près de 80 millions ont un téléphone cellulaire. FinMark Trust, un cabinet d’études qui veut rendre les services financiers plus accessibles, rapporte qu’au Kenya et au Botswana 17 % de ceux qui n’ont pas de compte en banque ont néanmoins un téléphone mobile. Au Kenya, 1 million de personnes utilisent le système de paiement par téléphonie mobile M-Pesa.

Viser l’investissement

“Développer l’épargne et s’assurer qu’elle est orientée vers des investissements productifs est essentiel pour la croissance économique”, note le rapport 2005 du Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies intitulé Mobiliser les ressources financières nationales pour le développement. Le rapport affirme que “ces objectifs devraient par conséquent être une préoccupation centrale des décideurs nationaux.”

Actuellement cependant, les pays africains n’ont pas la capacité d’orienter efficacement l’épargne nationale vers les investissements productifs à cause de leurs “systèmes financiers peu diversifiés” et d’institutions financières peu performantes, note M. Gayi. Il suggère la mise sur pied de fonds d’investissements à long terme. “Les ressources nécessaires pourraient être mises en commun par un large rassemblement d’opérateurs financiers possédant d’importantes liquidités, comme les compagnies d’assurance, les banques privées ou les fonds de pension.”

Quand il y a un boom des matières premières ou des revenus d’exportation plus élevés que prévus, ajoute M. Gayi, “une partie de cette aubaine pourrait être allouée à ce fonds.” “Les politiques qui aident les pays africains à améliorer la mobilisation et l’utilisation de leurs ressources nationales pourraient ainsi profiter à l’économie en général.”

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23 octobre 2008

Crise financière/Microcrédit: inquiétude parmi des acteurs dans les pays pauvres

Paris (AWP International) - Aux prises avec les premiers effets de la crise financière mondiale, de petits acteurs du microcrédit de plusieurs continents ont exprimé leurs inquiétudes vendredi à Paris à la veille de l'ouverture de la semaine de l'épargne solidaire (18 au 25 octobre).

"L'un des premiers effets de la crise sur nous, c'est que le coût de l'argent augmente, les taux d'intérêt monte et nous avons donc beaucoup de mal à trouver les ressources dont nous avons besoin", explique Lulzim Sadrija, Directeur de Krediti Rural i Kosoves (KRK), institution de microfinance au service des populations rurales du Kosovo.

S'exprimant lors d'une conférence de presse organisée par le Comité contre la faim et pour le développement (CCFD), il souligne: "A terme, les taux d'intérêt pour les bénéficiaires des microcrédits vont augmenter aussi, ce sera vite intenable".

"Nous craignons aussi que la crise dans les pays développés ne fassent diminuer les sommes d'argent envoyées par la diaspora kosovare vivant en Suisse ou en Allemagne, réduisant ainsi les capacités financières des familles rurales", ajoute-t-il.

Sisaliao Svenguska, du Fonds coopératif (Laos), insiste de son côté sur "des diminutions de dons des bailleurs et une fragilité des banques qui pénalisent la microfinance".

Pour les institutions de microcrédit latino-américaines, "la crise financière mondiale a eu un effet immédiat en raison de l'ampleur des crises économiques que nous avons déjà traversées notamment en Argentine en 2001", renchérit Reynaldo Marconi, du Forum latino-américain et caribéen de finances rurales (FORO-LAC). "Il y a eu des fuites de capitaux, une réduction des épargnes".

Pour ce Bolivien, banquier de formation, "le risque à moyen terme, c'est la réduction des portefeuilles, une augmentation des taux de prêts et une hausse du non remboursement".

Mais selon M. Marconi, il faut distinguer deux types d'institutions de microfinance. "Celles qui ont une vision commerciale et se financent sur des fonds spéculatifs comme Compartamos au Mexique vont être très touchées par la crise mondiale", dit-il. Car depuis l'attribution en 2005 du prix Nobel de la paix au champion de la microfinance Mohammed Yunus, le secteur, qui peut être très rentable en raison de taux d'intérêt très élevés, a attiré les convoitises de capitaux étrangers, de grandes banques et de grands fonds d'investissement.

