Le blog d'Eric NGENDAHAYO

Tout ce que vous voulez savoir sur la microfinance au Burundi : Les derniers évènenements, les ouvertures et les fermetures d'IMFs, la réglementation,les travaux de recherche, les défis et les enjeux actuels du secteur. (eric.ngendahayo@yahoo.fr)

03 novembre 2009

Les émigrés africains transfèrent chaque année 40 milliards de dollars dans leurs pays d'origine

LE MONDE | 22.10.09 | 10h17

L'Afrique reçoit des sommes considérables des migrants partis travailler sur d'autres continents, mais le manque d'information, de concurrence et de régulation empêche cet argent d'agir pleinement sur le développement. C'est ce que révèle un rapport de l'International Fund for Agricultural Development (IFAD), publié jeudi 22 octobre à l'occasion d'un forum sur les transferts de fonds organisé à Tunis par cette agence de l'ONU, pour mobiliser banques centrales et gouvernements sur la question.

La première surprise de ce rapport tient en un chiffre : d'après l'IFAD, 40 milliards de dollars (26,7 milliards d'euros) sont envoyés chaque année à leurs proches par les émigrés africains. Ce montant était jusqu'alors inconnu, mais il était estimé entre trois et quatre fois moindre.

"L'Afrique avait toujours été une énigme en ce qui concerne les transferts de fonds", explique Pedro de Vasconcelos, économiste à l'IFAD et coauteur de ce premier état des lieux. "On les évaluait généralement entre 10 milliards et 17 milliards de dollars. Même les banques centrales africaines n'avaient aucun chiffre."

Ce manque d'information a des conséquences en cascade : "L'impact des transferts est colossal, mais sous-utilisé. L'argent est là; le problème, c'est le manque d'options. N'ayant pas conscience des montants en jeu, les gouvernements ne se préoccupent pas de réguler le marché ou de rendre ces sommes productives, pas plus que le secteur privé", explique M. de Vasconcelos.

Résultat, le marché des transferts est détenu à 64 % par deux acteurs seulement, Western Union et MoneyGram. Faute de concurrence, le taux des commissions est d'environ 10 % en moyenne en Afrique – où il peut même atteindre 25 % –, contre 5,6 % en moyenne dans le monde.

"Si on réduit ce taux de moitié, 2 milliards de dollars de plus arrivent dans la poche des familles chaque année, résume l'économiste de l'IFAD. En Amérique latine, l'ouverture du marché a fait chuter les taux de 15 % à moins de 5 %."

La concurrence aurait un autre avantage : la multiplication des points de retrait, dont les zones rurales africaines sont largement dépourvues. Or un tiers des transferts sont destinés à des familles rurales. "Le Mexique dispose d'autant de points de retrait que toute l'Afrique, avec une population dix fois moindre", compare M. de Vasconcelos. "Pour beaucoup d'Africains, aller chercher cet argent, c'est un ou deux jours de travail perdus."

L'agence des Nations unies propose de transformer les bureaux de poste en points de retrait, alors qu'ils n'en ont aujourd'hui pour la plupart ni le droit ni les moyens. L'IFAD vient de signer un accord avec l'Universal Postal Union pour travailler en ce sens.

D'autres solutions existent. Au Kenya, le téléphone mobile devient un des moyens les plus économiques d'effectuer des transferts d'argent. Le Kenya est aussi un des rares pays à autoriser les institutions de microfinance à opérer ces envois de fonds. Dans toute l'Afrique, ces organismes ne forment que 3 % des points de retrait. Leur ouvrir le marché des transferts suffirait à doubler le nombre de guichets, selon l'IFAD.

Surtout, au lieu d'un simple mécanisme de consommation, "cela créerait une dynamique locale d'épargne et de microcrédit, qui donnerait une tout autre dimension à l'économie", estime M. de Vasconcelos.

Car si l'essentiel de l'argent des transferts de fonds sert à faire face à des dépenses de première nécessité – nourriture, logement, santé ou éducation –, "5 à 10 milliards de dollars sont disponibles pour l'épargne et l'investissement", selon le rapport. Des sommes capitales en pleine crise économique, alors que l'aide publique au développement s'essouffle et que les investissements directs étrangers s'effondrent.

Les transferts des migrants souffrent eux aussi : ils ont chuté de 12,7 % depuis le début de l'année selon l'IFAD. Un choc d'autant plus rude que ces envois avaient connu une croissance moyenne de 17 % dans le monde depuis dix ans, et que "par rapport à d'autres régions, l'Afrique dépend vraiment des transferts de fonds", précise M. de Vasconcelos.

Grégoire Allix

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13 octobre 2009

Fuite des cerveaux dans les anciennes banques

Source : iwacu-burundi.org

Depuis quelques temps,  des employés qualifiés quittent leurs anciennes banques pour de nouvelles. Ils sont attirés par un meilleur salaire, mais des fois, ils fuient une ambiance de travail non stimulante.

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L’une des nouvelles banques convoitée par le personnel des anciennes institutions financières
« Je suis parti parce que je n’étais plus bien payé ! Et c’est normal », déclare B.G, jeune informaticien ayant quitté une des plus anciennes et des mieux implantées des banques du pays pour une nouvelle. Il précise qu’il serait parti car il lui semblait que son ancien employeur n’était en rien innovateur : « c’est un système fermé qui ne reconnaît pas les vrais mérites. » B.G se dit plein d’entrain dans son nouvel environnement de travail.
« Les promotions sont en fonction d’affinités, et les prestations fournies ne sont pas reconnues », souligne V.S. Après six ans de service dans une grosse banque de la capitale, il a décidé de rejoindre une autre qui vient d’ouvrir ses portes. V.S rapporte que ses anciens employeurs n’ont jamais voulu revoir à la hausse les salaires du personnel, malgré les intérêts colossaux qu’ils font. En avouant que le salaire a été l’appât principal, il ajoute que même les avantages sont différents : « après six ans de services, je n’ai pas eu de crédit logement auquel j’avais droit. ». Pour lui, ses anciens employeurs se comportent comme des colons.

Ce n’est pas que le salaire qui les fait partir

Pour V.S, l’ancienne banque qui l’employait fait aujourd’hui un recrutement politisé : « il y règne un climat de suspicion où tout le monde surveille tout le monde ! » Mais il précise que des affinités parentales existent au sommet et freinent des promotions méritées : « même de très anciens employés préfèrent partir ailleurs, quand ils constatent qu’ils risquent de rater leurs promotions » Pour V.S, la seule chance qui reste à ces banques est leur réputation de solidité financière. Il pense que si elles ne revoient pas leur politique interne, les meilleurs vont continuer à aller ailleurs : « 85% du personnel seraient prêts à partir s’ils étaient approchés par d’autres banques ! » V.S souligne également que certains clients peuvent remarquer cette fuite du personnel et abandonner leur ancienne banque en suivant un personnel qu’ils jugent plus qualifié.

D.R est employé dans une des plus grandes banques traditionnelles de Bujumbura. Il reconnaît que la question des salaires est un véritable casse-tête pour eux : « nos patrons ont toujours voulu calculer nos salaires sur base de la fonction publique. C’est ridicule ! » Il se souvient d’une époque où une grève a même été déclenchée pour réclamer les crédits auxquels ils avaient droit : « un responsable du crédit pouvait te le refuser soi-disant que tu n’étais pas assez âgé pour avoir ta propre télévision ! » Il avoue qu’il partirait sans hésitation et sans regrets si une autre banque le recrutait.

« Ça n’a aucun impact sur la banque ! »

J.R est un cadre dans une ancienne et très importante banque de la place. Il reconnaît avoir remarqué quelques départs, mais juge qu’il n’y a rien d’alarmant. Pour lui, c’est un phénomène courant dans le milieu : « c’est normal que les employés cherchent mieux. C’est inhérent à la nature humaine d’avoir plus. » Pour lui, le salaire influe sur la carrière et un peu d’ambition pousse toujours à viser haut. Il souligne pourtant que les employés sont en général passif : « ils attendent un certain paternalisme de la part de leurs dirigeants et ne prennent aucune initiative. »
Il trouve que la plupart des griefs du personnel ne sont pas fondés car les  plus méritants progressent. Il précise d’ailleurs qu’il n’existe plus d’affinités à la tête de la banque : « il n’y a aucune relation entre les membres de l’équipe dirigeante ; qu’elle soit parentale, régionale, politique ou autre. »
J.R souligne un véritable problème au sein des banques traditionnelles : « les salaires ne sont pas incitatifs, et de plus en plus d’employés qualifiés risquent de partir. » Pour lui, cette perte d’un personnel expérimenté peut coûter cher en temps et en moyens pour en former un autre. Il trouve normal par ailleurs que les salaires soient augmentés : « puisque la banque fait des bénéfices, il faut que tout le personnel en profite. Les dividendes ne doivent pas être seulement partagés entre les administrateurs ! »
Mais J.R ne remarque en définitive aucun impact de ces départs. Il précise que certes certains clients sont partis, mais souligne qu’ils n’étaient pas importants : « ils ont suivi des employés qui les arrangeaient pour des découverts. Les clients qui en ont besoin ne sont souvent pas primordiaux. »

« Il y a un effet positif de création d’emploi »

ImageDr Louis Ndikumana est économiste, le coordonnateur du Fonds pour la Relance, les Conseils et les Echanges en Microfinance (FORCE). Pour lui, il n’y a que "la Diamond Trust Bank" qui soit nouvelle, les autres sont d’anciennes banques reprises par un nouvel actionnariat.
Il fait remarquer que ces départs ne sont pas un nouveau phénomène dans le secteur banquier : « le critère de la recherche des meilleures ressources humaines pour un meilleur rendement est assez normal. » Il souligne néanmoins que ce recrutement doit se faire dans le respect d’une certaine éthique. De toute façon, selon lui, il y a toujours création d’emploi  car des places devienues vacantes sont pourvues en personnel nouveau.
Pour lui donc, il ne faudrait pas tirer des conclusions hâtives sur ce phénomène.
Dr. Louis Ndikumana reconnaît cependant que la formation d’un cadre coûte beaucoup en temps et en moyens : « il faut chercher à les retenir, en réfléchissant sur les mécanismes internes pour garder les employés. »

                                                                                       Edouard Madirisha

28 septembre 2009

MICROÉPARGNE : Un bon moyen d’en finir avec l’esclavage

Courrier international du 17 septembre 2009

Le microcrédit, c’est du business, pas un moyen de lutter contre la pauvreté. C’est ce qu’affirme un acteur indien de la microépargne.

