Le blog d'Eric NGENDAHAYO

Tout ce que vous voulez savoir sur la microfinance au Burundi : Les derniers évènenements, les ouvertures et les fermetures d'IMFs, la réglementation,les travaux de recherche, les défis et les enjeux actuels du secteur. (eric.ngendahayo@yahoo.fr)

12 septembre 2006

Microfinance et urgence humanitaire au Burundi

Microfinance et urgence humanitaire au Burundi

Au lendemain d’un long et désastreux conflit comme c’est le cas au Burundi, on se trouve dans l’urgence d'une articulation entre l'humanitaire et le durable. L'un s'inscrit dans la nécessité impérieuse et immédiate de ne pas laisser mourir de faim  les victimes, orphelins, déplacés et réfugiés de guerre, quitte à rompre toutes les lois de l'économie. L'autre suppose de créer les conditions d'un développement durable, qui ne repose donc pas sur la charité, mais sur l'aide à l'autonomie. Cette articulation est d'autant plus urgente que l'humanitaire, s'il est mal ou trop longtemps utilisé, peut devenir un obstacle au développement.

Plusieurs organisations humanitaires ont fait le constat suivant : la  microfinance articule clairement l’un avec l’autre. Elle est efficace pour aider à canaliser les dons de l'humanitaire et de l’aide publique au développement de façon sérieuse, sans gaspillage, en atteignant les gens les plus faibles. Elle est incontournable pour organiser la reconstruction des logements, et l’achats de outils de productions et des intrants agricoles, et au-delà, pour financer le développement.

Ainsi voit-on ces derniers temps plusieurs organisations tentées d’appuyer, de financer voire de créer des programmes de microcrédits en vue de fournir des services financiers à des groupes de populations fragiles.

Dans ce numéro de Zamuka, on va tenter de donner quelques éléments clés  sur ce qu’il faut savoir sur les 5 principaux groupes de populations  visés par les institutions humanitaires : les démobilisés, les déplacés, les réfugiés, les rapatriés et les habitants « permanents ».

Les démobilisés : les ex-combattants constituent un groupe cible très risqué en microfinance. Pour la plupart, ils n’ont aucune expérience d’emploi ou d’entrepreunariat dans la vie civile. Toute forme d’assistance apportée est souvent considérée comme la juste  récompense au service rendu à la nation (ainsi le crédit est plus considérée comme une solde). De plus, les programmes incluant ce genre de groupe courent généralement le risque de subir des ingérences politiques dans les processus de crédit.

Quoiqu’il en soit, donner des services de microfinance à cette catégorie de population nécessitent de savoir que  :

-         les prêts individuels sont plus adaptés que les crédits de groupe,

-         la formation à un métier et l’asssitance à la création d’une microentreprise sont des  préalables,

-         Les démobilisés ont besoin à court terme d’une assistance à la réintégration dans la vie sociale.

Les réfugiés : Essentiellement rwandais et congolais, ils vivent pour la plupart dans les camps de réfugiés. Lorsque les pouvoirs publics le leur permettent ils ont énormément du mal à se lancer dans des AGR en dehors de leurs campements . N’ayant en général aucun actif , ni aucune propriété à mettre en gage, tout programme de microcrédit les concernant devrait utiliser les prêts de groupe ou les caisses villageoises comme méthodologie de crédit.

Les produits de crédit également très court terme devraient viser l’agriculture de subsistance et les petits métiers et commerce  internes aux camps. Le grand risque couru sur cette catégorie de population est de voir les camps fermés de force ou assister à un grand mouvement de rapatriés volontaires.

Les déplacés : Contrairement aux réfugiés : ils ne rencontrent pas de contraintes politiques à se lancer dans des AGRs, toutefois ces contraintes peuvent exister du fait d’être dans  un camp situé dans une zone hostile à leur épanouissement.

Ils disposent en général de propriétés foncières, mais auront du mal à les présenter en garantie  du fait qu’elles se trouvent dans la zone qu’ils ont fuit et constitue de ce fait des actifs qu’ils ne contrôlent pas entièrement.

Aussi, le financement d’une AGR agricole est très risqué sur ce genre de population, la sécurité de leur production n’étant pas garantie . Une des solutions est de leur permettre de louer des concessions proche de leur site d’accueil dans lesquelles ils peuvent développer leurs activités.

-         N’ayant pas de garantie et venant en général de la même communauté, des crédits de groupe solidaire, voire même des caisses villageoises sont préconisées comme méthodologie de crédit envers ce type d’individus.

-         Des microcrédits à très court terme devraient essentiellement concernée l’agriculture vivrière, les petits  métiers et le petit commerce .

-         Les programmes de microfinance visant cette catégorie devraientt potentiellement être mobile, car cette population a vocation à retourner chez elle à court terme.

Les rapatriés : c’est un groupe cible à faible risque s’il se trouve dans une zone ou la situation politique et culturelle facilite la réinsertion dans la communauté d’origine. De plus, ils disposent généralement d’un petit capital financier leur octroyé par le HCR pour faciliter leur retour. Leur demande en service financier et autres concerne  généralement :

-   la construction de logements de fortune

-   Un appui juridique pour se réapproprier leurs terres pour créer des microentreprises

-  Un microcrédit pour financer l’outil de production, l’agriculture, le commerce et l’artisanat .

Les habitants permanents :  Souvent ignorés par les organisations humanitaires dans leur programme de microcrédit, les personnes n’ayant pas quittés leur localité durant toute la crise  sont néanmoins très importantes voire incontournables pour la bonne marche de ces programmes du fait de l’interdépendance existant entre eux, les déplacés, les démobilisés et les rapatriés. En effet, ils représentent une base incontournable et une force positive facilitant la réinsertion, la reconstruction sociale et la réconciliation au niveau communautaire. Les exclure des programmes de microfinance dans des zones où ils n’existent pas de service financier ne seraient pas  dans le sens de renforcer la cohésion sociale et faciliter la réinsertion des  différents groupes. En plus, ils constituent certainement le groupe le moins risqués dans une zone post conflit, et permettraient de diversifier voire d’atténuer les risques de crédit.

Pour les personnes voulant approfondir ce sujet, beaucoup d’expériences fructueueses ont été menées notamment au Liberia, au Rwanda,  en Sierra Leone, au Mozambique, etc,  par des organisations humanitaires internationales traditionnelles telles que CARE, CRS, HCR, UNICEF , ….

Eric NGENDAHAYO

Centre de recherche en Ethique Economique(France)

Projet Microfinance ( Burundi)

Posté par ngenderic à 12:53 - Microfinance et Urgence Humanitaire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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