Au contraire, les institutions de microcrédit qui "obéissent à un objectif social et travaillent avec des ressources locales ne seront pas fortement affectées", juge-t-il.

La Caisse de crédit rural pour le développement basé au Nord-Kivu (est de la République démocratique du Congo - RDC) qui permet à 25.000 personnes de gérer de petits projets dans un contexte de guerre est de la seconde catégorie. "Nous essayons d'échapper à la crise mondiale en restant au niveau le plus rural possible, dans l'économie réelle", explique son directeur Stanislas Litembo.

"Nous sommes témoins aujourd'hui à travers la crise des effets d'une économie qui n'avait d'autre finalité qu'elle-même", commente Geneviève Guénard, directrice financière du Comité contre la Faim et pour le développement (CCFD-Terre solidaire), qui célébrait vendredi les 25 ans du fonds commun de placement de partage Faim et développement.

"Il est sans doute nécessaire aujourd'hui", ajoute-t-elle, "de se pencher sur la microfinance solidaire qui poursuit des objectifs sociétaux, sociaux et environnementaux, pour en tirer des leçons pour l'ensemble de l'économie".

ds

AWP

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21 octobre 2008

Remise de l'ordre musclée dans la microfinance au Burundi

@rib News, 19/10/2008 – Source PANA

Le ministère burundais de l'Intérieur et du Développement communal a pris, jeudi, une ordonnance portant suspension de toutes les activités de l'"Eglise source de vie" du Burundi pour s'être transformée "illicitement" en un établissement de microfinance et escroqué des centaines de fidèles, apprend-on de source officielle à Bujumbura.

Des fidèles de Bujumbura, la capitale du Burundi, Gitega et Mwaro, ont porté plainte pour escroquerie contre une église qui n'a jamais honoré ses engagements de doubler la mise au bout d'un mois d'épargne, disent les victimes.

L'affaire se trouve actuellement entre les mains de la Police qui aurait déjà appréhendé une dizaine de responsables de l'église que les détracteurs appellent désormais "Source de misère" pour avoir confondu sciemment l'aumône et l'épargne.

Le cas n'est malheureusement pas isolé et, dans un passé encore récent, des milliers d'autres déposants ont fait les frais de "gentils escrocs" insoupçonnés, cachés à l'intérieur d'"Amani microfinance" ou encore chez "Burundi Direct" qui promettaient, tous deux, la lune à leurs clients naïfs, est venu rappeler à la presse, le chef de cabinet du ministère de l'Intérieur et du Développement communal, Aimé Nkurunziza.

Dans l'état actuel des choses, 27 établissements de microfinance fonctionnent normalement, avec l'autorisation de la Banque centrale du Burundi.

Le secteur florissant a longtemps souffert de l'absence de cadre légal et ce n'est que sous le nouveau régime qu'un décret est venu réglementer et mettre de l'ordre dans les activités de la microfinance nationale.

Dans l'énoncé des motifs, le récent décret revient sur la nécessité d'"assurer à l'ensemble de la population burundaise un accès sécuritaire à des services financiers de proximité, de développer des institutions de microfinance saines et professionnelles et de structurer en conséquence le secteur de la microfinance dans le pays".

Alors qu'il n'est pas exigé de capital minimum pour les établissements de première et troisième catégories, le décret impose, par contre, un capital minimum de 200 millions de Francs burundais (près de 200.000 dollars US) à la deuxième catégorie de microfinance.

Toute coopérative d'épargne et de crédit doit, en outre, compter au minimum 300 membres ayant souscrit et libéré leurs parts sociales, poursuit le décret.

Concernant les profits, les établissements doivent adopter une structure de taux d'intérêt qui leur permet simplement de couvrir leurs charges d'exploitation, y compris le coût du capital et les pertes sur les prêts et d'assurer la pérennité des activités.