Les adivasis et les dalits représentent un quart de la population indienne. Endettés, ces autochtones et intouchables deviennent les esclaves des propriétaires terriens et n’ont plus accès ni à l’éducation, ni à l’eau potable, ni au logement, ni aux droits civiques au niveau local. Action de carême [œuvre d’entraide catholique suisse] mène depuis seize ans un programme de microépargne dans plus de 2 000 villages du nord et du sud de l’Inde. Entretien avec son coordinateur national, Ajoy Kumar.

Quelle est votre recette pour sortir les plus pauvres de la misère ?
Nous aidons les dalits et les adivasis à prendre leur destin en main en créant des banques de semences, dans le nord de l’Inde, et des banques monétaires, dans le sud. Une famille parvient à économiser 10 kilos de grain par an, ou 10 roupies [14 centimes d’euros] par mois. C’est une somme très modeste, mais elle représente le premier pas vers la sortie de l’esclavage causé par les dettes contractées auprès des usuriers et des propriétaires terriens.

Quels sont les résultats de votre action ?
Les gens ont commencé à se libérer de la dépendance et à se battre pour leur droit à la terre, qui est l’objectif de notre combat. Au cours des trois dernières années, nous avons obtenu 350 pompes à eau de l’Etat et avons pu acheter 4 000 hectares de terre. A mesure que les plus pauvres sortent de leur servitude, les salaires augmentent – et même fortement. Ils étaient de 10 roupies et sont aujourd’hui de 20 à 30 roupies. Pour leur part, les femmes ont appris à revendiquer leurs droits et à s’organiser contre le viol et les violences. Les gens ont pu accéder à la nourriture subventionnée et aux cartes de rationnement. Ainsi, au bout d’une dizaine d’années, une communauté devient autonome. Alors, nous nous déplaçons dans un autre village.

A quoi sont affectés ces petits montants épargnés ?
Ils servent à financer les besoins alimentaires, sanitaires et culturels, comme les mariages, les naissances et les enterrements. En trois ans, cette épargne peut libérer les plus pauvres de l’esclavage. Dans cette démarche, les lois sont de notre côté, car le servage est interdit en Inde.

En quoi le système de microépargne est-il fondamentalement différent du microcrédit ?
Ce sont des prêts à des fins de subsistance, non pour des activités génératrices de revenu. Le système de microépargne n’a pas du tout vocation à faire fonctionner le marché. C’est toute la différence avec la microfinance. Ce business, lancé par les banques et les institutions de crédit, part du principe que les gens manquent de capitaux et qu’il faut donc leur octroyer des crédits pour des activités commerciales et non de subsistance. Mais c’est oublier que les plus pauvres, notamment les paysans indiens, n’ont pas de potentiel en matière de “business” parce qu’ils n’ont pas la mentalité du profit. Les institutions de microfinance et les ONG prônent le microcrédit aveuglément.

Quels sont les effets pervers du microcrédit en Inde ?
Les pauvres prennent ces crédits parce qu’il s’agit d’argent facile. Mais, lorsqu’ils sont très endettés, ils sont obligés d’émigrer pour échapper à un système qui les étrangle. Or les instituts de crédit sont prêts à tout pour récupérer leur mise. Près de Hyderabad, on a empêché l’enterrement d’un mort jusqu’à ce que sa famille rembourse sa dette… Dans ma région, deux filles ont été kidnappées pour les mêmes raisons.

Pour quelles catégories d’individus le micro­­­crédit pourrait-il être une solution viable ?
Peut-être, dans certains cas, pour les paysans et les commerçants. Mais, pour les plus pauvres, c’est la perte assurée. Beaucoup de paysans indiens se suicident à cause des microcrédits qu’ils ont contractés, notamment pour acheter les semences OGM. Idéologiquement, la microfinance, c’est du business, pas un moyen de lutter contre la pauvreté. Le problème est que le gouvernement indien soutient le microcrédit. Il est à la mode, pas seulement en Inde, mais aussi en Europe.

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Sortir de la pauvreté grâce au microcrédit ? Pas sûr

Courrier internatinal du 17 Septembre 2009

Le but de la micro­finance n’est pas de lutter contre la pauvreté, explique Jean-Michel Servet, professeur à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, dans un entretien au quotidien suisse Le Courrier. Contrairement aux idées reçues, le microcrédit ne sert pas à créer des emplois nouveaux, les emprunteurs ayant généralement déjà une activité informelle. De plus, “une grande partie du microcrédit s’adresse à des gens qui ne sont pas pauvres”. De leur côté, “les programmes de lutte contre la pauvreté concernent directement des actions en matière de santé et d’éducation”.

Le microcrédit semble miraculeux. Il consiste, dans les pays en développement, à accorder de petits prêts non garantis à des personnes pauvres auxquelles la plupart des banques ne s’intéressent pas. Et ces modestes emprunteurs remboursent presque toujours leur dette (ainsi que les intérêts plutôt élevés) en temps et en heure, ce qui semble indiquer qu’ils utilisent cet argent de manière productive. Les acteurs du secteur vantent son efficacité. Mohammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank au Bangladesh et père de la microfinance, estime ainsi que 5 % des clients de cette institution sortent de la pauvreté chaque année. Cependant, les études crédibles évaluant l’influence réelle du microcrédit sur la réduction de la pauvreté sont étonnamment peu nombreuses, soulignent les économistes.

Cela n’aurait pas vraiment d’importance si tous les fonds ainsi utilisés étaient levés sur le marché. Dans le principe, si les investisseurs sont satisfaits de leurs gains, il n’y a aucune raison de s’inquiéter. Mais, en dépit de l’intérêt grandissant du privé, un peu plus de la moitié des 11,7 milliards de dollars injectés dans la microfinance en 2008 ont été obtenus à des taux inférieurs à ceux du marché auprès d’organismes d’aide, de banques multi­­­­latérales et d’autres donateurs. Etant donné que cet argent, qui pourrait aller à d’autres projets, est orienté vers le microcrédit parce que celui-ci est censé lutter contre la pauvreté, il est important pour les donateurs de savoir si cet outil produit bien les effets escomptés. Mesurer son efficacité est toutefois compliqué. Il est difficile de savoir ce qui serait arrivé à une personne qui a contracté un microcrédit si elle s’était abstenue. Les premières études ont comparé ceux qui avaient emprunté à ceux qui ne l’avaient pas fait. Mais si les emprunteurs ont dès le départ un esprit d’entreprise plus développé que les autres, cette approche surestime probablement beaucoup l’influence du microcrédit. Il ne s’agit pas de chercher la petite bête pour le plaisir. Une étude portant sur 1 800 familles, dans le Bangladesh rural, a établi que 62 % des enfants des emprunteurs de la Grameen Bank étaient scolarisés, contre 34 % des autres enfants. Cela prouve que le microcrédit favorise la scolarisation, ont conclu les partisans de ce système. Mais une mise en parallèle avec des personnes venant de milieux sociaux similaires, dans des villages qui n’avaient pas accès au microcrédit, a démontré que la différence s’expliquait autrement. Le profil des familles susceptibles d’envoyer leurs enfants à l’école était le même que celui des familles ayant souscrit un microcrédit.

Toutefois, ce type de comparaison peut être biaisé car les prêteurs choisissent naturellement de travailler dans les endroits où leurs chances de réussite sont les plus grandes. Pour contourner ce problème d’autosélection, les chercheurs ont mis au point des protocoles spécifiques. Des membres du Poverty Action Lab (Laboratoire d’action contre la pauvreté) du Massachusetts Institute of Technology (MIT) ont ainsi collaboré avec une société de microfinance indienne. Ils ont choisi 52 bidonvilles au hasard à Hyderabad et leur ont donné accès au microcrédit, tout en refusant ce privilège à 52 autres bidonvilles, qui auraient tout aussi bien pu convenir et dans lesquels le prêteur se serait volontiers implanté. Les chercheurs ont alors pu observer précisément les effets du microcrédit sur une communauté entière. Dean Karlan, de l’université Yale, et Jonathan Zinman, du Darmouth College, ont mené une expérience similaire aux Philippines, cette fois au niveau de l’emprunteur individuel. Ils ont biaisé le logiciel d’évaluation des risques-clients d’un organisme de microfinance afin que seuls des candidats ayant des antécédents de crédit très limités soient acceptés comme clients. Ces derniers ont ensuite pu être comparés avec les personnes qui avaient demandé un crédit mais avaient essuyé un refus.

De manière générale, aucune de ces deux enquêtes n’a permis de conclure que le microcrédit réduisait la pauvreté. Il n’y a eu aucun effet sur la consommation moyenne des ménages, du moins pendant la période des douze à dix-huit mois examinée. L’étude qui se déroulait aux Philippines a également évalué la probabilité de se trouver au-dessous du seuil de pauvreté, ainsi que la qualité de la nourriture consommée. Encore une fois, aucune influence n’a pu être démontrée. Le microcrédit n’est peut-être même pas le service financier le plus adapté à la majorité des pauvres. A Hyderabad, seul un prêt sur cinq a abouti à la création d’une affaire. Fournir à ces personnes des placements sûrs pour leurs (maigres) économies pourrait sans doute les aider davantage à long terme.

Une porte d’accès au secteur bancaire classique

Cela dit, le microcrédit a tout de même des effets perceptibles. En Inde, les emprunteurs des bidonvilles étaient plus susceptibles de réduire leur consommation de tabac et d’alcool au profit de biens durables (notamment des carrioles ou des casseroles, qui sont largement utilisées par les commerçants ou les propriétaires de petites gargotes). Si la consommation moyenne n’a pas décollé, c’est donc peut-être parce que de plus en plus d’emprunteurs ont consacré une partie de leurs revenus au lancement ou au développement de leur activité. Le microcrédit a clairement permis à beaucoup de gens de franchir les obstacles liés aux frais de démarrage. Les chercheurs du MIT ont ainsi découvert que, dans les bidonvilles où le microcrédit existait, il se créait au moins un tiers d’affaires en plus. Cela pourrait signifier que, même si aucun effet sur la pauvreté n’a été constaté au cours de la période étudiée, il pourrait en être autrement à plus long terme, au fur et à mesure que ces affaires prospèrent.

Bien sûr, ces prêts minuscules ne sont pas suffisants pour permettre à ces activités de prendre de l’envergure. Mais le microcrédit présente un grand intérêt lorsqu’il permet à ses bénéficiaires de démontrer leur solvabilité. Leur réussite peut alors inciter les banques à leur prêter de plus grosses sommes, ce qui intensifie l’activité économique. En prenant volontiers un risque avec ces catégories d’entrepreneurs qui n’ont pas d’autre moyen pour se lancer, la microfinance contribue peut-être à réduire la pauvreté à long terme, même si ses effets immédiats sont négligeables.

