Le blog d'Eric NGENDAHAYO

Tout ce que vous voulez savoir sur la microfinance au Burundi : Les derniers évènenements, les ouvertures et les fermetures d'IMFs, la réglementation,les travaux de recherche, les défis et les enjeux actuels du secteur. (eric.ngendahayo@yahoo.fr)

12 septembre 2006

Y’ a t-il un rapport entre la Microfinance et le VIH-SIDA ?

Y’ a t-il un rapport entre la Microfinance et le VIH-SIDA ?

Pas de santé sans lutte contre la pauvreté :

La pauvreté qui a atteint son paroxysme au Burundi entraîne une détérioration des conditions de vie de la majeure partie de la population : la qualité et la quantité de nourriture sont insuffisantes, les enfants ne vont pas à l’école et sont poussés à travailler pour apporter un revenu supplémentaire à la famille, les conditions d’hygiène se détériorent etc.... Et ces conditions sont aussi celles de la préservation de la santé.

Il n’y a donc pas de santé sans lutte contre la pauvreté. La microfinance, en ce qu’elle est un des outils modernes de lutte contre la pauvreté, est aussi un  outil intéressant en matière de santé.

Réciproquement, la santé assure de meilleurs taux de remboursement des prêts (l’augmentation des dépenses pour les soins oblige souvent l’emprunteur malade à puiser dans le budget du remboursement), condition indispensable pour que les IMFs puissent fonctionner efficacement et de façon pérenne.

En outre, en permettant aux ménages d’investir dans l’éducation de leurs enfants, la microfinance permet la diffusion de pratiques saines et une prévention des principales maladies. Certaines Banques des Pauvres proposent même, conscientes de l’importance du sujet, des programmes de sensibilisation à l’hygiène. En Afrique de l’Ouest, une étude a ainsi montré que 53% des femmes bénéficiaires de prêts et de formation d’une banque des pauvres utilisent des contraceptifs contre 36% des femmes non bénéficiaires.

La microfinance et la lutte contre le Sida :

Aujourd’hui, au Burundi, comme dans la plupart des pays africains, le Sida a dépassé les frontières du secteur de la  santé. Il est devenu un problème social, et donc de développement, au même titre que la lutte contre la pauvreté qui englobe entre autres, l’économie, l’éducation et la santé.

Le sida touche principalement les plus pauvres et la prévention y est essentielle.

Les IMFs ou encore « Les Banques des pauvres » peuvent jouer un rôle important dans la lutte contre cette maladie. En générant des rencontres régulières, des échanges d’information, des sessions de prévention, les Banques des Pauvres permettent de dépasser les tabous usuels, par des discussions au sein de la communauté.

Plusieurs Institutions de Microfinance en Afrique sub-saharienne proposent par exemple des programmes d’information et d’éducation sur le VIH/SIDA, dispensés par leur propre personnel, ou en coopération avec des organisations spécialisées. En général, les rencontres régulières de groupe (méthodologie de la microfinance) y sont propices.

Les conséquences du VIH-Sida sur le bien-être économique des ménages touchés dépendent de l’existence et de l’importance du « filet de sécurité financier » du ménage. Lorsque les ménages n’ont aucun filet de sécurité, le sida peut précipiter le foyer d’une relative stabilité à la catastrophe. Plus le filet de sécurité est solide, plus le ménage a de chances de faire face à la crise sans avoir recours à des mesures d’urgence telles que la liquidation d’actifs à long terme (maison, terrain), la réduction des achats de première nécessité, la déscolarisation des enfants, etc. La taille du filet de sécurité dépend de deux facteurs : la situation financière initiale du ménage et la capacité à constituer une base financière dans le temps. La microfinance intervient au niveau de ce deuxième facteur en offrant aux ménages la possibilité de constituer des actifs, de diversifier leurs sources de revenus et de consolider d’une manière générale leur situation financière. En ce sens l’accès aux services de microfinance fournit aux ménages un moyen de se préparer et de faire face aux crises.

Dans leur propre intérêt, les IMFs burundaises devraient participer à la lutte contre la SIDA à travers des actions qui  s’apparentent à de la diffusion d’informations de prévention. Exploitant les réunions régulières des groupes comme forum naturel de circulation de l’information, les programmes de microcrédit peuvent créer des partenariats avec des spécialistes de la santé qui viennent rencontrer les clients, les informer et encourager les pratiques sûres. Lorsqu’elles s’appuient sur des partenariats stratégiques avec des organisations de santé, ces actions semblent être relativement directes, et peu coûteuses à concevoir et à mettre en oeuvre. Elles peuvent être très efficaces si elles sont mises en oeuvre avant que la maladie ne soit installée dans une grande partie des clients de son portefeuille.

Car une fois que l’épidémie se fait ressentir au niveau d’une grande partie des clients, les conséquences sont graves voire catastrophiques pour les IMFs : En effet,  la maladie induit un certain nombre de changements dans les besoins des ménages. L’accroissement des dépenses de santé aura une double incidences sur les transactions IMF – Clients : i) Elle va notamment réduire leur capacité de remboursement ou d’absorption des dettes. ii) Les clients touchés vont avoir un besoin urgent de retrait d’épargne. C’est pourquoi les institutions de microcrédit qui continuent à proposer les mêmes services d’épargne-crédit à cette population se rendront progressivement compte que ces derniers répondent à un pourcentage de plus en plus faible des besoins du marché.

Cela se traduit par un impact décroissant sur les populations servies, une augmentation nette du taux d’impayés, une diminution conséquente de l’épargne, en d’autres termes : une augmentation des pertes sur portefeuille, une baisse des revenus et de sources de liquidités ce qui menace donc à terme l’existence même de l’institution. Les IMF doivent donc chercher à agir en amont du problème surtout dans un pays comme le Burundi où la pandémie du VIH-Sida est en augmentation continue. 

Auteur : NGENDAHAYO Eric ( Centre de Recherche en Ethique Economique, Lille - France)

Source principale : Parker J., « Discussion Paper : Microfinance and HIV/AIDS », USAID/MBP, mai 2000

Posté par ngenderic à 12:57 - Microfinance et VIH -SIDA - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


« Accueil  1