Tout établissement doit, en plus, maintenir, en tout temps, un ratio minimum de liquidités de 15% entre les valeurs disponibles et mobilisables à court terme et le montant total des dépôts, balise encore prudemment le décret.

Par ailleurs, tout établissement a l'obligation de constituer une réserve représentant 20% des excédents nets en fin d'exercice à affecter aux fonds propres, sans limitation de durée et de montant.

L'article 54 du décret stipule encore qu'un établissement ne peut accorder des crédits à une même personne ou à un groupe de personnes pour un montant excédant 2,5% du volume total des dépôts faits auprès de cet établissement de microfinance, à l'exclusion des risques pris sur ressources affectées qui incombent au bailleurs de fonds.

Le décret stipule en outre que les établissements de microfinance sont assujettis à des normes prudentielles, à des rapports financiers annuels et des visites d'inspection de la banque centrale.

Le texte du décret empêche enfin les individus impliqués dans des faillites ou gestions douteuses de "posséder, diriger ou contrôler" un établissement de micro finance.

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14 octobre 2008

Burundi : La micro finance IDC fait-elle de la magie ?

La micro finance IDC fait-elle de la magie ? Version imprimable
Écrit par Rédaction IWACU    
26-08-2008

Image« Sers Dieu, l’argent te servira ». C’est la devise de  l’Initiative pour le Développement Communautaire (IDC) Dufashanye. Cette institution agréée par l’ordonnance ministérielle du 1er février 2008 travaille comme une institution de micro finances. Les individus y investissent une somme d’argent. Après quelques semaines, l’IDC affirme qu’elle  rembourse le double. Beaucoup de gens n’y croient pas.

Les micro finances  ont existé depuis longtemps au Burundi, surtout les coopératives de  l’Etat. Mais c’est autour du début des années 2000 que ce secteur a commencé à prendre un caractère irrégulier. Des privées commencent à investir dans ces institutions. Il n’ y avait pas encore des lois en la matière. Ainsi, depuis la création de ces micro finances privées, 4 d’entre elles ont déjà fermé leurs portes. Les membres ne sont pas remboursés. Deux cas sont alarmants : celui de Burundi Direct et AMANI Micro finance.
Burundi Direct a fermé en 2004. Ses patrons ont volé 700 millions de francs burundais, appartenant aux membres. En 2007, c’était le tour de AMANI Micro finance. Elle a emporté 300 millions de nos francs, investis par ses adhérents. Son patron principal aurait pris le chemin de l’exil dans les plus brefs délais.
La loi sur les micro finances de 2006 prévoit le dédommagement des membres des micros finances qui ferment au cas où elles sont agréées par la Banque centrale. Au cas inverse, rien n’est prévu. Des voix s’élèvent aujourd’hui contre le ministère de l’Intérieur. Les unes l’accusent  de complice, les autres de lâche.      

IDC. A l’entrée, on est frappé par une pancarte qui indique ses sièges : Bujumbura, Gitega et
Makamba. Elle se trouve au boulevard de l’Indépendance. A l’intérieur, une affiche montre comment se font les opérations d’investissement et de rémunération.  Elles se déroulent en quatre catégories. Dans la première, l’investissement est de2 000, 4 000, 5 000 et 9 000Fbu. La somme remboursée équivaut respectivement à 4 000, 8 000, 10 000 et 18 000Fbu, cinq semaines après. Dans la deuxième catégorie, les gens investissent 10 000, 40 000 et 50 000Fbu et reçoivent 20 000, 80 000 et 100 000Fbu, au bout de neuf semaines. Troisième catégorie : investissement, 60 000, 80 000 et 100 000Fbu. Rémunération : 120 000, 160 000 et 200 000Fbu.Cela après treize semaines. Dernière catégorie, l’investissement est de 110 000, 150 000 et 200 000 tandis que le remboursement équivaut à 220 000, 300 000 et 400 000Fbu, dix sept semaines après. Les frais d’adhésion pour ses membres sont fixés à 5000Fbu non remboursable si l’adhérant se désiste.