24 septembre 2009

Défis du financement agricole et rural, rôle pour la microfinance et implications pour les politiques publiques au Burundi

Comment améliorer la contribution de la microfinance au financement agricole et rural ?

L’une des principales limites concerne l’inadéquation entre la gamme des services financiers offerts par les IMF et les besoins spécifiques du secteur. L’auteur analyse les déterminants dans l’accès des producteurs agricoles aux services financiers des IMF ; se focalise sur les principaux axes d’intervention des pouvoir publics dans le développement du financement agricole et rural et évalue l’utilisation de l’efficience en tant que critère de subventionnement des IMF.

Telechargez l'article ici MF_Rural_Burundi

[Source : Ephrem Niyongabo]

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Quand le carburant déstabilise le panier de la ménagère

Source : iwacu-burundi.org

Le prix du carburant continue de monter depuis plusieurs mois. Cette hausse perturbe la sécurité alimentaire de la population. La situation semble irréversible malgré les bonnes résolutions des intervenants dans ce domaine.

Quelques taxes appliqués

   sur le prix à la pompe :


  -Fonds routier national : 80Fbu/l
  -Fonds stock stratégique : 31Fbu/l
  -Droits d’assises : 241Fbu/l
  -Redevances administratives :    4Fbu/l
  -TVA : 241Fbu/l

Les plus pauvres sont les plus vulnérables aux effets des prix croissants du carburant et des produits alimentaires », constate un  chercheur en économie. Selon lui, les dépenses pour  l’alimentation représentent généralement 70 % des revenus  des personnes démunies. Il en conclue que les ménages pauvres réduiront leur consommation de nourriture et sacrifieront l’éducation de leurs enfants.

Il soutient que contrairement à l’idée répandue, les prélèvements de l’Etat ne semblent pas avoir suivi la même hausse du prix du carburant sur le marché international. Même si le niveau relatif des taxes cumulées perçues reste élevé, principalement du fait que celles effectuées par l’Etat sont exprimées en pourcentage. Pour ce chercheur, cela cause une répercussion automatique et proportionnelle de la hausse des prix internationaux sur le prix à la pompe. Néanmoins, continue-t-il, la fixation de ces niveaux de taxes peut être perçue comme abusive au gré des besoins en recettes fiscales, et ainsi aggraver l’imprévisibilité des prix à la pompe.

Le gouvernement impuissant face aux prix
Pour Aimé Rwankineza, gérant de la station Great Lakes, le carburant est actuellement presque le seul produit à approvisionner les caisses de l’Etat. Il rappelle que l’Etat a toujours un déficit sur les droits de douane par rapport à son budget, et les taxes sur le carburant aident à le combler. Néanmoins, il propose que même si c’est un produit stratégique, l’Etat devrait laisser le marché jouer son jeu et faire un contrôle en imposant les plafonds des prix. Car, poursuit-il, l’Etat ne pourra pas contrôler les prix indéfiniment.

Pour lui, non seulement le prix sur le marché mondial a augmenté, mais l’Etat doit hausser les taxes suite aux pressions de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International : « le déficit est énorme et ils doivent montrer leurs efforts avant de demander un appui budgétaire. » Il trouve que le stock stratégique aurait pu aider quand le prix était bas, mais l’Etat n’en a pas profité pour le constituer : « le Rwanda en a profité pour accumuler plus de 30 millions de litres et tous les dépôts sont
pleins. »

« L’Etat prélève 35% de charges par litre »

ImagePierre Nduwayo, secrétaire général et porte-parole de l’Association Burundaise des Consommateurs (ABUCO), trouve que le carburant coordonne l’économie nationale et celle des ménages. L’instabilité de son prix désorganise donc celui des autres biens et services.
Mais Pierre Nduwayo assure qu’il est possible de stabiliser le prix du carburant à la pompe : « si on analyse ce prix, on constate que l’Etat prélève 35% de charges par litre ; il peut jouer sur les prélèvements pour rendre les prix stables. » Il recommande par exemple que les taxes soient exprimées, non pas en pourcentage, mais en chiffres absolus pour alléger le consommateur.
Mais le porte-parole de l’ABUCO  reconnaît que les taxes sur le carburant sont les plus rentables et a peur que la situation ne reste inchangée. Pourtant, même l’issue proposée par l’Etat lui paraît fantaisiste : « Des prélèvements comme le fonds stock stratégique sont censés aider en cas de difficulté, mais les prix continuent à grimper. On ne voit pas l’utilité de ce fonds ni sa destination, puisqu’il n’est régi par aucun texte », confie Pierre Nduwayo.
Pour le secrétaire général, même la TVA appliquée sur le carburant ne devrait pas l’être puisque c’est une matière première.

« L’Etat ne peut intervenir qu’à court terme »

Selon une source à la direction du commerce interne au sein du ministère du Commerce et de l’Industrie, les prélèvements sur le carburant sont tous nécessaires. Le fond stratégique carburant a été créé pour modérer les prix. Surtout en cas de perturbation dans l’approvisionnement, ou d’un événement qui le stopperait.

« Si le gouvernement veut continuer à constituer le stock, il ne peut pas se permettre de subventionner les prix », ajoute cette source. Elle souligne qu’à cause de ses faibles moyens, l’Etat ne peut pas avoir un stock dépassant deux mois. S’il le constituait, ce serait à court terme, et en tenant compte des prix sur le marché mondial : « Et il ne peut pas se permettre de faire une concurrence déloyale au secteur privé qui paie régulièrement ses taxes. » S’agissant de la TVA, continue notre source, elle n’est pas applicable sur les matières premières, mais seulement sur le produit fini et les services : « l’Etat récupère ainsi ses droits d’assises sur le prix à la pompe. »

Ce fonctionnaire de la direction du commerce souligne donc que le carburant est le premier produit le plus sûr pour alimenter les caisses de l’Etat : « logiquement, il est donc impossible de subventionner son prix. C’est pour cela que la taxation doit rester en pourcentage, pour se positionner aux fluctuations sur le marché international. » Pour lui, il n’y a pas de solution miracle ; il faut que le pouvoir d’achat des Burundais augmente en encadrant leur production. Tout le reste, constate-t-il, n’est que pure spéculation.

Un économiste propose quelques solutions

Les différents intervenants dans le système d’approvisionnements (importateurs) ont un pouvoir de marché qui ne parvient pas à couvrir les besoins en stock stratégique du pays. Le gouvernement devrait donc favoriser l’émergence, le développement ou l’entrée sur le marché burundais de groupes pétroliers au pouvoir de marché conséquent pouvant répondre aux besoins stratégiques du pays. Ceci pourrait se réaliser de deux manières : faciliter les intervenants locaux à atteindre une taille critique ou intéresser les compagnies internationalement reconnues à entrer sur le marché burundais.
Le gouvernement devrait engager des discussions avec ses partenaires régionaux, dans le cadre de l’East African Community, par exemple. Il devrait également plaider en vue d’une réalisation des investissements régionaux ou sous-régionaux d’interconnexion d’infrastructures de stockage en produits pétroliers et ainsi créer des capacités de stockage stratégiquement situées au sein de la sous-région.
Une politique fiscale et douanière plus efficace devrait permettre à l’Etat d’augmenter ses recettes et ainsi d’exercer moins de pression fiscale sur la structure des prix du carburant.
La réorganisation du transport en commun scolaire et celui des fonctionnaires de l’Etat pourrait influer sur la demande des produits pétroliers en milieux urbains, le budget des ménages et le changement d’attitudes nécessaire pour s’adapter à cette nouvelle situation. Celle-ci exige des économies d’énergie.

                                                              Edouard Madirisha

Dernière mise à jour : ( 22-09-2009 )

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25 août 2009

Les taux d’intérêt des microcrédits sont-ils abusifs ?

Le Portail microfinance, d’après une étude CGAP

Une étude chiffrée verse des éléments concrets au débat

Le montant des taux d’intérêt appliqués sur les microcrédits – généralement plus élevé que celui des banques traditionnelles en raison de coûts supérieurs – est critiqué depuis les débuts de la microfinance moderne à la fin des années 1970. Les critiques se sont cependant intensifiées au cours des dernières années et le plafonnement réglementaire des taux d’intérêt est discuté dans un nombre croissant de pays.


Cette préoccupation accrue s’explique en partie par la médiatisation de la microfinance qui reçoit une attention croissante du public et des politiques, et par le fait qu’un nombre assez significatif d’IMF sont aujourd’hui transformées en sociétés commerciales privées (notamment pour être autorisées à collecter l’épargne du public).


Une violente controverse a éclaté en avril 2007 lorsque les actionnaires de Compartamos, une IMF mexicaine opérant avec une licence bancaire, ont vendu une partie de leurs actions à un prix incroyablement élevé lors d’une entrée en bourse qui a fait de certains d’eux des millionnaires.


L’une des principales raisons expliquant ce niveau de prix est que Compartamos appliquait à ses clients des taux d’intérêt très élevés et réalisait des bénéfices très importants. Le taux d’intérêt annualisé était supérieur à 85% (sans compter une taxe supplémentaire de 15% payée par les clients), et procurait un rendement annuel de 55% aux actionnaires.


En réalité, la plupart des IMF appliquent des taux d’intérêt bien inférieurs à ceux qui ont déclenché cette controverse, mais l’histoire de Compartamos a naturellement cristallisé les préoccupations existantes sur la question.


Alors les taux d’intérêt des microcrédits sont-ils abusifs ?


Il n’y a évidemment pas de réponse simple et universelle à cette question, non seulement parce qu’il existe d’énormes différences dans les taux et les contextes propres à chaque IMF dans le monde, mais aussi parce qu’il n’existe pas de consensus sur ce qui est ou non « abusif ».


Le CGAP s’est efforcé d’analyser le niveau et l’évolution des taux d’intérêt des microcrédits et de les comparer avec d’autres taux payés par les emprunteurs à faible revenu. Puis il a entrepris de décomposer les produits d’intérêt des IMF en étudiant le niveau de ses quatre principaux composants : le coût des ressources, les charges de provisions pour créances douteuses, les charges administratives et le bénéfice.


Les chiffres et graphiques qui suivent sont basés sur l’étude d’échantillons d’IMF communiquant leurs données au MIX (échantillon de 175 ou 554 IMF selon les données, voir l’étude CGAP citée à la fin).


Niveau des taux d’intérêt

  • Sur la base des meilleures données disponibles, l’étude montre qu’en 2006 le produit des intérêts médian des IMF pérennes (i.e. rentables) était de 26,4% de l’encours de crédit. Les 85% de Compartamos sont réellement exceptionnels : moins de 1% des emprunteurs payent un taux d’intérêt de ce niveau.
  • Les taux d’intérêt pratiqués par les IMF ont baissé de 2,3 points de pourcentage par an entre 2003 et 2006, bien plus rapidement que les taux de banque.

Evolution du taux des microcrédits en Bolivie, 1992-2007

(MFI : IMF ; Banks : banques)

Comparaison avec d’autres taux payés par les emprunteurs pauvres

  •    

    Les taux des IMF étaient significativement plus faibles que les taux à la consommation et les taux des cartes de crédit dans la majorité des 36 pays pour lesquels il a été possible de trouver des données, et significativement plus élevés que ces taux dans 1/5ème des pays.

       
  •    

    Sur la base de 34 rapports concernant 21 pays, les taux des IMF étaient presque toujours inférieurs - généralement largement inférieurs – aux tarifs pratiqués par les prêteurs informels.

       
  •    

    Les taux d’intérêt pratiqués par les IMF étaient généralement plus élevés que les taux appliqués par les mutuelles de crédit dans les 10 pays pour lesquels des données ont été trouvées. Mais dans les cas où les mutuelles offraient un produit de microcrédit spécialisé, leurs taux d'intérêt avaient tendance à être les mêmes, voire supérieurs. Toutefois, il est difficile d’en tirer des conclusions, parce que la taille de l'échantillon est faible et parce que nous savons peu de choses sur la comparabilité des clients et des produits.

       
Taux des IMF comparés aux taux des crédits à la consommation

                                                                                                                     
Inférieurs aux taux des crédits à la consommationProches des taux des crédits à la consommationSupérieurs au taux des crédits à la consommation
            

Bangladesh
Bolivie
Cambodge
Congo
Ethiopie
Inde
Indonésie
Jordanie
Kenya
Kyrgyzstan
Mongolie
Népal
Nicaragua
Pakistan
Philippines
Serbie/Monténégro
Sri Lanka
Togo
Thaïlande

            
Arménie
Bosnie et Herzégovine
Colombie
Equateur
Egypte
Madagascar
Mexico
Roumanie
Tadjikistan










Cameroun
Pérou
Sénégal
Tanzanie
Ouzbékistan
Zambie


Coût des ressources

  • Les IMF payent plus cher leurs ressources que les banques (en moyenne le ratio charges financières/dettes s’établit à 5,1% pour les IMF contre 3% pour les banques en 2006) et le coût des ressources en pourcentage du portefeuille de crédits (environ 8%) ne montre aucun signe de baisse entre 2003 et 2006.

Provisions pour créances douteuses

  • Les taux d’intérêt des IMF ne sont pas gonflés par des taux de perte déraisonnables. Les taux d’impayés sont très faibles (environ 1,9% en 2006).

Pertes sur créances annuelles en % de l’encours brut de crédits, 2003-2006

(World : monde ; Africa : Afrique ; EAP : Asie Sud-Est & Pacifique ; ECA : Europe et Asie centrale ; LAC : Amérique latine & Caraïbes ; MENA : Moyen-Orient & Afrique du Nord ; South Asia : Asie du Sud)


Charges administratives

  •    

    Les prêts de très petit montant impliquent plus de frais administratifs, qui ne sont pas substantiellement compensés par les économies d'échelle. A mesure de leur progression sur la courbe d’apprentissage, les IMF parviennent cependant à réduire leurs frais de manière significative.

       
  •    

    Les charges administratives, s’établissant à environ 11% du portefeuille de prêts en 2006, constituent le poste le plus important dans la fixation des taux d'intérêt, mais elles ont baissé de 1 point de pourcentage par an depuis 2003. Ce recul semble être lié à une amélioration du coût du service aux emprunteurs, pas seulement à l’augmentation des montants de prêt.

       

Bénéfices

  •    

    En moyenne, les IMF affichent un rendement des actifs plus élevé que celui des banques commerciales, mais le rendement des fonds propres qu’elles offrent à leurs actionnaires est inférieur. Le rendement médian des fonds propres des actionnaires d’IMF se montait en 2006 à 12,3%, soit environ 4% de moins que celui des banques. Autant dire là encore que le cas Compartamos est très loin d’être représentatif.

       
  •    

    Dans le même temps, les 10% les plus rentables du portefeuille de microcrédit mondial produisaient en 2006 un rendement sur fonds propres de 34%, un niveau sans conteste suffisamment élevé pour soulever des interrogations chez certains observateurs, même si une grande proportion de ces bénéfices revient aux ONG et non aux investisseurs privés. Déterminer si ces bénéfices sont « abusifs » nécessite de prendre en compte les circonstances de chaque contexte, notamment le niveau de risque encouru par les investisseurs.

       
  •    

    Les bénéfices des IMF rentables, mesurés en pourcentage du portefeuille de prêts, ont baissé d’environ 1/10ème (0,6 pp) par an depuis 2003.

       
  •    

    Les bénéfices ne constituent pas un élément prédominant dans la constitution du taux d’intérêt. Pour une IMF médiane, le scénario extrême consistant à supprimer complètement la marge bénéficiaire reviendrait à diminuer le taux d’intérêt d’environ 1/7ème, ce qui n’est pas insignifiant mais serait peu susceptible de modifier l’avis de ceux qui jugent les niveaux abusifs.

       
Evolution du rendement des intérêts, en % de l’encours brut de crédits, 2003-2006


(World : monde ; Africa : Afrique ; EAP : Asie Sud-Est & Pacifique ; ECA : Europe et Asie centrale ; LAC : Amérique latine & Caraïbes ; MENA : Moyen-Orient & Afrique du Nord ; South Asia : Asie du Sud ; Avg. change per year : variation annuelle moyenne)


Niveau des coûts et bénéfices en % des revenus, 2006

(Op. expense : charges d’exploitation ; Cost of funds : coût des ressources ; Loan losses : pertes sur créances ; Profit : bénéfice. Revenus = produits des intérêts et autres revenus moins taxes)


En réalité la question doit plutôt être posée en ces termes : les taux de crédit déraisonnables restent-ils des exceptions ? L’étude montre qu’on ne trouve pas de schémas répandus d’exploitation des emprunteurs par des taux abusifs.


Elle conforte en revanche l’observation selon laquelle les charges d’exploitation sont bien plus élevées pour l’octroi de très petits prêts que pour l’octroi de prêts bancaires classiques, conduisant à la fixation de taux d’intérêt plus élevés. Elle montre un schéma général de bénéfices modérés pour les propriétaires d’IMF. Enfin elle révèle une diminution assez rapide des taux d’intérêt, des charges d’exploitation et des bénéfices au cours des dernières années.

D’après « Are Microcredit Interest Rates Excessive? », CGAP Brief, 2009 et R. Rosenberg, A. Gonzalez et S. Narain, The New Moneylenders : Are the Poor Being Exploited by High Microcredit Interest Rates ?, CGAP Occasional Paper N°15, 2009  



                                    
            

Pour la transparence des taux d’intérêt des IMF : une initiative intéressante

            
            

Microfinance Transparency a été créée en 2008 par Chuck Waterfield avec comme objectif spécifique de promouvoir la transparence sur les taux d’intérêt, notamment au travers d’un site (en anglais) [www.mftransparency.org] qui propose divers outils de calcul et d’analyse du niveau de facturation pratiqué par les IMF.

            
            

Le site met à disposition des ressources permettant de mieux comprendre et de mieux calculer le TEG et a pour but, un peu sur le modèle du MIX, de collecter les données sur les taux d’intérêt effectifs dans toutes les régions du monde. Le dispositif va dans un premier temps se focaliser sur quelques pays puis sera progressivement étendu. Les taux d’intérêt effectifs annuels seront directement extraits des calendriers d’amortissement communiqués par les IMF.

            


Pour en savoir plus

Microcrédit : comment faire baisser des taux d'intérêt trop élevés ; Boyé, S. & Hajdenberg, J. & Cheylan, M. ; 2007
Quelles conditions pour favoriser la baisse des taux d’intérêt des IMF ?


Introduction en bourse de l'IMF Compartamos (BIM); Ponsot, F. ; 2007
Synthèse du document du CGAP sur l'introduction en bourse de Compartamos au Mexique et les questions que soulève la prise de profits colossaux.


Réflexions du CGAP sur l’introduction en bourse de Compartamos : une étude de cas sur les taux d’intérêt et les profits de la microfinance ; Rosenberg, R. ; 2007
Analyse des questions soulevées par le passage des activités de la microfinance à une entité à but lucratif.

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Burundi … « Cellule Nationale deRenseignements Financiers », une cellule fantôme

par Edouard Madirisha
emayuya@iwacu-burundi.org

Pour lutter contre le blanchiment d'argent, la loi donne aux institutions financières le pouvoir de dénoncer les transactions douteuses. Au Burundi, une seule banque respecte la règle. Et la Cellule Nationale de Renseignements Financiers n’existe que sur papier.

Image

Le siège de la BCB à Bujumbura

Les clients de toutes les transactions occasionnelles dont le montant atteint ou excède 20 millions de Fbu doivent être bien identifiés par les institutions financières. Cette opération vaut également pour tout client qui demande l’ouverture d’un compte. Une loi de février 2008 est claire sur ce point.Le hic c’est que parmi les  banques présentes au Burundi, seule la Banque de Crédit de Bujumbura (BCB) respecterait cette loi. Elle a initialisé le système KYC, « Know Your Customer. » connais ton client-
D’après une source au sein de cette banque, il y existe un « compliance officer » chargé du contrôle journalier des comptes des clients, conformément aux lois du pays et des partenaires. Il rédige également les rapports sur les cas suspects. Si la banque décèle une transaction douteuse elle doit communiquer l’information à la « Cellule Nationale de Renseignements Financiers. »  c’est une cellule importante aux yeux de certains acteurs impliqués dans la lutte contre la corruption.
Léandre Barampahije, secrétaire de la Cour anti-corruption et porte-parole déclare que « cette cellule est nécessaire car elle faciliterait la tâche grâce aux informations qu’elle fournirait. » Une autre source au sein de l’Inspection Générale de l’Etat souligne que, en recevant des rapports suspects, la cellule aurait la primeur de l’information: « A ce titre, puisque nous avons des prérogatives plus étendues, elle pourrait faire appel à nous pour mener des enquêtes plus approfondies.»

Une bonne foi d’accord, mais surtout des faits !