Les économistes doutent

Louis Ndikumana, docteur en économie, estime que par rapport aux structures de l’épargne au Burundi, l’expérience montre très bien qu’il est impossible qu’une épargne soit rémunérée à 100% au bout de quelques semaines. Selon cet économiste formé à Louvain, « cela dépasse l’entendement ». Il pense que tout se fait en dehors des techniques connues habituellement sur le marché au niveau de la collecte de l’épargne. « Il y a lieu de s’interroger sur la fiabilité de ce genre de comportement », remarque-t-il.

Membre du Conseil National Economique, Ndikumana se demande comment une telle structure peut arriver à collecter l’épargne auprès de la population sans suivre les procédures normales. Normalement, dit-il, si elle est agréée par le ministère de l’Intérieur, elle devrait travailler comme association sans but lucratif : faire d’autres activités hormis celle liée aux micro finances notamment la collecte de l’épargne. Elle n’est pas de ses compétences, poursuit-il. Sinon, elle doit suivre les procédures normales d’agrément auprès de la Banque de la République du Burundi (BRB), selon toujours Louis Ndikumana.

L’OLUCOME crie au scandale

De l’avis de Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques, OLUCOME, « il y aurait une complicité entre les autorités civiles et les patrons des micro finances. » Car, signale-t-il, depuis 2004 il y a eu beaucoup de micro finances qui ont fermé leurs portes, sans rembourser l’épargne de la population. Pour lui, cela constitue une grande négligence du gouvernement.

Gabriel Rufyiri affirme avoir envoyé beaucoup de correspondances à la Banque de la République du Burundi (BRB) et à l’Assemblée Nationale, l’objet demeurant la solution à ce problème, mais en vain, dit-il. « Il est vrai que des mesures de protection de l’épargne de la population ont été arrêtées. Mais leur application n’a jamais été mise en vigueur », affirme- t- il. Il signale que la seule réponse à sa correspondance a été celle de l’Assemblée Nationale en 2006. Elle rassurait qu’elle allait trouver une solution à cette situation dans les meilleurs délais. Rufyiri affirme avoir attendu mais sans solution. « Il faut que le gouvernement soit actif au niveau de la protection des avoirs de la population. C’est son rôle principal », renchérit- il.  Il prie la BRB de suivre de jour en jour le fonctionnement des micro finances.

Le ministère des Finances se lamente

Selon Jean Berchmans Ndikumana, conseiller technique en charge de la micro finance, l’IDC travaille en toute illégalité et au grand jour. « Parmi les 26 institutions de micro finance (IMF) déjà agréées par la BRB, l’IDC n’y figure pas. » Selon l’article 3 du décret de juillet 2006 portant réglementation des activités des micro finances au Burundi, une institution de ce genre doit avoir au préalable l’agrément de la Banque Centrale pour pouvoir opérer dans ce secteur. Jean Berchmans confirme que la BRB n’a pas agréé l’IDC comme institution de micro finance. Il ne rentre pas dans les compétences de la Banque centrale de fermer une entreprise qu’il n’a pas agréée. Dans le cas de l’IDC, ce rôle incombe au ministère de l’Intérieur qui l’a agréée comme Association Sans But Lucratif (ASBL), ajoute- t- il.
Le représentant légal de l’IDC contacté à maintes reprises par IWACU n’a pas voulu s’exprimer.                                                            
                                                                            

par Jean Claude Bitsure

                            jbitsure@iwacu-burundi.org Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir  




Dernière mise à jour : ( 31-08-2008 )

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15 septembre 2008

Le microcrédit, une solution dépassée?

Faut-il transformer radicalement le mode de financement des microentreprises en privilégiant un investissement en fonds propres plutôt que l'octroi de prêts ? Cette question n'est pratiquement jamais abordée par les chercheurs comme par les professionnels de la micro-finance, alors qu'elle pourrait être à l'origine d'un véritable renouvellement de notre approche de l'aide à la création et au développement de toutes petites entreprises, et d'une amélioration du bien-être social. A l'heure actuelle, l'octroi de prêt est le mode d'intervention des institutions de micro-finance (IMF). Or, contrairement aux contrats de dette classique, les clients des IMF ne sont le plus souvent pas en mesure de fournir des garanties. Par conséquent, en cas de défaillance du porteur de projet, les IMF ne récupèrent pas leurs fonds. Pour pallier l'absence de garantie individuelle, les IMF recourent parfois au prêt de groupe. Dans le prêt collectif, la réputation, l'honneur et le désir de conserver sa position sociale au sein de la communauté sont utilisés non seulement comme mécanisme de garantie de remboursement des prêts mais aussi comme moyen de faciliter l'accès au micro-crédit. Nonobstant leur capacité à résoudre certains problèmes de prêts individuels, les prêts de groupe peuvent engendrer des problèmes de passager clandestin, l'impossibilité pour les membres du groupe de critiquer les membres les moins performants parce que les relations entre les membres du groupe sont fondées sur des structures de pouvoir profondément enracinées et basées sur les liens du sang et le partage des valeurs sociales.

Il apparaît alors que seule une intervention en fonds propres permet de remédier aux inconvénients des prêts. Le recours aux fonds propres permet non seulement de juguler les problèmes endogènes et récurrents liés aux contrats de micro-crédit mais aussi d'accroître de manière significative le bien-être social des clients. Il montre en outre, que les contrats de fonds propres permettent aux IMF d'obtenir une meilleure rentabilité à terme par rapport aux contrats de dette. Ce qui met, à moyen et long terme, les IMF à l'abri des yo-yos, des aides et des dons des Etats et des autres donateurs pour couvrir leurs coûts de fonctionnement. Par ailleurs, contrairement aux contrats de dette, les contrats en fonds propres présentent trois autres avantages. Premièrement, un investissement en fonds propres place l'IMF sur le même plan que la micro-entreprise et par conséquent permet de régler les problèmes d'agence dans leur relation contractuelle. De ce fait, la microentreprise considère l'IMF comme un associé, un partenaire qui l'aidera à parvenir au succès. Deuxièmement, le recours aux fonds propres permet à l'IMF de mieux gérer son exposition au risque non systématique par sa participation aux décisions stratégiques qui ont un impact direct sur la rentabilité de la micro-entreprise. Enfin, l'utilisation des fonds propres permet d'éviter le caractère cynique du paiement de l'intérêt sur la croissance de la microentreprise.

En effet, le contrat de dette ralentit, en quelque sorte, la croissance des microentreprises, car le taux d'intérêt contractuel ampute des ressources précieuses qui pourraient propulser les entreprises vers une nouvelle phase de leur développement. On sait que certaines IMF dans le monde fondent leur modèle économique sur des niveaux de taux d'intérêt extrêmement élevés, qui seraient jugés confiscatoires en France, et restent en tout état de cause interdits par la réglementation. Tous ces éléments combinés montrent que l'accroissement du bien-être social global, défini comme la somme du produit financier de l'IMF et du profit du micro-entrepreneur, par le contrat de fonds propres est supérieur à celui généré par le contrat de dette. La théorie économique nous enseigne donc qu'il est nécessaire de commencer à abandonner progressivement le microcrédit pour les micro fonds propres.

Les auteurs collaborent au Programme de recherche-action en microfinancements initié au sein de la Chaire Banque Populaire à Audencia-Nantes, école de management.

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Le microcrédit sert-il à enrichir les pauvres… ou les riches ?

Grosse colère de Muhamad Yunus, le fameux prix Nobel de la paix 2006, à propos des dérives de la microfinance et du microcrédit. Cet été, il participait à un sommet sur le sujet à Bali, et en a profité pour asséner quelques vérités simples. Le microcrédit a été inventé pour sortir les pauvres des griffes des usuriers. Si les micro-prêteurs facturent des taux d’intérêt énormes, ils ne font pas partie de la famille.

Au passage il annonçait la création, avec Chuck Waterfield, l’un des experts les plus respectés dans le domaine, d’un site consacré à ces fameux taux d’intérêt, pour « promouvoir la transparence des prix ». A vrai dire, il était temps.