Au moment où l’opinion dénonce l’enrichissement rapide de certains responsables, il s’avère  que les institutions financières doivent, en plus de la vigilance normale, prendre toutes mesures raisonnables pour identifier l’origine du patrimoine et des fonds des personnes politiquement exposées A première vue, ces quelques dispositions légales prouvent la détermination de sévir efficacement contre la corruption et le détournement des deniers publics. Mais dans les faits…  Sous couvert d’anonymat, un membre de l’Inspection Générale de l’Etat montre l’incohérence du système : “Chaque fois qu’un haut cadre entre en fonction, il déclare ses avoirs! Mais jamais quand il quitte son poste.”
Mais  voici le clou de l’histoire : la Cellule Nationale de Renseignements Financiers n’existe qu’au travers de la loi qui l’institue depuis une année. Ce qui est étonnant, les sources contactées au sein du cabinet du ministère des Finances ne savent rien ni de cette loi, ni de cette cellule.  Une cellule fantôme ?


Les loups ne se mangent pas entre eux
La loi contre la corruption contient une grosse lacune : elle n’est pas rétroactive. C’est-à-dire que toutes les infractions antérieures à sa mise en vigueur ne sont pas prises en compte. Cette lacune est aussi décriée.  Selon une source de l’Inspection Générale de l’Etat, il existe plusieurs indicateurs de corruption et de malversations économiques « mais la loi nous bloque puisqu’elle n’a pas de force rétroactive. » Pourtant les législateurs devraient savoir que la corruption s’étend souvent sur une longue période. Et que ce n’est pas par un simple coup de chance qu’un ‘’homme d’affaires’’ prospère après plusieurs années de « bons et loyaux services » en tant que fonctionnaire. Il existerait une sorte de solidarité négative entre les agents de l’Etat au plus haut niveau. Sinon, comment expliquer que même les cas de   corruption présentés à la  Cour suprême ne soient jamais jugés? Est- parce que cette Cour ne juge que « des personnes politiquement exposées ou ayant le privilège de juridiction » ? Il y a lieu de se demander si le pouvoir ne met pas en place un système qui le protège contre la justice, avec la complicité de cette dernière. La fameuse cellule pourra-t-elle fonctionner efficacement si la majorité des dossiers présentés à la Cour anti-corruption concerne des agents du ministère des Finances? Ou le linge sale se laverait en famille?   

Loi n°1/02 du 04 février 2008 portant lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme
Art.12 : Il est institué au sein du ministère ayant les finances dans ses attributions une cellule spécialisée chargée de lutter contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, ci- après dénommée « cellule », un service administratif doté de la personnalité juridique, chargé de la réception des déclarations de soupçon, de leur traitement et de la transmission du rapport qui en découle et autres informations concernant les actes susceptibles d’être constitutifs de blanchiment d’argent ou de financement du terrorisme.

Art.16 : Les personnes visées à l’article 3(morales ou physiques) qui soupçonnent ou ont des raisons suffisantes de soupçonner que des fonds constituent le produit d’une infraction ou sont liés au financement du terrorisme, ou qui ont connaissance d’un fait qui pourrait être un indice de blanchiment de capitaux ou de financement du terrorisme, sont tenues de faire sans dé lai une déclaration auprès de la Cellule, selon le format établi par cette dernière. Leur attention doit être particulièrement attirée par toute opération d’un montant supérieure ou égale à 20 millions de Fbu, dont le déroulement est d’une complexité inhabituelle ou injustifiée ou qui semble n’avoir aucune justification économique ou cause licite. L’entité tenue à en faire déclaration sans auprès de la Cellule sera tenue de se renseigner  quant à l’origine et à la destination de l’argent, l’objet de l’opération et l’identité des parties concernées.               

par Edouard Madirisha
emayuya@iwacu-burundi.org

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25 juillet 2009

Jean-Marie Rurimirije revient sur la genèse des cinq ans de la Mutec

J-M Rurimirije : « En finir avec le mal burundais des 3I : Ishari, Inzigo, Insaku »

Entretien exclusif le correspondant d' ARIB.INFO à Bruxelles

Rurimirije le 4 juillet au Palais des Beaux Arts (Bozar) à BruxellesIl y a quelques jours, les médias burundais rapportaient qu’après 5 ans d’existence la banque de microfinance Mutec (Mutuelle d'Epargne et de Crédit) a été choisie par Human Sources Africa (H.S.A) comme micro finance de référence en Afrique. La nouvelle a été annoncée à l’occasion d’une visite au Burundi de Mustafa Niasse (ancien Premier Ministre sénégalais) et Pierre Asash successivement Président Fondateur et ADG de H.S.A.

Le Président Fondateur de Mutec, M. Jean-Marie Rurimirije, était de passage cette semaine en Belgique, où il a participé à la remise du Prix de la Culture, attribué à titre posthume à feu Albert Nimbona, lors de l’événement "Burundi, cœur d’Afrique au cœur de l’Europe" qui s’est déroulé samedi dernier 4 juillet à Bruxelles.

A cette occasion, nous avons pu rencontrer M. Rurimirije et sollicité un entretien axé sur les cinq ans de la Mutec et ses tous derniers développements. Fort discret depuis sa nomination comme Conseiller principal Chargé de missions auprès du Président de la République du Burundi, c’est devant notre insistance que M. Rurimirije nous a donné rendez-vous le surlendemain afin de répondre à nos questions.

Voici l’intégralité de cet entretien riche en enseignements.

John Chris invite M. Jozef Smets, Ambassadeur de Belgique au Burundi, M. Jean-Marie Rurimirije, Conseiller principal chargé des missions à la présidence, et l'ambassadeur Kavakure à remettre le prix de la Culture décerné à titre posthume à feu Albert Nibona Quelle signification doit-on donner à votre présence avant-hier à la cérémonie "Burundi, cœur d’Afrique au cœur de l’Europe" ?

Ma présence n’avait rien de particulier. C’est en tant que lauréat du "Golden Amahoro Iwacu 2008" qu’on m’a invité à venir remettre le prix de cette année et c’est avec grand plaisir que j’ai accepté. En plus, je suis toujours membre de la diaspora burundaise de Belgique, je me devrais d’être présent à cet événement.

On apprend que la Mutec vient d’être choisie par Human Sources Africa comme micro finance de référence en Afrique, quel parcours depuis cinq ans ?

Cinq ans pour en arriver là où nous en sommes aujourd’hui ce n’est pas long et beaucoup de choses ont été réalisées pour aboutir à cette étape.

Alors passons en revue ces différents moments de l’histoire de la Mutec. Au commencement ce fut semble-t-il la Codibu ?

En réalité c’est avec la Mutualité des Grands Lacs (MGL) que tout a commencé. Vers la fin des années ’90, au cours de mes nombreux déplacements vers le Burundi, j’ai été confronté à de nombreuses sollicitations de la part de mes compatriotes de la diaspora, pour envoyer un peu d'argent ou un colis à la famille restée au pays.

En 2001, devant le nombre grandissant de personnes qui ne cessaient de me solliciter, j’ai eu alors l'idée de mettre sur pied une association pour connecter la diaspora à la vie du pays d'origine en organisant l'acheminement de colis et aides financières aux membres de leurs familles demeurées au pays. Ainsi naquit la Mutualité des Grands Lacs, MGL en sigle, une association sans but lucratif (asbl) qui se voulait un cadre de solidarité et d'entraide mutuelle.

Jean-Marie Rurimirije et l'Ambassadeur Kavakure remettent l'écharpe aux couleurs nationales au représentant de la famille d'Albert NibonaEt comment fonctionnait-il ?

Avec la MGL nous avons mis en place un système classique d'envoi d'argent à un taux plus accessible, pour la diaspora, par rapport aux taux habituellement pratiqués sur le marché. Dans un premier temps, la MGL va organiser les envois à partir de la Belgique, par la suite il y eut une extension à la France, les Pays-Bas, la Suède et la Grande Bretagne. A ses débuts, la MGL fonctionnera avec un bureau de liaison à Bujumbura, mais avec le nombre grandissant des transactions, la MGL conclut un partenariat avec la SBF, Société Burundaise de Financement.

Au sein de la MGL, nous avons alors étendu nos activités pour stimuler l'emploie au sein de la jeunesse de la diaspora burundaise de Belgique, et promu dans les bâtiments qui abritent la MGL plusieurs activités et permettant ainsi l'encadrement de plusieurs jeunes de la diaspora tout en leur procurant un "coup de pouce" financier. On y retrouve un "Salon de coiffure", un très grand espace "Parking sous surveillance", un "Garage automobile" et un "Car-wash". Jusqu’aujourd’hui près d'une dizaine de jeunes s'activent quotidiennement à toutes ses tâches.

Et la Codibu dans tout ça ?

Jean-Marie Rurimirije dans son bureau au début de la MGLDevant le succès grandissant de la MGL et afin de limiter encore les frais d'envoie de petites aides financières, nous avons décidé de créer au sein de la MGL un projet dénommé "Coopérative de la Diaspora Burundaise", CODIBU en sigle, qui va fonctionner par un système d'adhésion.

Ainsi la CODIBU va permettre de supprimer pour ses membres, moyennant une cotisation mensuelle de 5 Euros, tout frais d'envoi monétaire vers le pays, quel que soit le montant, développant  par là même les canaux d'acheminement de l'assistance aux familles restées au pays.

Outre cette facilitation concernant les transactions financières, la CODIBU va mettre sur pied un système d'épargne solidaire pour ses membres permettant notamment de petits prêts d'urgence en cas de coups durs financiers passagers et capable de financer de microprojets au pays afin de créer une présence participative et active de la diaspora dans la reconstruction et le développement de leur pays d'origine.

Afin de diminuer les frais de transport, la MGL a conclu avec un transporteur aérien la rétrocession de volumes bimensuels de fret aérien pour ses affiliés, aux fins de l'expédition de colis au pays. Et pour éviter la lourdeur des procédures de dédouanement, a été mise en place "la CODIBU Agence Plus". Ainsi les colis envoyés par les membres de la diaspora étaient regroupés avec comme résultat un coût de transport extrêmement réduit.

Au Burundi la "CODIBU Agence Plus", agréée au mois d'août 2004 par le Ministère des Finances, se chargeait du dédouanement et assurait ensuite un service "porte à porte" de remise aux destinataires dès que les frais sont payés. La "CODIBU Agence Plus", aujourd’hui mise en veilleuse, faisait aussi des achats de marchandises sur commande et les fait livrer au pays, évitant ainsi les frais de voyages aux commanditaires.

Pourquoi en veilleuse ?

Parce qu’à ce moment nous avons lancé un nouveau projet qui nous tenait à cœur et qui a accaparé toute notre attention et notre énergie. En effet, constatant que le système bancaire classique avait les portes fermées aux pauvres, nous avons, avec le concours de partenaires privés locaux, lancé au Burundi la "Mutualité d'Epargne et de Crédit", MUTEC en sigle.

C’est donc ainsi que naquit la Mutec. D’où l’idée vous est-il venue ?

Paersonnel de la Mutec au défilé lors de la fête nationale à BujumburaNous n'avions pas oublié les "petites gens" du pays et avons décidé de "rompre le cercle vicieux de la pauvreté par l'Epargne-Crédit". Nous nous sommes inspirés du modèle de la "Grameen Bank". Lancée en 1983 au Bangladesh par l'universitaire Muhammad YUNUS, le père du micro-crédit, la "Grameen Bank" voulait casser le cercle vicieux "bas revenu, peu d'épargne et peu d'investissement" pour enclencher une spirale vertueuse "bas revenu, injection de crédits, investissements, plus de revenus, plus d'épargne, plus d'investissement, plus de revenus". (NdlR : Grameen signifie "paysan" ou "rural" en bengali)

Et comment la Mutec a-t-elle était accueillie sur place ?

L’initiative a été bien accueillie par les pouvoirs publics locaux. En date du 13 mai 2004 l’autorisation de fonctionnement sera délivrée par les autorités burundaises et le 23 juillet de cette année eut lieu à Bujumbura le lancement officiel des activités de la MUTEC, lors de l’inauguration de son siège de Bujumbura par le ministre du Développement communal de l'époque, M. Cyrille Hicintuka.

Au pays, le succès de la MUTEC ne s'est pas fait attendre. A partir de 7000 Fbu (moins de 5 Euros) on peut ouvrir son compte à la MUTEC, l'un des tarifs les plus accessibles sur le marché bancaires du pays. Le public cible de la MUTEC est constitué par les petits épargnants relégués en marge du système bancaire classique et qui ont placé tous leurs espoirs dans la MUTEC.

Qu’est ce que la Mutec a apporté de plus au Burundi ?

Jean-Marie Rurimirije lors du Symposium sur la microfinance au Burundi tenu à Rotterdam au Pays-BasEn décembre 2005, lors du Symposium sur la microfinance au Burundi tenu à Rotterdam au Pays-Bas, nous avions annoncé que la MUTEC procédera à la baisse du taux d’intérêt à partir de janvier 2006 sur les crédits octroyés aux clients, passant de 18% à 14%. Nous l’avons fait ! Voilà ce qui a réjoui ceux qui nous ont fait confiance, au moment où ailleurs les taux se maintenaient à plus de 20%. Aujourd’hui les banques classiques de la place ont été obligées de suivre le mouvement à la baisse.

Comment justifiez-vous cette réduction spectaculaire du taux d’intérêt ?

Tout dépend de l’objectif visé, et, de surcroît, il faut être conscient qu’il ne sert à rien de prêter si les gens n’arrivent pas à payer. La MUTEC veut que les petites gens puissent obtenir un crédit, et puissent aussi le rembourser sans difficultés. J’ai aussi voulu répondre à l’appel lancé par les participants au Symposium de Rotterdam, pour qui il était inadmissible qu’on puisse appliquer des taux exorbitants pour une population appauvrie par plus de 12 ans de guerre.

Sur place, il y a certaines banques qui proposent actuellement des ouvertures de comptes à zéro franc. La Mutec serait-elle déjà dépassée ?

Si ces banques veulent aider la population burundaise en faisant une gratuite d’ouverture de compte, je ne peux que saluer cette initiative. Mais, j’ai malheureusement peur qu’il ne s’agisse en réalité que de la poudre aux yeux pour attirer de la clientèle aveuglée par des effets d’annonce publicitaire sans se rendre compte qu’il existe toujours des frais cachés qui compensent les frais d’ouverture. Ce genre d’opération équivaut pour moi à de l’arnaque.

Jean-Marie Rurimirije lors de la remise des African Award à BruxellesDe l’arnaque ? Le mot est fort. Pourriez-vous nous expliquer un peu plus ?

Ne vous y trompez pas, toute Banque vit de ses produits. N’oubliez pas qu’il y a toujours des frais de tenue de compte, qui équivalent à combien à votre avis ? L’achat du carnet de chèque et autres frais ? A vous d’investiguer et vous verrez. Je garde pour mémoire la Meridian Bank à l’époque, vous connaissez la suite.

Si ces banques veulent réellement aider la population burundaise, ils n’ont qu’à baisser les taux d’intérêt comme nous l’avons fait et que nous projetons de baisser encore une fois. La Mutec n’est en aucun cas dépassée car dans le système de la micro finance nous sommes des précurseurs au Burundi sur beaucoup de domaines.

Des précurseurs, dites-vous ?

Tenez, à notre arrivée toutes les IMF (NdlR : Institution de microfinance) utilisaient encore des fiches cartonnées. Nous avons révolutionné le secteur en introduisant en premier les logiciels bancaires au niveau des IMF.

Nous avons été les premiers à solliciter auprès du ministre des Finances l’élaboration de la Loi sur la microfinance au Burundi, loi qui n’existait pas avant notre arrivée, ce qui occasionnait tous les cafouillages qu’on a connu en ce temps.

La Mutec s’est battue pour développer la microfinance au Burundi et le monde salue aujourd’hui nos actions par plusieurs partenariats en cours d’exécution.

Quels partenariats ? Soyez plus précis

Délégation de l’Arab Bank d’Abu Dhabi en visite à la MutecEn mai 2007, le Gouvernement béninois nous a invité à nous rendre à Cotonou pour échanger et partager notre expérience avec les cadres techniques en charge de la gestion des Béninois de l’Extérieur. Les autorités béninoises voulaient que ces séances de travail leur permettent d’identifier les voies et moyens pour l’exécution du Projet de création au Bénin d’une banque similaire à la MUTEC.

Nous avons négocié un partenariat avec Arab Bank d’Abu Dhabi. Après donc l’Ouganda, le Burundi sera le deuxième pays dans la sous région à travailler avec l’Arab Bank d’Abu Dhabi via la Mutec, pour renforcer davantage sa lutte contre la pauvreté, en passant par une Institution de la microfinance. C’est dans ce cadre qu’une délégation de ces banquiers des Emirats Arabes Unis a visité dernièrement la Mutec, pour la voir à l’œuvre. Ils sont rentrés très satisfaits et très bientôt, l’Arab Bank d’Abu Dhabi enverra une mission d’audit pour confirmer la bonne santé de la Mutec et ce partenariat attendu avec impatience va alors entrer en action.

Enfin nous venons de signer un partenariat avec Human Sources Africa (H.S.A), une organisation basée en France et qui a pour objectif de relever le secteur de micro finance en Afrique. HSA va injecter 3 à 5 millions de dollars dans ce projet avec MUTEC. Avec HSA, la MUTEC va pour commencer être implantée dans 5 pays d’Afrique en plus du Burundi, à savoir le Sénégal, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Congo Brazza, le Burkina Faso et le Gabon. Le nouveau bâtiment de la MUTEC, qui est en construction au boulevard de l’UPRONA (à côté de White stone) sera finalement le siège de MUTEC au niveau de l’Afrique.

Lors de la visite des dirigeants de HSA à BujumburaLa Mutec semble donc avoir de bonnes perspectives d’avenir. Comment pensez-vous participer à la relance de l’économie burundaise avec la crise financière mondiale actuelle ?

Une relance de notre économie ne pourra se faire que sur base d’une très bonne concertation entre les différents acteurs qui sont concernés, mais également de la poursuite de l’appui de nos partenaires au développement et autres bailleurs de fonds.

A mon humble avis, je crois que l’un des priorités à actionner serait la relance du secteur agricole afin de créer une véritable économie rurale et évidemment la monétarisation du monde rurale par le secteur de la microfinance bien encadrée susceptible de porter d’une façon durable notre croissance interne. La Mutec s’intègre dans cette optique. Il faut donc améliorer le pouvoir d’achat du monde rural pour relancer notre économie face à cette crise économique mondiale.

Quels sont alors les mécanismes qu’il faudrait mettre en œuvre pour relancer l’économie burundaise ?

Je crois qu’on évolue dans un contexte économique mondial marqué par la morosité et la récession. Nous vivons, il faut le reconnaître, l’ère de la mondialisation. Cette crise financière mondiale, qui n’a épargné personne, traduit la vulnérabilité de l’économie burundaise qui a été durablement éprouvée par plus d’une décennie de guerre civile.

Mais il convient de retenir que la première préoccupation des autorités est que le Burundi dispose d’un secteur privé fort, plein d’idée, créateur d’emplois et de richesse. Donc une politique conçue dans une démarche participative avec le secteur privé ainsi que nos partenaires au développement.

Face à cette crise financière, il y a une peur croissante au sein des diasporas africaines en occident. En tant que membre de diaspora burundaise, quel est votre sentiment à ce sujet ?

Je crois que cette crise financière va ralentir la migration. Il faudrait mener une politique migratoire de long terme et non pas fermer les robinets et les rouvrir quand cela arrange les pays occidentaux. La solution donc n’est pas celle de refouler les étrangers chez eux, mais plutôt de mener une politique de formation et d’intégration.

Quelle serait alors une politique cohérente envers les Burundais vivant à l’étranger ?

La diaspora burundaise fait partie intégrante de la Nation et doit être bien organisée. Pour cela il faut : (1) Le renforcement de la représentation des Burundais de l’extérieur ; (2) Créer un espace de rencontre et de regroupement de la communauté burundaise ; (3) Faciliter la réinsertion des émigrés désireux de revenir au pays ainsi que leur participation au développement du Burundi ; (4) Le recours constant aux compétences et à l’expérience des membres de la diaspora ; Et enfin (5) qu’ils s’éloignent du mal burundais des 3I : Ishari, Inzigo, Insaku. (NdlR : Jalousie, Rancune, Ragots)

Et vous personnellement avez-vous déjà été confronté à ce mal burundais ?

Je le dis parce que j’ai vécu tout cela de plus près. Certains ne m’ont pas compris et m’ont combattu par des "on dit". J’ai été personnellement visé par des ragots et propos calomnieux portant atteinte à ma vie privée, à mon honneur et à mon image, mais j’ai continué ma route sans trop en tenir compte, puisque j’ai la conscience tranquille. Quand des personnes vous attaquent sur le plan personnel et adoptent une posture diffamante voir insultante, mieux vaut ne pas répondre, cela a toujours été mon attitude.