Depuis 2005, année du prix Nobel de la paix pour Yunus, le paysage de la microfinance change à toute allure. De grandes banques, des grands fonds d’investissement se sont aperçus que la microfinance pouvait être un investissement très rentable, car, dans certains cas, on prête très cher aux pauvres ; et les pauvres remboursent très bien (car ils ne peuvent pas faire autrement). D’où quelques abus sidérants.

De l’ONG à la bourse

L’histoire qui provoque un débat violent dans l’univers de la microfinance est celle de Compartamos. Cette ancienne ONG a développé des programmes au début des années 90 pour faire des microcrédits aux femmes pauvres de la banlieue de Mexico. Puis, « pour assurer son développement » comme le justifiaient ses dirigeants, s’est transformée en société commerciale en 2000. Puis, se développant très vite, elle a demandé un agrément pour devenir une banque. Ses dirigeants ont introduit la société en bourse à Mexico et à New York en avril 2007  : la rentabilité était telle que la demande excédait 13 fois l’offre et qu’elle était valorisée près de 2 milliards de dollars par le marché.

Des taux d’intérêts à plus de 100%

Aussitôt, les cadres dirigeants de l’institution de microfinance ont vendu les actions qu’ils avaient souscrit, faisant au passage une plus value de 300 pour 1  : ils vendaient 300 dollars en 2007 des actions qu’ils avaient achetées 1 dollar en 2000  !  Sidérant.

Aucune entreprise, même une start up ambitieuse, ne parvient aussi vite à une telle valorisation en bourse. Et ce qui est scandaleux c’est que cette rentabilité est directement liée à l’activité de Compartamos, qui a constamment prêté à plus de 100 % de taux d’intérêt à des femmes pauvres et n’a jamais réajusté ses conditions alors que l’évolution de ses performances le lui permettait. Il n’y a au Mexique aucune loi limitant le niveau des taux d’intérêts.

Ce qui est doublement scandaleux c’est que les cadres dirigeants de l’entreprise ont vendu leurs parts, c’est-à-dire qu’ils ont sorti de la société des centaines de millions de dollars et l’ont donc appauvrie en ne gérant son développement qu’en vue de leur profit personnel… Enfin, pour l’avenir, le plus inquiétant est qu’il n’y a pas eu unanimité pour condamner un tel comportement. Bien sûr, les « hyper libéraux » comme le Wall Street Journal se contentent de dire que « c’est le marché » qui doit dicter les taux d’intérêt.

Silence et gêne

Mais même dans l’univers de la microfinance, on sent depuis cet événement une sorte de gêne. De la part du CGAP par exemple, qui regroupe les grands donateurs privés et publics, et qui n’a pas condamné clairement l’opération.

Ainsi, la microfinance, dite « de marché », est entrée dans la dure contrainte de la rentabilité à tout prix, comme le dénonce une étude de l’Organisation internationale du travail. Elle risque bien de profiter aux riches actionnaires du Nord, plutôt qu’aux pauvres clients du Sud.

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11 octobre 2007

Vers une nouvelle faillite bancaire au Burundi ?


@rib News, 11/10/07 - FLASH / FINANCES

Mouvement de panique chez l’Inter Bank Burundi ?

Depuis quelques jours un certain mouvement de panique est observé chez l’Inter Bank Burundi (IBB) où certains gros clients seraient en train de retirer leurs avoirs de la Banque, selon des informations émanant de plusieurs sources concordantes.

Ainsi par exemple, la société ONATEL aurait retiré lundi 500 millions de cette Banque pour aller par la suite les déposer à la Banque commerciale de Bujumbura (BCB), a-t-on appris mercredi auprès d’un cadre de la Banque ayant requis l’anonymat. Selon cette source, l’IBB n’aurait pas honoré ses engagements vis-à-vis des privés qui voulaient retiré de grosses sommes d’argent, suite à des problèmes de cash flow.