Mais je remarque qu’avec le temps et la nouvelle génération, ce mal burundais va se dissiper. Et j’ose espérer que chacun pourra vaquer à ses propres occupations dans un esprit serein et une ambiance fraternelle comme nous l’avons remarqué samedi soir sur la scène des Beaux arts. La joie qui était dans la salle reflétait la paix retrouvée au Burundi. Quand il y a la paix au pays, cette dernière est tout autant ressentie au sein de la diaspora.

Vous êtes un incompris puisqu’on vous retrouve dans beaucoup d’activités : à la tête de la MUTEC, réouverture d’une ligne SN vers Bujumbura, négociation informelle avec les FNL, libération de prisonniers de guerre, obtention du Certificat de Mérite Patriotique des mains du chef de l'Etat Pierre Nkurunziza, organisation d’une Conférence sur la Migration et le Développement dans les Grands Lacs, lauréat du African Award 2006, lauréat du Golden Amahoro Iwacu 2008, agrément de la MGL en qualité d’ONG de développement par le ministère belge de la Coopération au Développement, etc. La liste est longue, sans oublier votre fonction actuelle de Conseiller Principal chargé des Missions à la Présidence de la République du Burundi. Hier en Belgique, aujourd’hui au Burundi. Les gens ne s’y retrouvent souvent pas. Que répondez-vous à ceux qui disent que vous en faites trop ?

Jean-Marie Rurimirije recevant le Certificat de Mérite Patriotique des mains du chef de l'Etat Pierre NkurunzizaJe leur réponds simplement que je ne ferai jamais assez pour mon pays. Tant que mon Dieu sera avec moi, je suivrai toujours mon étoile.

Si j’ai reçu ces distinctions, c’est en tant que membre de la diaspora burundaise, au vu de tous les efforts consentis par la MGL et le don de soi dont toute notre équipe a régulièrement fait preuve. Tout cela, je pense, mérite des encouragements et pourrait servir d’exemple et faire émerger des potentialités encore dormantes au sein de la diaspora.

Je fais tout cela simplement parce que j’aime mon pays le Burundi, qui m’a tout donné et c’est l’école de la République qui m’a fait ce que je suis aujourd’hui. Le Burundi m’a tout donné et je vais tout faire pour le lui rendre !

Je suis issu d’une famille modeste, je sais ce que c’est que la misère et c’est à force de travail que je suis arrivé là où je suis. Je connais le monde rural pour y avoir travaillé en tant qu’instituteur. Quand on oublie d’où on vient, on ne sait pas où on va !

Je me suis engagé dans de projets de développement pour venir en aides aux laissés pour compte et aux plus démunis. Je ne prétends pas régler les problèmes de la pauvreté au Burundi, mais nos activités au sein de la MGL et de la MUTEC visent essentiellement à donner aux plus modestes une chance de s’en sortir en appuyant leurs micro-projets, car je ne crois pas à l’assistanat.

Pour demain, je rêve d’un Burundi fort et tranquille, où régnera l’ordre et la discipline, dans le respect de chacun et de tous. Quand il n’y aura plus personne pour se cacher derrière les ethnies, les clans, les régions ou les religions et que toute l’énergie sera consacrée à la lutte contre la pauvreté et à la relance économique. Quand nous serons tous unis, ça va faire mal !

Fin de l’entretien

Propos recueillis le lundi 06/07/2009 par notre Correspondant à Bruxelles


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30 mai 2009

Panorama des stratégies et outils de limitation du risque de change en microfinance

Comment limiter le risque de change ?

Le Portail

Panorama des stratégies et outils de limitation du risque de change en microfinance

La crise financière actuelle est là pour rappeler, si besoin était, que l’instabilité économique et monétaire met à rude épreuve les IMF, particulièrement lorsque les crises conduisent à de très fortes dévaluations des monnaies nationales.


Une large part des institutions de microfinance prêtent à leurs clients en monnaie locale alors qu’elles empruntent souvent en devise forte. Le risque de change est donc l’un des risques auxquels les IMF sont le plus exposées.


D’après le CGAP, qui a récemment organisé une conférence virtuelle sur l’impact de la crise financière en microfinance, réunissant plus de 600 représentants d’IMF, les IMF qui empruntent en monnaies fortes font actuellement face à des pertes de change entre 7 et 45% de leurs profits. Les IMF se demandent comment elles vont faire face à leurs besoins de refinancement, alors que les emprunts auprès des banques et fonds d’investissement étrangers vont être affectés à la fois par la hausse des taux d’intérêt et le coût accru du remboursement en monnaie forte dans un contexte d’affaiblissement des monnaies locales.

Le risque de change comporte en fait trois types de risques : le risque de convertibilité (risque que le gouvernement ne vende pas de devises aux emprunteurs ou autres détenteurs d’obligations libellées en monnaie forte), le risque de transfert (risque que le gouvernement ne permette pas aux devises de quitter le pays), et le risque de dévaluation, qui est le plus fréquent.

Comment se matérialise-t-il ? Un exemple simple permet de le comprendre :

Un exemple d’impact de la dévaluation sur une IMF

Supposons qu’une IMF emprunte 500 000 dollars. Il s’agit d’un prêt in fine à 3 ans, au taux d’intérêt fixe de 10 % par an, avec paiement d’intérêt tous les 6 mois.
À la date du prêt, le taux de change est de 1 dollar pour 10 unités de monnaie nationale (MN). Le prêt de l’IMF équivaut au début à 5 millions de monnaie nationale.

Si la monnaie nationale perd de sa valeur au rythme régulier de 5 % tous les 6 mois, à la date d’échéance du prêt l’IMF aura besoin de 6,7 millions de MN pour rembourser le principal en dollars. Du fait de cette dépréciation, le taux fixe initial de 10 % l’an a, en fait, grimpé à 21 %. La dévaluation à elle seule augmente le taux d’intérêt de 11 %, soit plus de 100 % par rapport au taux d’intérêt nominal fixe initial.

Source : Focus Note n°31, CGAP, janvier 2006.

Une étude récente du CGAP (voir Focus Note n° 31) montre que 25 % seulement des IMF qui ont des emprunts libellés en devises se protègent contre le risque de dépréciation ou de dévaluation, et que 25 % ne le font que partiellement. Beaucoup d’IMF ne sont encore pas suffisamment conscientes du risque de change et n’en mesurent pas les conséquences possibles.

Quelle stratégie ?

  • Ne pas se protéger contre le risque de change, ou ne s’en protéger que partiellement peut être un choix assumé. Il peut s’agir d’une stratégie cohérente, si le risque est faible ou son impact limité.
  • Limiter ses dettes en devises : certaines IMF - soit de leur plein gré, soit sous l’impulsion des investisseurs ou des autorités de contrôle - limitent leurs dettes en devises, donc le risque encouru. Les limites qu’elles s’imposent sont fonction du niveau de risque qu’elles sont peuvent supporter – en général la limite courante est de plafonner la part des dettes en devises fortes à 20 à 25 % du total de l’endettement de l’IMF.  
  • Se protéger par des instruments existants

Les outils de gestion des risques de change pour les IMF

Aucun outil de gestion du risque de change n’est en soi optimal : chacun a un coût, parfois assez difficile à estimer, des avantages et des limites. Les outils classiques présentent l’avantage d’être efficaces, mais leur utilisation encore limitée en microfinance les rend difficiles d’accès, ou d’un coût élevé.

 

1. Les outils " classiques ": contrats à terme, swaps et options

Parmi les outils les plus utilisés pour se couvrir contre le risque de change, on peut citer :

  • Les contrats à terme : par ces contrats, l’IMF s’engage à acheter ou vendre des devises à un certain prix dans le futur (voir l’exemple de TPC au Cambodge, dans l’encadré ci-après).

  • Les swaps : dans un accord de swap, l’IMF s’engage à échanger (ou vendre) un montant de devises maintenant et à revendre (ou racheter) cette devise dans le futur.

  • Les options : elles donnent le droit, mais sans obligation, d’acheter (option d’achat) ou de vendre (option de vente) une devise dans le futur, une fois que la valeur de cette devise atteint un prix convenu à l’avance, le prix d’exercice.

Intérêt : ces outils représentent une protection efficace de l’IMF en cas de dévaluation de la monnaie locale, ou en cas de risque de convertibilité ou de transfert (par les swaps).

Limites : le problème est qu’en général, ils ne sont pas disponibles – c’est le cas dans bon nombre de marchés financiers des pays où interviennent la plupart des IMF, même si il semble que ces outils fassent aussi leur apparition dans les pays du Sud.
Par ailleurs, le coût de l’utilisation de ces outils peut être prohibitif en raison de la taille modeste des transactions de change effectuées par les IMF. De même, la durée des prêts en devises est souvent supérieure à celle des instruments de couverture disponibles sur les marchés financiers. Enfin, les questions de solvabilité peuvent rendre l’achat de ces instruments dérivés difficile pour les IMF.

Contrat à terme conclu par l’IMF TPC au Cambodge

Thaneakea Phum Cambodia (TPC) est une IMF cambodgienne. Une partie de son portefeuille de crédits est en baht thaïlandais (THB). Début 2003, TPC a contracté un emprunt de 655 100 euros à court terme (3 mois) et prêté ces fonds en THB. Pour se couvrir contre les mouvements défavorables du taux de change euro-baht, TPC a conclu un contrat à terme. Par ce contrat, TPC s’engage à vendre des baht et à acheter des euros à l’avenir en une quantité lui permettant de rembourser son emprunt de 655 100 euros y compris l’intérêt couru.

Source : Société générale, cité dans la Focus Note du CGAP n°31 

2. Les prêts adossés ou " back-to-back "

Les prêts adossés représentent actuellement la méthode la plus utilisée par le secteur de la microfinance pour se couvrir contre le risque de dévaluation ou de dépréciation.

Fonctionnement : dans ce type de schéma, l’IMF contracte un prêt en devises (auprès d’un prêteur international, en général) et le dépose dans une banque locale. L’IMF utilise ce dépôt comme garantie en espèces ou comme une forme de caution donnant à la banque locale un droit contractuel sur le dépôt ; en échange, l’IMF peut ainsi contracter un emprunt libellé en monnaie nationale pour financer son portefeuille de prêts. Le prêt en monnaie locale n’est pas réellement considéré comme une dette dans la mesure où le dépôt en devises offre une garantie totale à la banque locale. Une fois que l’IMF rembourse le prêt en monnaie nationale, la banque locale libère le dépôt en devises, qui est alors utilisé pour rembourser le prêt initial libellé en devises.

L’IMF doit payer un intérêt sur le prêt en monnaie nationale, ainsi que la différence entre l’intérêt appliqué sur le prêt en devise forte et l’intérêt perçu sur le dépôt en devise forte – elle doit donc au préalable correctement estimer ce coût, et le comparer aux autres mesures de protection possibles.