Depuis quelques mois, les agissements de cette Banque suscitent des interrogations dans certains milieux financiers, puisque semble-t-il elle bénéficie d’un certain traitement de faveur de la part des pouvoirs publics. Des spéculations existent aussi en ce qui concerne la santé financière réelle de la Banque depuis que celle-ci s’est portée candidat acquéreur des parts de la Belgolaise dans la BCB, une affaire qui est loin d’être réglée.

Jusqu’ici, il n’a pas été possible de joindre les responsables de l’IBB pour qu’il s’expriment sur cette situation. Affaire à suivre … (TF)

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16 janvier 2007

AMANI Microfinance : Faillite ou véritable escroquerie ?

Aujourd'hui encore, des milliers de burundais  habitant tout le long de la rive du lac Tanganyka , de Bujumbura à Nyanza Lac n'en reviennent pas.

Les agences d'Amani Microfinance  ont poussé comme des champignons  (15 agences en moins d'une année d'activités). L'institution elle, a disparue tel un éclair un soir du mois de décembre 2006. et dans ces caisses , quelques centaines de millions de FBU de petits microentrepreneurs burundais dont une majorité de pecheurs.

Certes beacoup d'observateurs avertis avait flairé le coup. le Conseiller principal du projet microfinance avait prédit une mort à la Burundi Direct pour cette institution qui ne respectait pas les bases fondamentales en matière de création et de croissance d'entreprises et encore moins en Microfinance, où les exigences sont plus fortes. ( Mais au lieu de mourir, les dirigeants ont semble -t-il pris la poudre d'escampette).

Certes le premier ministre burundais des finances de l'ère NKurunziza avait déjà fait part de ses inquiétudes  quand au développement fulgurant de cette institution à capitaux rwandais ( étaient-ils là pour une cause noble ou des raisons obscures ?);

Et pourtant, le canular a  bien eu lieu et il a marché. Où sont les coupables ? A qui doivent s'en prendre ces pauvres petits épargnants ?

A vrai dire, moi-même, qui etait présent au Burundi  lors de la naissance et du developpement de cette institution, et qui travaillait à temps plein dans le secteur de la microfinance, je me suis fait avoir. J'avais même recommandé à des amis investisseurs de placer leur argent au sein de cette institution . j'ai eu à rencontrer plusieurs fois lors de déjeuners amicaux le DG et le PCA d'Amani Microfinance. ils me faisaient part de leurs problèmes techniques, de leur envie de s'entourer de personnes compétentes, etc. Bref, ils m'ont fait comprendre que leur souci était un et un seul : accroître leur part de marché et rentabiliser leur entreprise. Bref, ils m'ont fait comprendre qu'ils étaient conscients de leurs lacunes et que leur objectif était d'y remédier au plus vite.

Avec un peu de recul, je me souviens qu'avant ces différentes rencontres, j'étais l'un des plus fervents critiques de cette institution qui pour moi également ne respectaient aucune des regles élementaires en matière de création et de développement d'entreprises en microfinance.

Comme je parle beacoup, et que j'ecris beacoup, ils ont certainement du entendre parler de mes propos et on tout fais pour calmer mes ardeurs : Chapeaux messieurs , ils ont entièrement réussis à mendormir. Ammasser des centaines de millions d'épargne sur trois province en moins d'un an, et disparaître dans la nature avec ce jackpot aux yeux et à la barbe des pouvoirs publics et autres intervenants du secteur.

Où sont ces responsables  aujourd'hui ? Ils avaient de solides ramifications au Rwanda, si la justice s'y interesse elle va très vire retrouver leurs complices. Quand à savoir si les epargnants burundais recouvriront leurs fonds c'est une autre histoire.

La morale de l'histoire, elle appratient à la cellule de supervision de la microfiannce , qui doit prendre le taureau par les cornes et ne pas avoir peur d'inspecter, de fermer et de saisir les avoirs de toutes les IMFs suspectes actuellement actives sur le sol burundais. il en va de la crédibilité du secteur et du développement du système financier burundais.

A bon entendeur salut!

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