Intérêt : il s'agit d'une couverture efficace contre le risque de change sur le capital ; ce système permet à l’IMF d’avoir accès à des capitaux non disponibles sur le marché local, à des conditions qui peuvent être intéressantes.

Limites : l’IMF reste exposée à une augmentation du coût du service de la dette en cas de dépréciation de la monnaie nationale. En outre, la plupart des prêts adossés ne protègent pas l’IMF contre les risques de convertibilité et de transfert qui pourraient limiter l’accès aux devises ou interdire les transferts de devises hors du pays, empêchant ainsi une IMF solvable de rembourser son prêt en monnaie forte – si ce risque est avéré, il est peu probable qu’un investisseur s’engage.

Ce mécanisme expose aussi l’IMF au risque de crédit sur le dépôt en monnaie forte en cas de défaillance de la banque locale.

L’utilisation des prêts " back-to-back " par WWB


Les affiliés colombiens et dominicains de Women’s World Banking’s (WWB) déposent leurs prêts en dollars dans une banque commerciale. Celle-ci, à son tour, accorde un prêt en monnaie locale à ces institutions. Le dépôt en dollars est considéré comme garantie pour le prêt en monnaie locale. Dans certains pays, une même banque peut à la fois recevoir de tels dépôts et accorder de tels prêts, alors que dans d’autres— la Colombie, par exemple—c’est une banque étrangère affiliée qui peut recevoir le dépôt en dollars alors qu’une banque locale accorde le prêt en monnaie locale. WWB examine attentivement la solidité financière de l’institution recevant le dépôt. Elle vérifie aussi l’existence et le niveau de l’assurance dépôt disponible pour protéger contre le risque que ses affiliés perdent leur dépôt en cas de défaillance de l’institution qui le détient.

Source : WWB, Foreign Exchange Risk Management in Microfinance, 2004.

 


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3. La lettre de crédit

Fonctionnement : l’IMF verse une garantie en monnaie forte, généralement sous forme de dépôt en espèces, à une banque commerciale internationale qui, à son tour, donne une lettre de crédit à une banque locale. La banque locale, utilisant la lettre de crédit comme garantie, accorde ensuite un prêt en monnaie nationale à l’IMF.

Intérêt : ici l’IMF n’est pas exposée au risque de crédit de la banque locale, puisqu’il n’y a pas de dépôt en devise forte auprès de cette dernière. Elle est également protégée du risque de convertibilité ou de transfert : la devise forte n’est en effet pas déposée dans le pays à risque.

Limites : le risque d’augmentation du coût du service de la dette demeure toutefois, en cas de dépréciation de la monnaie nationale. La lettre de crédit sera plus difficile à obtenir, pour une majorité d’IMF, et toutes les banques locales n’accepteront pas cette forme de garantie. Enfin, l’IMF devra là aussi vérifier le coût total de la mesure prise – les frais de la lettre de crédit venant s’ajouter.

L’utilisation de la lettre de crédit par Al Amana, Maroc

Al Amana, IMF marocaine, a reçu un prêt en dollars US de USAID, l’agence de coopération américaine. L’IMF a déposé les fonds dans une succursale de la Société générale aux États-Unis. Utilisant ce dépôt comme garantie, la Société Générale a donné une lettre de crédit en euros à la Société générale marocaine de banque (SGMB) au Maroc. En contrepartie de cette lettre de crédit, la SGMB a accordé à Al Amana un prêt libellé en dirhams marocains. Cette opération a permis de limiter l’exposition de AA aux fluctuations défavorables du taux de change entre le dollar et le dirham.

Source : Société générale / Focus Note du CGAP n°31 

4. Prêts en monnaie nationale remboursables en monnaie forte avec compte de dévaluation monétaire

Fonctionnement : un bailleur de fonds accorde à une IMF un prêt en devise forte remboursable en monnaie forte au taux de change qui était en vigueur à la date du prêt. L’IMF convertit ce prêt en monnaie nationale pour renforcer son portefeuille de prêts. Pendant toute la durée du prêt, en plus de ses paiements réguliers d’intérêts, l’IMF dépose également des montants convenus d’avance en monnaie forte dans un " compte de dévaluation monétaire. " À l’échéance du prêt, le principal est remboursé au taux de change initial, et toute différence est couverte par le compte de dévaluation monétaire. Si le montant de ce compte est supérieur aux besoins le solde est rendu à l’IMF. S’il est inférieur, le prêteur assume la perte.

Intérêt : l’intérêt est de partager le risque de change entre l’IMF et le prêteur - cet arrangement peut être adapté au niveau de risque que chacun est disposé à assumer. Le risque de l’IMF est plafonné.

Limites : le risque de convertibilité et de transfert existe toujours en revanche, si le " compte de dévaluation monétaire " est placé dans le pays à risque (mais ce compte peut être placé à l’étranger).

L’exemple de KWFT, au Kenya

Kenya Women Finance Trust (KWFT) une IMF kenyane, a reçu un prêt en dollars US de la Fondation Ford. Le prêt a été converti en shilling kényan. Le principal dû par KWFT à l’échéance est fixé au montant décaissé en shilling kényan. Pour se protéger contre la dépréciation du shilling kényan, la Fondation Ford a établi un compte de dévaluation monétaire, financé au départ par une subvention de la Fondation Ford. KWFT est tenu de déposer dans le compte des montants en dollars prédéterminés (fondés sur la dépréciation moyenne sur 10 ans du shilling kényan par rapport au dollar). À l’échéance, KWFT rembourse le montant en principal fixé en monnaie nationale converti en dollars au taux de change en vigueur, en plus des fonds détenus dans le compte de dévaluation. Si ces fonds ne suffisent pas pour couvrir le principal en dollars, la Fondation Ford assume cette perte. Si les fonds sont supérieurs aux besoins, l’excédent reviendra à KWFT.

Source : WWB, Foreign Exchange Risk Management in Microfinance, 2004

5. L’indexation du taux d’intérêt de l’IMF sur la devise forte

Fonctionnement : dans ce cas, l’IMF ne prend pas le risque de change, mais le répercute à son tour sur ses clients. Autrement dit, le taux d’intérêt appliqué par l’IMF est indexé sur la valeur de la devise forte.

Intérêt : lorsque la monnaie nationale se déprécie, le taux d’intérêt imposé aux client augmente en proportion, ce qui permet à l’IMF de collecter en remboursements des crédits de quoi assurer le service de sa propre dette en devise forte.

Limites : en revanche, l’IMF n’est pas protégée contre le risque de convertibilité ou de transfert.

Cette technique peut être discutable non seulement du fait de l’impact sur le client (qui est sans doute l’acteur de la chaîne de financement le moins capable d’assumer ce risque, et souvent de l’anticiper), mais aussi parce que la sécurité qu’elle procure à l’IMF peut être très illusoire : elle déplace en réalité le risque. En effet, l’IMF ne supporte plus le risque de change, mais en réalité si ses clients en période de dépréciation monétaire ne peuvent plus rembourser leurs crédits, alors l’IMF doit faire face à un risque crédit plus élevé – des impayés.

Les initiatives des financeurs

Comment les financeurs prennent-ils en compte le risque de change induit pour les IMF ? Pendant longtemps, ils ont refusé d’assumer ce risque. Ainsi, en 2004, 85% de la dette provenant de source étrangère finançant les IMF était libellée en devise forte (euro ou dollar). Le risque de change était donc reporté de fait sur les IMF, qui prenaient le risque de ne pouvoir faire face à leurs obligations en cas de dépréciation de la devise de leur pays.

Récemment néanmoins, les financeurs et investisseurs en microfinance ont pris la mesure de ce risque – d’autant qu’étant souvent investisseurs et prêteurs, les fonds spécialisés se trouvaient de toute façon confrontés au risque : si le prêt est en devise forte, et l’IMF est exposée à un risque de change élevé, l’impact sur sa rentabilité peut être fort, avec en retour un impact sur l’investisseur…

Une solution apparue récemment est la mise en place de fonds collectifs pour plusieurs investisseurs et prêteurs, qui permettent d’aborder le risque de change sur un portefeuille très diversifié, avec des outils adaptés (voir encadré).

Un consortium d’investisseurs privés et publics lance le Currency Exchange Fund (TCX), un fonds assumant le risque de change

Un consortium d’investisseurs (12 organisations, privées et publiques) organisé par la banque de développement hollandaise FMO a créé en septembre 2007 le Currency Exchange Fund (TCX).
Ce fond offre aux investisseurs des produits financiers pour les marchés émergents, comme des swaps.

TCX a été lancé avec un capital de base de 300 millions de dollars US, et une capacité de transactions de 1,2 milliards de dollars pour du financement long terme en monnaie locale – cette capacité devrait augmenter à mesure que de nouveaux investisseurs rejoignent TCX.

Techniquement parlant, les investisseurs pourront utiliser les instruments financiers de TCX pour crée ou accroître leurs financements en monnaie locale, qu’ils proposeront ensuite dans les pays du Sud et marchés émergents, entre autres aux IMF.

TCX est donc un exemple original d’un effort " collectif " d’un grand nombre d’investisseurs dans les pays du Sud, pour contourner les problèmes liés au risque de change en assumant le risque qui auparavant était trop souvent reporté sur les entreprises locales – et notamment les IMF. La taille du fonds permet de répartir le coût de couverture du risque de change sur un plus grand nombre d’intervenants, gagnant ainsi en économies d’échelle.
TCX estime ainsi que le risque d’investir dans un portefeuille de fonds comme TCX, qui inclut un grand nombre de monnaies et de taux d’intérêt, dans un grand nombre de pays du monde entier (et non au niveau d’une seule région), ne représente que 25% du risqué d’investissement dans une seule monnaie.

  • les IMF se verront proposer des financements en monnaie locale à long terme,
  • et de leur côté les financeurs auront par le fonds une perspective commerciale beaucoup plus large, qui leur permettra en retour d’offrir des conditions plus avantageuses.

Les investisseurs de TCX se sont engagés à accorder une attention particulière aux pays d’Afrique Sub-saharienne, ainsi qu’aux IMF (les autres secteurs de financement envisagés étant l’habitat et les infrastructures).

Source : MCM vol. 20, septembre 2007

Pour en savoir plus

  • Ce coup de projecteur a été réalisé d’après le Dossier thématique Outils de financement des IMF, retrouvez l’intégralité du dossier ici.

 

Posté par ngenderic à 12:26 - Systeme financier et microfinance au Burundi - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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